I -i 1 l-M AMIXKTS. — MVAXK
— Je prendrai d'abord de la bière... Garçon , ap|>ortez doue de la bière à ces messieurs , qui n'en oui plus. . . Est-ce qu'oïl laisse comme ça les gens à sec!... Jouez donc pique, mon eber ami. jouez doue pique... ou vous êtes fumé... Ah! sacrebleu ! vous n'êtes pas fort il ce jeu-là?
Et tout en conseillant un des joueurs d'écarté, ce monsieur prend une nouvelle bouteille de bière, que le garçon vient d'apporter, et emplit les verres , en ayant soin de ne pas faire mousser dans le sien.
Après avoir bu ainsi quelques verres de bière , il va s'asseoir près d'une autre table , où l'on joue aux dominos et où l'on boit du vin.
On lui apporte un verre; il stimule les joueurs, il pérore sur les coups, et pousse à la consommation en emplissant à chaque instant son verre , et quelquefois les autres.
Il va ensuite roder au billard, où d joue peu ; mais il pique l'amour-propre de ceux qui font une partie, si bien qu'il est nue que l'un d eux ne dise pas il l'autre :
Je parie que je najïiic celle-ci.
I STAMIM IS. - DIVANS. i'i't
— Je paru' que non...
— Je paru* que si...
Moire fumeur s'écrie alors :
— Kh ! messieurs, pariez donc quelque cliosc, an inoins... Voyons, un dîner... ça y est-il.1. un dîner poumons trois... y c'est parié.
Parfois ceux qui jouent n'ont point attaché d'importance, ni pris au sérieux ce qui vient d'être pro|Misé; et lors<|ue la partie est W/ÇH-Q minée, celui qui perd est tout surpris de s'entendre dire : ; '
— Vous avez perdu un dîner ?
— Comment ?
— Oui, nui, vous aviez jMirié un diner; vous venez de le |>erdre... et j'en suis, c'est convenu.
De cette façon, notre fumeur trouve presque toujours moyen d'être , sans Innirse délier, de tous les déjeuners , dîners ou autres parties que l'on forme à l'estaminet ; et c'est ainsi qu'il descend doucement, en fumant, le fleuve de la vie. Si vous me demandiez ensuite quel est l'état de ce monsieur, je vous ré|>ondrais : Je n'en sais rien , mais il passe presque toutes ses journées à l'estaminet , et il y a dans Paris l>eaucoup «le gens qui ne font pas autre chose et qui n'ont jws d'autre état que de culotter des pipes.
I es établissements de ce genre les plus en v<igue à Paris sont : I Kslaminet Flamand du Imulcvart Saint - Martin ; rKstaminet du (iraud-ltalcon , houlevart des Italiens , en face de la rue biftilte, la lirasserie anglaise du Palais-lloyal , et l'Kstaminet de Paris , situé lioiilrvart Montmartre, en face du théAtrc des Variétés. Ce dernier est le rendez-vous de l>eaucoup d'artistes, et surtout d'acteurs des théâtres voisins, qui viennent souvent y sotqwr après le spectacle; c'est vous dire que l'on y rit , que l'on y débite mille anecdotes plaisantes, que les bons mots y abondent, et que le dialogue y est souvent spirituel. Partout où il y a des artistes, on retrouve celte traité française, trop rare dans les estaminets.
I Mi KST.4HINKTS. DIVANS.
Passons aux divans.
Le divan est l'estaminet des lions, des dandys, des gants-jaunes de Paris, ('/est un café où I on ne fume que le cigare et la cigarette ; la pipe n'y est point tolérée. Les divans, placés tout autour de la salle, permettent aux habitués de s'étendre a la turque, et pour peu que vous fumiez avec cela un cigare parfumé, vous avez le droit de vous croire transporté en Orient. 11 ne manque plus an divan que des Bayadèrcs pour que l'illusion soit complète. Cela viendra sans doute. Paris a déjà vu de véritables danseuses de l'Inde sur un de ses théâtres (aux Variétés). 11 n'y aurait donc rien de surprenant à ce que l'on en fît venir à l'un de nos divans.
Il y a plusieurs divans à Paris. \& Brasserie Anglaise , qui est estaminet au premier et au second étage, a un divan au troisième. l,e jwssage des Panoramas a un divan dans sa principe galerie , et il est éclairé d'une façon très pittoresque par un arbre doré placé au milieu de la salle en guise de lustre. C'est de là que s'échappe la lumière. Mais le divan que l'on cite surtout est celui du passage de l'Opéra. Placé dans le quartier des lions, ce divan devait nécessairement être adopté par la mode. Les panthères cl les rats tournent, sans cesse autour, et, chose singulière, loin d'avoir peur des lions , cherchent constamment à les attraper.
ii». »*
LES liKKNIKJIS.
Je voudrais ne vous jmrler que des greniers d'abondance, ee serait /Jus gai : ceux-là sont établis sur le houlevart Bourdon , où était autrefois le jardin de l'Arsenal. Jadis il y avait aussi des greniers a sel; ils ont été abolis à la révolution. Les Français ont pensé alors une le sel ne leur manquerait jamais, et qu'ils n'avaient pas besoin dVn faire d'avance des provisions.
Venons à ces greniers où se réfugient ceux qui n'ont pas même
le moyen d'habiter dans les mansardes ; nous y trouverons encore
hifn du monde... beaucoup trop de monde, car on ne devrait met-
lir là que de la pHIe, ô foin, de vieux meubles, des fruits et tout
«e qu'on a besoin de faire sécher. Mais les propriétaires de Paris
tirent parti du moindre petit recoin de leur maison; si les caves
n'étaient pas indispensables pour mettre le vin , certainement ils
en auraient déjà fait des appartements.
Des ouvriers, des grisettes, des étudiants, des artistes, des i. 18
138 I.Kft lilllMllls.
pofetes logent quelquefois dans les greniers, vert la demeure de> malheureux qui no gagnent rien, qui ne peuvent |u»ini trouver de
travail ou d'emploi... Mais souvent aussi l'ouvrier laborieux chargé d'une femme et de trois ou quatre enfants est hien forcé de les loger dans un grenier, parce que son travail ne lui fournissant que tout juste de quoi nourrir sa famille, il ne peut payer que le loyer le plus minime.
La grisette a dans sa position des hauts et des l>as ; sa fortune est sujette à de fréquentes mutations. Aujourd'hui elle logera dans un joli petit rez-de-chaussée ; demain elle se sera défait de ses meuhles pour être utile à son amant, et montera s'installer dans une man-
sarch» ; quelques jours après elle aura vendu ses robes, ses elfels. son linge, pour aller danser à la Chaumière et dîner aux Prés Sainl- Cervais; alors elle se réfugiera dans un grenier; mais elle sera aussi gaie sous les toits qu'au rez-de-chaussée; elle y chantera tout autant; elle y fera l'amour aussi souvent.
Si l'on pleure dans ce grenier habité par une pauvre famille qui manque de pain, par un vieillard malade étendu sur un grabat, sur lequel il n'a rien pour se couvrir ; par une pauvre mère qui n'a pas de quoi acheter les médicaments que le médecin vieni (l'ordonner pour son enfant, dans le grenier dune maison voisine, un étudiant ril et fait des crêpes avec des grisettes, nu artiste régale trois de ses amis, et en une soirée mange avec eux t e que ses parents lui ont envoyé pour vivre pendant un mois ; enfui un poète y compose la tragédie qui doit le conduire à la fortune et à l'immortalité... Alors ce n'est plus un grenier qu'il habite. Que lui importe à lui les lambeaux de papier qui recouvrent à peine les cloisons de son réduit, et le vent qui soufile , qui entre chez lui de tous les cotés, il ne voit rien, il n'entend rien, ne sent rien... il récite ses vers... il est dans un palais à Athènes ou à Home... il est au troisième ciel! et en effet, il s'est logé de manière à en être le plus près possible.
Mais dans cette grande ville où le malheur, la fortune, la peine et le plaisir habitent souvent sous le même toit, disons vite «pie l égoisme n'a pas endurci tous les cœurs, et que la bienfaisance est au contraire la vertu la plus commune, la plus naturelle des Parisiens; que la grisette quittera vivement ses crêpes pour aller secourir son voisin qui souffre, que l'étudiant offrira tout ce qu'il |m>ssede, et que même la dame élégante du premier, le petit-maitre du second s'empresseront aussi de venir en aide à celui qui manque de tout dans un grenier... mais à une condition cependant, c'est que cela ne leur prendra |>as trop de temps et qu'ils pourront vite retourner rire, danser et s'amuser. Les Parisiens veulent bien être
I il) ia:s i;kk.m»:hs.
émus, attend lis, touchés... niais ils nt* veulent point que cela (Jure long-temps.
Béranger dit dans une de ses immortelles chansons : Uaus nu grenier qu'on eu bleu u vingt uns :
Cette pensée peut être fort consolante, niais il n'en est pas moins vrai qu'à vingt ans même, une jolit* chambre bien close, bien calfeutrée, bien saine, est préférable à un grenier, dans lequel toute la gaîlé française ne saurait empêcher qui» le rire n'y soit beaucoup plus rare que les larmes.
M YKiVr
Si vous aimez les tableaux piquants, grotesques, les jambes bien faites, les formes séduisantes, allez vous promener dans Paris lorsqu'il fait du vent.
Vous verrez ces industriels qui étalent des estampes, des gravures sur la voie publique, courir après leur marchandise que lèvent emporte de tous côtés.
Vous verrez des échoppes renversées ; des maisons de toile qui • nglontissent leur propriétaire ; des tuyaux de cheminées qui lointain sur les passants ; «le bons bourgeois qui courent après leur < liapeau qui n'était pas assez enfoncé sur leur léte; de vieilles femmes qui tremblent parce qu'elles se figurent que le vent va les emporter, et des petites filles qui seraient enchantées que le vent les enlevât .
Quelquefois on se donne des rendez-vous amoureux le long des quais ou sur le bord du canal. Voyez ce monsieur, déjà d'un âge
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assez mûr, mais «|iiî est mis coiimic s'il n'avait encore que vingt ans; il se promène depuis fort long-temps sur le quai Jemmapes. devant le canal Saint-Martin ; il attend une grisette dont il a fait la connaissance la veille au théâtre des DM assenants comiques; elle lui a donné rendez-vous en ce lieu, et quoique le vent soit presqu'une tempête, ce monsieur est à son poste; il n'en bougerait pas, malgré tous les ouragans qui leurraient arriver. On dit que pour les amoureux :