‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 25 sur 214 · I. été n'a point île Feu. l'hiver n'a point <le «lace · texte numérisé non relu

I. été n'a point île Feu. l'hiver n'a point <le «lace

On pourrait ajouter que l'automne n'a point de vent.

La grisette arrive enfui, l'amoureux court au devant d'elle; la jeune tille, qui ne l'avait encore vu qu'aux lumières, le trouve vilain au grand jour; elle hésite, elle ne sait si elle veut accepter le dîner lin qu'on lui propose, lorsqu'un coup de vent arrive ; il emporte l«* chapeau du galant, mais ce qui est bien pis, c'est qu'il lui emporte aussi sa perruque qui était fort artistement faite et joutait parfaitement les cheveux naturels.

I.e monsieur, dont la tAte est devenue comme un fromage de Hollande, court après son chapeau et sa perruque, mais lorsqu'il est parvenu à les rattraper et à couvrir de nouveau son chef, il ne retrouve plus la grisette.

Le vent vient d'enlever à ce monsieur la conquête qu'il avait faite.

Mais ce qui est beaucoup plus gracieux à voir alors, ce sont les jeunes femmes : le vent les embarrasse bien plus que les hommes : s'il souffle par derrière elles, leur robe se colle sur toute leur personne ; de loin on dirait que ces dames ont de petits caleçons ; quelquefois en s'engouffrant sous leurs juges, le vent en relève une partie; on voit alors une jambe, un genou... il n'y a pas de raison pour qu'on n'en voie pas davantage. Ces pauvres dames se hâtent «le rattrapper el de baisser leur jupon; mais pendant qu'elles l«" rabattent d'un côté, le vent le relève d un autre.

LK VK VI . I m

Si le vent souffle |iar-devant, vous ave/ les \ remplis «If |N>ussièrc; parfois le fougueux zéphyr rejette eu arrière le chapeau •l'une petite maîtresse, qui doit se trouver bien heureuse encore si *a coiffure ne s'envole pas tout-à-fait , et qui remarque en rougis- «*iit que le vent fait voir à tous les passants que ses genoux sont un peu en dedans.

Les hommes ne sont pas les derniers a remarquer tout cela ; les grands amateurs se dirigent alors du coté des quais, car c'est au Uni de la rivière, c'est sur les ponts que le vent sévit avec le plus de violence.

0 VOUS, mesdames, qui êtes obligées, par un grand vent, de nasser sur le Pont-.Neuf ou le pont des Arts, prenez bien garde a

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vos robes; si vous avez un parapluie, ne l'ouvrez jws, car vous seriez encore plus embarrassée : voire parapluie ferait la tulipe , et (tendant que vous chercheriez à le remettre dans son état naturel, vos jupons feraient la tulipe aussi!... cela s'est vu.

Kt ne comptez pas sur le secours des hommes dans un pareil moment ; au contraire ils rient alors et semblent enchantés de ce qui vous arrive. Mais pour vous consoler, vous pouvez au moins vous «lire que s'ils vous rencontrent une autre fois, ces messieurs ne vous reconnaîtront pas, par la raison que ce n'est jamais votre ligure qu'ils regardent quand il fait du vent.

LA SORTIE Dl SPECTACLE.

Beaucoup de gens, à Paris, ne vont jamais au spectacle, mais ne manquent guère d'aller se poster à la sortie , et , ce que vous aurez de la peine à croire, c'est que parfois ces gens-là connaissent mieux les pièces que l'on a jouées que les personnes qui étaient dans la salle.

Vous le comprendrez cependant en sachant que dans cette quantité de spectateurs qui garnis* <» Ine salle de spectacle, il y en a un grand nombre qui n'est pa^ v«nu là pour les pièces que l'on donne, mais seulement pour voir du monde, lancer de tendres œillades, causer, se distraire, regarder les actrices, toutes choses dans lesquelles la pièce que l'on joue n'est pour rien.

I n beau monsieur, qui dépense le peu qu'il possède à tâcher d'être bien mis, mais qui n'a pas le moyen de payer une place à l'Opéra, va se mettre sous le péristyle quelques minutes avant la sortie. Ià, lorsque tout le monde quitte la salle, il fait semblant i. t»

I Ui LA SOKTIK Dl SI'tCTA<:L*:.

«l'en sortir aussi; il met son gant, boulonne son habit ou son paletot, tout en regardant autour de lui, cherchant à voir et à être vu. S'il aperçoit une personne de connaissance, il lui crie :

— Eh! bonjour, mon cher!... Comment, tu étais aussi à l'Opéra? je ne t'ai pas vu!

— Ni moi non plus.

— J'étais cependant au balcon. Je suis très content... belle musique! délicieuse musique!

— Est-ce la première fois que tu voyais cette pièce?

— Oh ! grand Dieu! Je lavais vue déjà vingt fois au moins... mais je ne m'en lasse jamais.

lin autre va à la sortie de l'Opéra ou des Bouffes, pour voir les toilettes, lorgner les femmes, remarquer les figures, afin de pouvoir aussi dire ensuite:

— Voilà une personne que je vois très souvent aux Bouffes. Ce vieux monsieur est un habitué de l'Opéra.

Ceux qui aiment les émotions fortes, et n'ont pas même le moyen de s'en procurer en achetant une contre-marque, vont se placer devant les théâtres où l'on joue du drame, et là ils recueillent des fragments de conversations sur la pièce; quelquefois ils interrogent jusqu'au pompier et au garde municipal de service; et quand ils ont pu réunir cinq ou six opinions, ils en savent assez pour deviner toute l'intrigue de l'ouvrage, et ils sont très satisfaits; il leur arrive même de faire à d'autres le récit de la pièce qu'ils n'ont pas vue. Dans leur quartier, comme on les voit rentrer tard et qu'ils ont soin de dire qu'ils viennent du spectacle, on va les consulter sur le mérite d'un ouvrage; leur portière, en allumant leur rat de cave, ne manque pas de leur dire :

— Etes-vous content... ça a-t-il ben marché?

I /individu qui n'a assisté qu'à la sortie prend un air capable, en répondant :

— « Pour marché... oui!... d'abord cela a été jusqu'à la fin...

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« ensuite, pour vous dire que l'intrigue est bien suivie. . . je ne l'af- « Armerai pas... c'est un peu décousu, mais au total c'est un succès « d'argent... il n'y avait qu'une voix là-dessus. »

A la sortie d'un théâtre, bien des personnes portent sur leur figure I impression que le spectacle leur a fait éprouver.

Voilà une jeune fille qui a les yeux gros , elle a pleuré ; car dans la pièce un amant a trahi sa maîtresse pour en épouser une autre, « t elle s'est identifiée avec cette situation , parce que depuis quelque temps son amoureux la néglige ; elle craint qu'il ne fasse comme le Mnlucteur qu'elle vient de voir.

Celle daine est bien pale, en s'appuyaut sur le bras de son mari. On a joué un ouvrage où l'adultère forme la base «le l'intrigue, et reçoit à la tin un terrible châtiment. Cette dame a été très mal à son use pendant toute la représentation; elle a trouvé le spectacle trop long, elle ne veut pas y retourner de long-temps.

Voilà des femmes en bonnets, en robes d'indienne, qui rient encore en descendant l'escalier; elles ont ri pendant tout le courant •lu spectacle, et l'on jouait un drame très noir; il y h des personnes qui prennent tout du bon coté.

Voilà un petit homme tout bleu, tout rouge, tout colère, il fait de gros yeux qu'il roule autour de lui en cherchant à faire sortir sa téie de la foule qui le presse et le cache. Ce petit homme est outré , exaspéré, parce que dans le vaudeville qu'il vient de voir il y a des plaisanteries sur les bonnets de coton, et qu'il vient d'acheter un fonds de bonneterie pour se livrer spécialement à ce genre de coin* uierce; il monte sur ses orteils, en criant bien haut :

— C'est affreux î c'est indigne!... c'est épouvantable!... Les vaudevillistes se permettent tout maintenant! 11 n'y a donc plus de censure!.. S'il y a une censure, pourquoi souffre-t-elle qu'on se moque des bonnets de colon, qu'on les tourne en ridicule... J'en vends, moi, des bonnets de coton... on veut donc que je ferme boutique... «|iie je dépose mon bilan... Mais j'irai me plaindre demain à mon

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commissaire de police... Je ferai une pétition à la Chambre des Députés... Le gouvernement doit protéger les bonnets de coton... et je ferai fermer le théâtre.

A côté de ce petit homme, dont la colère fait rire toutes les personnes qui l'entourent, une. dame jeune et jolie, tournure élégante, formes gracieuses, donne le bras à un monsieur qui n'est pas jeune, qui n'est pas beau et qui semble avoir hate d'être hors de la foule.

Il y a dans les yeux de cette dame une expression si tendre, sa bouche a un sourire si agréable, qu'il est impossible que tout cela ne s'adresse pas à quelqu'un, l'ne femme jolie, l'est toujours, mais il y a des moments où elle l'est bien plus encore, c'est lorsqu'elle s'aperçoit qu'elle a fait une conquête et que cette conquête ne lui déplaît pas. Alors il se fait dans ce charmant visage un travail dr

LA SOKT1K bi: SPECTACLK. M!)

coquetterie qui donne sur-le-champ à tous les traits une expression de plaisir, de tendresse, de volupté indéfinissable; ordinairement on ne fait pas tout cela |>our rien.

Mais regardez derrière la jolie femme, et vous devinerez pour qui est le charmant sourire, en a|>ercevant un fort beau garçon de vingt-huit à trente ans bien cravaté, bien habillé, et qui doit marcher bien près de la robe de cette dame... si toutefois il ne marche pas dessus.

Au spectacle, le beau garçon s'était placé aussi derrière celle belle personne, qui était à la galerie; il n'a pas pu lui parler, puisque le vilain monsieur, qui pourrait bien être un mari, ne s'esl pas éloigné un moment, mais les yeux ont fait un service très actif. H leur conversation semblait fort animée. Knlin, à la sortie, le jfline homme a suivi la jolie femme, de manière à être tout près d'elle; c'est une chose bien dangereuse que la sorlie d'un théâtre, far, dans la foule, une dame ne peut guère empêcher qu'une* main ne louche son bras, et quelquefois sa taille; que l'on ne lui dise quelques mots téméraires dans l'oreille; il a y même des audacieux qui »om jusqu'à glisser des billets doux dans un gant, dans une poche, «nus une colerette, et une femme est trop foulée alors, pour avoir la faculté d'empêcher ces choses-là.

yuand on est au spectacle avec une dame dont la beauté ou lit gentillesse peut être remarquée, il est prudent (l'attendre, pour sortir de la salle, que toute la foule soit écoulée.

Voilà un de ces hommes connus sous le nom de viveur, de bambocheur. Os messieurs ne vont au spectacle que pour y faire une connaissance, et ils exploitent si bien la salle depuis le haut jusqu'en bas, qu'ils finissent toujours par faire /r«r5 frai*, ce qui signifie trouver ce qu'ils cherchent. A la vérité ces messieurs ne sont pas difficiles, et plutôt que de ne |K>int trouver une femme à reconduire, ils emmèneraient une ouvreuse de loges ou la marchande de bouquets.

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