‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 44 sur 214 · J VltOIX l»i:s l'I.VMKS. 2I · texte numérisé non relu

J VltOIX l»i:s l'I.VMKS. 2I

Aujourd'hui, un dessus du garde-fou, on a placé un grillage Irès liant et qui doil empêcher de tomber chez les ours.

Li présence des singes a fait un grand tort aux ours : la grande maison grillée attire maintenant la foule. Hommes, femmes, enfants, vieillards viennent admirer les gamhades, les malices, les sauta extraordinaires, les contorsions bizarres de ces animaux pour lesquels la girafe même est abandonnée.

Vous trouverez toujours beaucoup de promeneurs dans celle partie dn jardin et dans l'allée des bétes a cornes; mais si vous aime/ la solitude, si vous desirez pouvoir causer en liberté, ne vous dirige/ |»as vers le v ieux cèdre du Liban qui P*l sur le chemin du l.ahv rinlhe; lont le monde va par là, et le llelvedere esl loujours plein. Tourne/

2 Mi I I J\KIH> IIHS 1*1. AVI».

vers l'autre partie du jardin, du coté où les paons tout entendre leur « ri strident H désagréable. Alors, tout en admirant des piailles rares, des arbustes curieux, vous |>ourrez vous promener longtemps seuls... c'est le coté des douées eonversations, des tendres rendezvous; c'est par-là que se retrouvent la grisette de la rue Pascal et l'étudiant de la place Mauhcrt N ous les reconnaître/ à leur tournure, à leur toilette : le jeune homme a quelquefois un petit habit bien see, bien juste, auquel manquent plusieurs boutons, el que ce|>endanl il s'obstine à fermer jusqu'au menton pour ne point laisser voir les mvstères de sa chemise.

\ai frisette est beaucoup moins coquette la que dans la Cité : sa robe est montante, son petit fichu bien croisé, son tablier fort simple, et son bonnet n'a pas l'air par trop effarouché.

Tout cela n'empêche pas ce jeune couple de se parler bien amoureusement tandis que le paon continue son cri aigu.

I n peu plus loin voilà une dame fort élégante qui s'appuie sur le bras d'un pelit-mattre à gants jaunes. Ce couple-là n'est pas du quartier, cela se reconnaît sur-le-champ ; mais on vient quelquefois «le très loin au Jardin des Plantes... c'est un lieu de rendez-vous où l'on se flatte de ne pas être rencontré en n'allant pas du côlé des animaux.

\*s dames de Paris vont an marché, et cela fait leur éloge, car cela prouve qu'elles s'occupent de leur ménage et des détails intérieurs de leur maison. Des femmes de riches capitalistes, de commerçant*, de banquiers, de rentiers, de marchands, d'artistes ne craignent point de se rendre elles-mêmes le matin au marché le plus voisin de leur demeure pour y faire leurs provisions. Quelques unes y vont seules, un grand panier sous le hras ; lorsque après le marché fait, le panier leur semble trop lourd, elles prennent un commissionnaire pour le lui faire porter.

D'autres emmènent leur bonne, qui naturellement porte le panier. Mais alors elles s'exposent dans le marché à recevoir les sottises des marchandes auxquelles elles n'achètent point , et qui ne manquent pas de crier à la bonne qui trotte à côté de sa maîtresse :

— Ah! voyez donc c'te grande serine qu'on mène à l'école!

— Tu ne peux donc pas venir au marché toute seule, grosse béte ?

2 IN I.ks h\MKS Al MAHCHK.

Ahî on a peur qu'elle n«' fasse danser l'anse du panier. Ah! comment peux-tu rester dans une baraque où la maîtres» vtenl avec loi au marché? etc.

Kl une foule d'autres gentillesses du même genre. Mais les dames » [in vnnl au marché sont tellement habituées à entendre ces propos, qu'elles n'y prêtent plus aucune attention. Quant à la bonne, elle jette à la marchande un regard en dessous qui signilie :

« Aile/!... lapez ferme!... dites toujours! ça fait qu'on me laissera venir seule une autre fois. »

Les dames qui vont souvent au marché ont leurs marchandes d'habitude, de prédilection; ce qui n'empêche pas toutes les autres de crier lorsqu'elles passent :

LES Il A MES Al' MANCHE. 219

— Venez doue me voir, mon cœur!... — Achetez-moi doue, mon bijou. — Kh ben! est-ce que nous passons lière comme ca aujourd'hui? — Venez donc que je vous arrange. — Étrennez-moi , mon chou, vous me porterez bonheur. — Ah! la méchante qui s'en va sans me rien acheter! — Kh ben, on ne me dit donc rien à moi, mignonne?

Au marché il est rare que les dames ne rencontrent point de leurs connaissances. On saborde, on se dit bonjour, et l'on cause, tout en cherchant, ou marchandant ce dont on a besoin.

Kh ! c'est madame Benjamin!. . . — Bonjour, madame U'gras, comment vous portez-vous? — line faut pas vous demander cela à vous, madame, vous êtes fraîche comme une rose! — Oh! ne me regardez fias, je vous en prie... Je suis à faire peur... une vieille robe que je mets les matins... voilà deux ans que je l'ai... — Je vous assure qu'elle est encore très bien. D'ailleurs, pour venir faire ses provisions du matin, est-ce que l'on voudrait s'habiller? — Votre robe est charmante cependant!... — Oui... elle est assez gentille... mais si vous saviez ce qu'elle m'a coûté... trente-cinq sous, madame.... et c'est bon teint. — Ah! mon Dieu, mais c'est pour rien... vous me donnerez l'adresse, n'est-ce pas? — Mon Dieu, chez Aabertot , rue Poissonnière, tout près du boulevart... Voyons votre saumon, est-il frais?

— Comme vous et moi, ma petite mère... Mettez votre nez dessus, vous m'en direz des nouvelles...

— Vous achetez du poisson? dit madame Benjamin à l'autre dame. — 11 est horriblement cher aujourd'hui... et la volaille! on ne peut pas y aborder!

— Mais savez-vous que c'est terrible! tout devient hors de prix... Aussi je dis tous les jours à mon mari : Mon ami, tu augmenteras la somme des frais du ménage, sans quoi je ne vais plus au marché.

— Mais les maris sont extraordinaires! Ils ne veulent pas entendre cela; ils vous répondent tranquillement : « Arrange-toi! je ne

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