LES DAMES AL MAKCHÉ
mange pas plus qu'à l'ordinaire, je n'ai pas besoin de dépenser plus. »
— C'est bien cela, et si on ne leur donnait pas un bon dîner, ils feraient la mine et grogneraient tout le long du repas!
— Eh bien! ce saumon... voyons... combien cette tranche?...
— Six francs... parce que c'est vous, mon p'tit chat!...
— Six francs!... Par exemple!... j'en serais bien fâchée...
— Mais voyez donc ce que vous marchandez!... c'est un morceau de roi... et puis le saumon a fait faux bond... il est rare comme les hommes fidèles. . . C'est pas comme le maquereau! ah! on eu trouve à foison de celui-là.
— Voulez-vous trois francs de votre tranche?...
— Fi donc!... pour qui me prenez-vous?... j'aimerais mieux ne jamais vendre de ma vie... prenez-le de cent sous... c'est mon dernier mot.
— Non pas... Je m'en vais avec vous, madame Benjamin.
— Mais attendez donc ! . . . mauvaise ! . . . voyons ! donnez-moi quatre francs, et que ça finisse.
— Je vous ai dit mon prix, je ne mettrai rien de plus.
-Oh! est-elle méchante! Allons, voyons, prenez-le; tenez, c'est ben parce que c'est vous, et que je tiens à ce que vous en mangiez !
l,a dame met le morceau de saumon dans son panier, et s'éloigne avec madame Benjamin, en lui disant :
— Si l'on ne savait pas marchander! serait-on volée! — C'est pour cela que je viens aussi moi-même ; il n'y a pas moyen de s'en rapporter à ses domestiques... Qu'est-ce que cela leur fait de payer plus cher!... ce n'est pas leur bourse, et il y en a si peu qui prennent les intérêts de leur maître. — Ah! ne m'en parlez pas!... c'est une bien vilaine engeance! Avez-vous toujours la votre? — Oui, mais je ne la garderai pas, elle ne sait rien faire!... Klle laisse brûleries rôtis, elle ne sait pas coudre, et elle passe sa journée à se repasser des bonnets. - l.n mienne est fidèle... c'est une qualité!... mais