LK DIMANCHE A PARIS
s'être promenée long-temps, au grand déplaisir du petit garçon, qui est considérablement géné dans s«is entournures, se décide entin à s'asseoir sur des chaises dans la grande allée.
Mlle reste assise quelquefois pendant plus de deux heures, el dans cet espace de temps le mari et la femme échangent tout au plus cinq ou six paroles. Quant au petit garçon, on lui a acheté mi pain d'épice, mais on lui a défendu de le manger.
L'heure du diner approchant, celte famille quitte les chaises et se remet majestueusement en marche, bien satisfaite d'avoir passé près de trois heures aux Tuileries a regarder passer le monde, en gobant la poussière sous des timbrages qui ne sont pas frais du lotit.
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Chez l'artisan on s'amuse d'une autre manière : |h»uv se délasser de ses travaux journaliers, un ébéniste, un doreur, un tourneur, enfin un homme qui travaille toute la semaine depuis sept heures du matin jusqu'à huit du soir, aura quelquefois l'idée de mettre chez lui du papier frais, ou de repeindre son plafond, ou de mettre son carreau en couleur.
Tous les ouvriers n'emploient pas leur temps de même. 11 en est beaucoup à Paris qui travaillent encore une partie de la journée du dimanche , mais auxquels, pour tout l'or du monde, vous ne feriez pas faire une demi-heure de travail le lundi. Le lendemain du dimanche est devenu un jour de fête, de repos pour tous les ouvriers de Paris. Cependant, tout en faisant le lundi, il en est bien peu qui ne fassent point aussi le dimanche.
C'est dans les cabarets, dans les guinguettes qui avoisinent les barrières que l'ouvrier va passer son dimanche, lorsqu'il n'a pas eu la fantaisie de prendre l'air de la campagne et d'aller manger un lapin à Belleville, ou un morceau de veau à Vaugirard.
L'ouvrier qui fait bon ménage et qui n'a point de mauvaises connaissances, emmène avec lui sa femme et ses enfants... quand il en a ; mais les ouvriers ont presque toujours des enfants. Toute cette famille s'endimanche autant que ses moyens le lui permettent ; souvent un petit fichu en madras et un tablier neuf sont tout ce que la femme a pu ajoutera son costume de la semaine; le mari a du linge blanc, et ce jour-là il met une cravate; ses enfants ont des bas et des souliers, ce qui ne leur arrive pas tous les jours. Mais tous ces gens-là sont heureux, la joie est peinte sur leur visage; le mari chante, la femme se tortille en sautillant , les enfants courent devant et derrière. Ils vont s'amuser, ils vont faire leur dimanche, ils vont dîner à la guinguette.
Quelquefois, animée par le vin à douze, par la danse de la guinguette, par les tableaux joyeux qui l'environnent, la famille de l'ouvrier dépense dans sa journée du dimanche ce qui aurait pu la i. .10
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nourrir toute 1h semaine; alors, le plus grand chagrin du chef de Ih communauté est de ne pas avoir de quoi faire le lundi. Mais nul sacrifice ne lui coûtera pour fêter ce lendemain du dimanche. On met quelques effets en gage, et le lundi on retourne à la guinguette. Le reste de la semaine on fera comme on pourra.. . on mangera du pain sec; on n'en aura pas toujours à discret ion!... maison se sera amusé dimanche et lundi, c'est le principal.
Kt ta grisette dont nous ne parlions pas!... si elle pense à sou amant durant toute la semaine, le dimanche elle le passe ordinairement avec lui. Un jeune homme qui à Paris délaisse sa maltresse le dimanche risque beaucoup de ne plus la retrouver libre le lundi. Ce jour-là ces demoiselles veulent absolument s'amuser, et il y a tant d'occasions, tant de moyens!
Paris fourmille de bals, de spectacles, de traiteurs, de guinguettes, de promenades, et surtout de jeunes gens qui le dimanche sont à la recherche d'une bonne fortune.
\je plus grand plaisir que vous puissiez faire le dimanche à votre petite connaissance, c'est d'abord de la promener, car elle se sera faite belle, et c'est pour être vue; ensuite ce sera de la mener rimer chez un traiteur, puis enfui de terminer la journée en la menant au spectacle. Cesflà ce qu'on appelle un dimanche complet.
Et pourtant ce jour-là les traiteurs ayant la foule, on y dîne mal, et on n'est pas bien servi: les spectacles, étant surs d'une forte recette, ne donnent pas leurs meilleures pièces, et l'on a beaucoup de peine à être bien placé.
Mais on veut y aller, parce que... c'est dimanche. On veut s'amuser, parce que... c'est dimanche!... Il y a une foule de choses que l'on croit devoir faire, jwrce que... c'est dimanche.
I,KS MARCHANDS DK CHKVKl X.
Maintenant que l'on fuit commerce de tout à Paris, un ne s'intitule plus perruquier ni coiffeur, mais on est Marchand de cheveux, on fait le commerce de toupets, de coups de peigne, d'anglaises , de nattes, de coiffures, de perruques; enfin on vous vend des cheveux, et même lorsque vous en avez de beaux, on vous achète les vôtres.
I>es cheveux se vendent très bien à Paris, parce que fort peu de personnes en ont de beaux, et que l'on supplée par l'art à ce que la nature nous a refusé.
Vous qui avez de jolies |>etites filles de cinq à huit ans, dont les cheveux sont longs, é|wis et d'une couleur agréable, n'allez pas dans, la foule avec votre enfant, croyez-moi, ou prenez bien «arcle à sa léte: car il arrive souvent qu'après avoir jnené à la promenade une |>etitH fille bien coiffée et dont les luitles tombant à 1h
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Suissesse, faisaient l'admiration des passants, vous rentrez avec un enfant qui est à la Titus, les cheveux coupés fort près de la tète, l'n adroit iilou avait admiré les belles nattes blondes ou brunes de votre petite tille, et moyennant quelques coups de ciseaux exécutés avec infiniment d'adresse et de légèreté, il avait enlevé les nattes sans que l'enfant ni vous en ayez eu le moindre soupçon, devenons aux marchands de cheveux.
Ce doit être un excellent état à Paris que celui de coiffeur, car ou ne peut jamais avoir ces messieurs : ils sont demandés, pris , retenus, promis dans vingt endroits à la fois; on se les airache, il n'y a personne qui soit plus désiré qu'un coiffeur, et celui quia de la réputation est un artiste , un véritable artiste dont le talent se paie au poids de l'or et qui ne daigne pas coiffer tout le monde.
Il y a le coiffeur aristocrate qui ne compromettrait pas son peigne sur la tête d'une épicu reou d'une petite bourgeoise; en vain lui dirait-on :
— On v^us paiera ce que vous voudrez.
I /artiste en cheveux «qui ne frise, ne crêpe, ne retape que des duchesses, des marquises, des comtesses, sourit dédaigneusement et répond :
— Je ne coiffe pas ces gens-là!... quand on a journellement entre ses mains les têtes les plus nobles de Paris , on ne peut pas accommoder une épicière... on me donnerait un million que je ne mettrais pas mes fers au feu pour elle.
Nous avons ensuite le coiffeur dramatique, qui ne coiffe que l*?s artistes ; le soir il est employé dans deux ou trois théâtres; il sait toutes les nouvelles et intrigues de coulisses ; il commit l'amant de mademoiselle li ... et le protecteur de mademoiselle G... il sait pourquoi cette jolie danseuse de l'Opéra n'a pas voulu jouer dans le dernier ballet, et quelle est la personne qui a donné un manchon à sa mère. Le coiffeur dramatique a toujours quelque anecdote à ra- «onter; il est fort amusant pour les personnes qui ne sont pas
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pressées, car si vous le faites causer, il sera quelquefois deux heures a vous coiffer, t'est lui qui dit , avec la meilleure foi du monde : —Sans moi, le dernier opéra tombait à plat ... ou il tombait complètement.
— Comment donc cela?
— tli mais , le premier acte n'avait pas été fort bien reçu ; le second commençait assez mal , lorsqu'à |«ru la jeune première coiffée par moi... Oh! à son entrée, H y a eu un tonnerre d'applaudissements... elle était si bien coiffée!... la salle en a été électrisée ; •m a oublié les invraisemblances de la pièce pour admirer la coiffure île la belle actrice... dès lors le public s'est senti sous le charme, (xanment voulez-vous que l'on siffle quand on voit des cheveux aussi parfaitement lissés!... l'ouvrage s'est relevé, mais je crois que je puis, sans vanité, m'attribuer la plus grande part du succès.
A Paris les marchands de cheveux ont des boutiques très élégantes. Ils mettent maintenant en montre des bustes de cire imitant de fort jolies femmes, lesquelles sont très décolletées et font voir , outre leur coiffure, une infinité d'autres choses devant lesquelles les amateurs, les passants s'arrêtent , et sont eij admiration. Un ressort fait continuellement tourner cette femme en cire sur ellenjème, ce qui vous procure l'avantage de pouvoir l'examiner sous toutes ses faces; et de voir si sa coiffure fait aussi bien par-derrière que par-devant.
Mais la boutique n'est que le péristyle du temple ; montez au premier et vous trouverez des salons meublés avec luxe, avec goût ; de lous cotés des glaces immenses qui vous permettent de vous voir el de vous admirer, si cela vous fait plaisir. Puis, autour de la pièce, des divans bien moelleux, puis des tapis, et sur une table des journaux, des brochures, des caricatures, des romans, de la musique mcnie. Le salon d'un marchand de cheveux est presque aussi confortable que relui d'un dentiste, et il est toujours beaucoup plus jwi.