BAINS A DOMICILE
Le commissionnaire entre dans l'établissement, et revient bientôt dire à la jeune tille que le bain est commandé.
Anastasie se remet en course, et arrive devant un autre établis- . sèment de bains à domicile. Elle y envoie de nouveau son commissionnaire, en lui disant :
— Va commander pour M. TriffbuiUard un bain pour demain à sept heures du matin, et donne bien l'adresse.
Le commissionnaire se met à rire, et s'empresse d'aller faire ce qu'on lui dit.
Mademoiselle Anastasie se remet encore en route avec son commissionnaire ; elle l'envoie faire la même commande dans six établissements de bains à domicile, après quoi elle lui donne deux francs, le renvoie , et s'en retourne chez elle , aussi contente que si son amant lui avait promis de la mener dîner chez le traiteur.
Le lendemain, à sept heures du matin, on carillonne à la porte «le M. Triffouillard, qui n'a point l'habitude de se lever de si bonne heure. Sa vieille gouvernante revient bientôt lui dire :
C'est le bain que vous avez commandé , que l'on vous ap-
BAINS A DOHIC1LK. 31
porte... si vous m'aviez prévenue que vous preniez un bain ici ce matin , je me serais levée depuis long-temps , et j'aurais tout dis- • posé!... mais vous ne me dites jamais rien.
M. Triiïouillard se frotte les veux, en s'écriant :
— Je n'ai pas demandé de bain... ces gens-là se trompent... qu'on me laisse dormir.
ta gouvernante revient bientôt en disant :
— Monsieur, ils ont bien votre nom, votre adresse... c'est bien pour vous qu'ils viennent... ils ne veulent pas s'en aller.
— Allons, dit M. Triiïouillard avec humeur, puisque ce bain est là , je vais le prendre , quoique ce soit assurément un quiproquo ; faites-le apporter ici... avec les précautions d'usage.
On apporte le bain. Pendant qu'on place la baignoire dans lu chambre à coucher, on carillonne de nouveau à la porte. La gouvernante va voir, et revient tout effarée , en disant :
— Pardi ! il parait que monsieur avait bien peur de manquer de nain ; c'en est un autre qu'on lui apporte.
— Par exemple , c'est trop fort ! s'écrie le vieux propriétaire , en sautant hors de son lit. Deux bains, quand je n'ai rien commandé du tout... qu'on le renvoie; à coup sur je ne prendrai pas celui-là!
Avant que M. Triflbuillard ait tîni de j»rler, sa sonnette est encore agitée avec violence ; la gouvernante court, et revient bientôt dire , presque en pleurant :
— Monsieur!... monsieur!... c'est un troisième bain qu'on vous apporte!... tous ces gens-là encombrent le carré.
— Trois bains! s'écrie M. Triiïouillard, en arrachant avec colère le bonnet de coton qui couvrait sa téte : ceci devient une très mauvaise plaisanterie... et que diable voulez-vous que je fasse de trois bains! renvoyez-les.
— Ça vous est bien facile à dire, monsieur; mais ces porteurs ne veulent pas entendre raison ; chacun d'eux vent que vous preniez son bain...
.'12 BAINS A ININICII.K.
— Qu'ils aillent au diable et qu'un me laisse tranquille... Mais qu'est-ce que j'entends encore... il y a du bruit dans la cour.
l-a gouvernante va voir; elle revient bientôt d'un air désespéré, . et se laisse aller sur une chaise, en s'écriant :
— Monsieur!... monsieur! encore trois bains qui vous arrivent en même temps... \jl cour est remplie de charrettes, de tonneaux... les voisins jacassent déjà , en demandant si e'est que le feu est dans notre maison, et cet imbécile de portier s'écrie à chaque instant :
t Monsieur a donc sur la peau qucuquc chose qui ne veut pas s'en aller, qu'il veut prendre ce matin six bains coup sur coup! »
M. Triflbuillard est furieux, exaspéré; il veut que l'on chasse tous les porteurs de bains; mais ceux-ci commencent à remplir leurs seaux et se mettent à monter les escaliers les uns après les autres; e'est à qui arrivera le plus vite chez le propriétaire, et dans cette lutte d'un nouveau genre, on doit penser si la maison est arrosée.
M. Triflbuillard se décide à payer les six bains qu'il n'a pas commandés, et tout en examinant avec douleur les torrents d'eau qui inondent son escalier et sa cour, il se rappelle sa visite de la veille chez mademoiselle Anastasie; il devine alors que c'est la grisette qui lui a joué ce tour, et se dit :
t J'aurais aussi bien fait de ne point lui rendre son denier à Dieu ! •
ltoroi'KTIKKKS BOl TlOl K.
Jadis les bouquetières se promenaient |wr la ville a ver un evenlaire devant elles ; leurs bouquets étaient amoncelés dessus : elles en tenaient quelques uns a la main . et allaient ainsi offrir leur marchandise aux passants.
(Juand la bouquetière était jolie, on se laissait tenter |mr ses >eux autant que par ses fleurs; tout s'enchaîne dans la vie, et une chose fait souvent passer l'autre.
Plus tard les bouquetières, mieux fournies, étalaient aux coins des rues et des t>oulevarts ; nous en avons encore comme cela. Mais ce que nous avons de plus , ce sont des boutiques fort jolies , fort élégantes, où Ton vend des fleurs naturelles.
Nous avions déjà, il est vrai, au Palais-lloval, derrière le Théâtre- Français, l'établissement de la célèbre mademoiselle Prévôt, qui forme aujourd'hui une espèce de boutique; nous disons espèce, parce que l'espace est si petit que trois personnes peuvent à peine i. ;i
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y acheter en même temps ; mais cet établissement ««si connu trop avantageusement , il a une trop belle clientèle pour avoir besoin «le se mettre en frais.
Les nouvelles boutiques de bouquets sont fort bien parées le joui et très brillantes le soir ; la lumière du gaz donne aux fleurs un éclat presque magique. Rappelez-vous que rien n'est si joli qu'un jardin, qu'un parterre illuminé, et vous aurez une idée de ce que e'est qu'une boutique de fleurs naturelles éclairée par le gaz.
On remarque principalement les nouvelles boutiques de fleurs de la rue Neuve-Vivienne , du passage des Panoramas , de la rue Saint-Honoré. Je n'ai pas besoin de vous dire que les bouquetières
en boutiques n'ont rien de commun avec ces marchandes de bouqui-ts qui se promènent dans les rues avec un »• vent aire. Os dernières sont ordinairement coiffées avec un bonnet rond ou un simple fichu de couleur, et leur langage ressemble à leur plumugr ; mais la bou-
IIOIOIKTIKRKS KN BOUTIQUE. .{;>
queticre fil magasin est une demoiselle de comptoir, aussi bien eoifTée qu'une modiste, aussi bien mise qu'une I ingère, et l'exprimant avec autant de goût qu'une parfumeuse.
Ce changement dans le personnel de la marchande était indispensable pour ces nouveaux établissements ; s'il se fait à Paris une grande consommation de bouquets, ce sont les petites-maîtresses, les artistes , les lions , les dandys qui en absorbent la plus grande partie.
Vous ne verrez punit d'ouvriers, «le grisetles, d'hommes du peuple entrer chez les l)ouquetières en boutique ; ceux-là s'adresseront a la marchande en plein vent , quand ils auront par hasard une galanterie à faire ou une félc a souhaiter. Car ce qu'ils veulent alors, ce n'est point un élégant ciicln* ou une simple rose mousseuse; il
M liol I I IKKK.s K.\ Mut ïlol I ..
leur faut un bouquet bien gros, bien serré , qui tienne beaucoup «I»' place et que l'on voie de loin.
Chez la bouquetière en boutique vous rencontrerez des jeunes gens fort élégants , des membres du Jockey-Club , des gants jaunes enfin, puis de ces dames toutes mignonnes, toutes parfumées, toutes vaporeuses, dont le teint est pali jmr le fréquent usage des fleurs.
Mais, en général, les hommes achètent plus de bouquets que les dames . et la chose est toute simple : les dames savent bien que ces messieurs n'achèteront des fleurs que pour les leur donner.
Nous ne connaissons pas le langage des fleurs , comme dans l'< >rient ; mais sans savoir faire un selnm . nous savons fort bien ce que signifie l'envoi d'un bouquet .
C'est presque toujours par là qu'un homme fait connaître a une femme qu'il est épris de ses charmes. Lorsqu'on n'est pas encore bien avancé dans les bonnes grâces d'une dame, et que l'on craint d'être imprudent, on envoie un bouquet sous le voile de l'anoiiMne. Les dames ne refusent presque jamais ces sortes de présents; elles prétendent qu'un bouquet est sans conséquence... et il est très rare que la conséquence ne vienne pas à la suite du bouquet.
C'est avec des l>ouquets que. l'on témoigne à une actrice , à une danseuse, tout le plaisir que fait éprouver son talent. Souvent les fleurs volent de toutes les jmrlies de la salle, pour venir tomber aux pieds de celle que l'on encense... Lue pluie de fleurs est bien douce à recevoir ; les artistes adorent ces orages.
.Mais à Paris, où l'on tire parti de tout, il s'est formé aussi des entreprises de jeteurs de liouquets.
Ainsi une actrice veut obtenir un triomphe comme une de ses camarades, qu'elle croit bien au dessous d'elle |K>ur le Ulent. Si elle n'a pas un protecteur, un bienfaiteur assez riche pour lui décerner les honneurs des bouquets, elle se décide à en faire ellemême les frais. C'est une petite dé|H>nse que l'on peut bien se permet lie une tins jiar hasard.
HOlOl'KTIKRKS F.N BOl TIOl 1 . 'i
L actrice envoie sa mère chez l'entrepreneur de bouquets : une actrice doit toujours avoir une mère... Quand elle n'en a pas, elle • ii loue une , c'est-à-dire qu'elle donne ce titre à une vieille femme qui se chargera d'en remplir l'emploi , moyennant le logement , lu nourriture à discrétion , et tous les petits bénéfices qu'elle pourra >e procurer.
Ija mère de l'actrice va donc chez l'entrepreneur de Umquets, el lui dit :
— Ma tille est superbe dans le dernier rôle qu'elle vient de créer. Klle efface tout ce qu'on a vu de plus beau au théâtre... C'est ravissant, c'est étourdissant .. mais le public est si jobard! Quand '•n ne lui crie pas aux oreilles que l'on a du talent, quand on ne se fait pas mousser, entin . il est quelquefois des années sans s'apereev<ki- que Ton joue bien... Il serait même assez béte pour vous sif-
fcr, si on le laissait faire! Mademoiselle X qui joue comme une
vmigue, vient d'être assommée de bouquets ! On sait bien d'où cela vwnt!... un petit avoué qui mange son étude pour elle!.,. Enfin «•'est égal , ma lille ne peut pas rester en arrière. Je veux lui faire la galanterie «l'une pluie de fleurs... ce soir, après son troisième acte... qu'est-ce que cela me coûtera? ,
— Kn voulez-vous beaucoup Y
— Dam! je veux que ce soit bien nourri.... que cela parte de Mis les points de la salle... des avant-scènes surtout... c'est Imhi itenre, et ca fait enrager les autres.
— Alors il vous faut bien trente Inniquets?
— Va pour trente bouquets! ma fille en mériterait bien trois mille, mais trente ce sera assez. Combien cela coutera-l-il ?
— Cinquante francs.
— Fichtre ! voilà une pluie un peu chère : c'est à plus de trente «•aïs le bouquet.
— U's fleurs sont chères. D'ailleurs est-ce qu'il ne faut pas paver !»• inonde que j'emploie... mais les bouquets seront benu\.
AH 1(4 H Ol'KTIKKKS KN HOITIgi F..
— Pas de trognons de choux dedans, surtout, comme on a l'an |M>ur notre seconde amoureuse , qui en a reçu un dans l'œil , qu'elle a manqué d'être borgne... C'était une galanterie d'un Titi des troisièmes.
— Soyez tranquille, les bouquets seront beaux et bien garnis.
— A la lKinne heure... Va donc pour cinquante francs. Je ferai des économies sur autre chose... je retrancherai un sou de mou a notre chat. Ce polisson-la nous ruine avec son mon. Trente Ihhiquets, c'est entendu, et que ce soit bien jeté. D'ailleurs votre monde doit en avoir l'habitude .
— Vous serez contente.
— Je l'espère! Si je n'étais pas contente pour cinquante francs. Justes dieux ! j'aurais pu acheter deux pâtés de foie gras avec ca. Knlin , si ca j)ousse ma fille . ces cinquante francs-là feront des petits
L 'entrepreneur de pluie de fleurs se fait payer d'avance ; c'est une précaution qui n'est jamais inutile. I m mère de l'actrice s'en retourne annoncer à sa fille qu'elle aura le soir un triomphe magnifique . et on attend avec impatience ce moment.
Il arrive enfin : la pièce est jouée ; l'actrice a été fort mauvaise . mais cela est fort indifférent à l'entrepreneur de pluie : il fait lancer la sienne par ses gens ; les bouquets partent de divers points de la salle . mais surtout du paradis , et viennent tomber aux pieds ou sur le nez de l'actrice ; celle-ci s'incline d'un air confus ; le public rit, la toile tombe, et les autres actrices sont vexées.
Malheureusement, la mère de celle qui vient d'obtenir ce triomphe en détruit bientôt tout l'effet : elle arrive sur le théâtre avec un énorme cabas, comme pour ramasser les bouquets que l'on vient de jeter à sa fille , mais en effet dans le but de les compter, et pour s'assurer si elle en a bien eu pour ses cinquante francs.
Après avoir ramassé tout ce qui était sur le théâtre, cette daine va fureter dans tous les coins, dans les coulisses... et jusque dans
Boio^tKTIKRKS KN MlUTItfUK. 3fJ
I*- h ou «lu souffleur; elle frappe du pied avec rolère; enfin m* pcrov:iin plus se contenir, elle s'écrie :
Je suis volée!... le gredin!... J'avais commandé trente Imhiquets, je n'en trouve que vingt-quatre... Il m'en manque six!., mais ca ne se passera pas comme ca !
Oê doit juger si cette sortir fait rire les autres actrices, et si I On l'iai^iilc alors sur la pluie de Heurs que la camarade vient de recevoir !...
Mais celles qui l'ont le plus de plaisanteries sur cette aventure ne se gêneront pas pour se foire ainsi arroser de fleurs, seulement elles recommanderont à leur mère de ne pas aller faire le compte des bouquets après leur triomphe.
Les pluies de fleurs , au théâtre , ne sont pas toujours de commande ; celles qui s'exécutent spontanément, et par le vrai public.
40 HolOI KTIKItKS K.\ HOITIOI'K.
forment un coup d'œil ravissant. Alors vous voyei louies U-s da s
détacher If bouquet qui pare leur ceinture , et le laueer avee enthousiasme sur la scène.
('/est vous dire que pour aller dans nos premiers théâtres, il faut a nos dames un bouquet ; il leur en faut un aussi pour aller en soirée, au concert . et il est indispensable |M»ur le bal.
Les dames font, à Paris, une énorme consommation de bouquets, el, ce qu'il \ a de singulier, c'est qui' ces dames en achètent fort peu, et que leurs maris n'en achètent jamais
CIIAMIKK l»K ROIS A MKILKH.
Vous qui vous chauffez agréablement les pieds devant un bon feu , Rendus mollement dans un grand fauteuil à la Voltaire; bons bourgeois, commis, hommes d'affaires, employés, rentiers; vous tous *nfin qui , sans avoir une assez grande fortune pour charger votre intendant ou vos domestiqties des détails intérieurs de votre maison , possédez... ce qui vaut mieux encore, une épouse rangée, économe , qui s'occupe par elle-même de tous ces détails de ménage dont vos affaires, votre place, votre besogne journalière ne vous permettent point de vous occuper vous-même , vous ne vous doutez pas de toutes les tribulations qu'il a fallu supporter en achetant ce hois que vous éprouvez tant de plaisir à tisonner.
Il y a des chantiers de bois à brûler dans presque tous les faubourgs de Paris ; il y en a aussi dans l'intérieur de la ville.
II n'y a pas long-temps encore que l'île I>ouvier ne renfermait à peu près que des bûches ; les chantiers de cette île étaient les plus i. 6
*2 lllAMIt.lt in: ItHlS a uni u n.
iichalandes de la capitale; une grande partie des habitants de Paris faisaient le voyage de l'île l.ouvier, croyant y avoir du bois meilleur et à un prix moins élevé que dans les autres chantiers de Paris.
Mais l'Ile Ixwvier subit la loi du temps : elle change de locataire, de physionomie, d'aspect. On comble la petite rivière du Mail, afin de réunir l'Ile l,ouvier au continent ; on y hatit force maisons; c'est un nouveau quartier qui s'élève hi où étaient tous ces chantiers fameux!... Je n'ai pas besoin de vous dire que les bûches ont déménagé... Il en viendra d'autres peut-être... (Test ce que nous ne savons pas.
Mais entrons dans un chantier de Mie apparence... le premier venu... Nous n'aurons que l'embarras du choix.
Voilà une petite dame assez mignonne qui veut faire sa provision de bois , et qui croit qu'il n'y a rien de si simple, après avoir choisi , et être convenu de prix, que de se faire mesurer les trois ou quatre voies de bois qu'elle vient acheter. Tn moment : l'action va commencer.
I Ai mesure de la voie est placée ; le cordeur s'avance , la dame ne manque pas de lui dire :
— Cordez-moi bien , je vous donnerai pour boire.
On lui répond : « Soyez tranquille, ma petite daine! je vas voils « soigner. »
Voilà notre homme qui se met à la besogne. Il prend les bûches, les place dans la voie avec une telle vivacité , que la pratique n'y voit que du feu. Opendant le cordeur qui doit soigner celte dame glisse dans son bois des tortillards, qui font ce qu'on appelle des chambres à louer.
\m petite dame, qui aperçoit beaucoup de creux dans sa voie, veut s'approcher de son cordeur f>our se plaindre. . . Mais patatras !. . . un bruit effrayant retentit à ses oreilles... Ce sont des bûches que l'on fait rouler du haut en bas d'une énorme pile... La petite dame est toute troublée par le bruit , ces bûches ont l'air de vouloir rouler
r.iM.vriKtt DK bois v wu i.kr. u>
sur AU'... il y a des hommes qui semblent faire exprès de les envoyer de son côlé. Pendant qu'elle se range et s'éloigne de la pile
• t des bûches qui roulent, le cordeur continue lestement sa besogne, et il glisse dans la voie qu'il mesura les bûches les plus informes.
La dame , s'apercevant de la manière dont elle est soignée par le
• ordeur, veut de nouveau s'approcher pour se plaindre, et commence à dire : « lletirez-moi cette bûche-la... je n'en veux pas. t
Mais voila maintenant le charretier qui b approche avec sa voi-
lure; il la fait avancer du côté de cette dame... Elle n'a que le l**mps de se ranger pour ne pas être écrasée; elle s'esquive, elle cherche, par un autre coté, à se rapprocher de son bois et de son cordeur, mais !,i maudite charrette ne reste pas un moment Iran-
•14 < HAYIIKII |IK «OIS A HHl I KK.
quille : le charretier prend à làclie de faire avancer, reculer, retourner son cheval, de façon qu'étant à chaque instant occupée du soin de sa sûreté , il n'est guère possible à la personne qui achète d'avoir l'œil sur le cordeur.
Cette misérable tactique se renouvelle trop souvent pour qu'on ne la connaisse pas. On avait autrefois placé dans les chantiers de bois à brûler des jurcs-pû/uvurs. Leur fonction était de s'assurer que justice était rendue à l'acheteur, et de faire cesser les abus que nous venons de signaler. Mais les jurês-piquenrs ont disparu... Probablement ils ne signalaient rien.
Maintenant que vous connaissez la marche, quand vous irez au chantier, armez-vous de courage , bravez les bûches qui roulent , les charrettes qui remuent , les chevaux qui piétinent , et si l'on vous corde mal, refusez votre bois.
Dans tous les magasins vous avez le droit de laisser la marchandise, si vous trouvez qu'on ne vous pèse pas bien. Pourquoi ne ferait-on pas pour du bois ce qu'on fait pour du sucre... du café ou du riz? I^e bois a voulu se mettre au niveau de ces marchandises, puisque maintenant il se fait aussi peser. Dans beaucoup de chantiers on vend du bois au poids ; mais cette nouvelle invent ion ne fera jamais tomber le cordage.
LES KÉYEHBÈKES.
Ijk réverbères voient chaque jour le gaz envahir la place, la rue, le boulevart qu'ils éclairaient jadis, ou qu'ils étaient censés »îclai:rer: car, en vérité, les réverbères n'ont jamais répandu autour «l'eus une lumière vive et franche; leur flamme vacillante était souvent tourmentée par le vent, qui trouvait le moyen de pénétrer par des fentes entre les carreaux mal joints de la lanterne; au dessous du réverbère , une lumière rougeàtre attristait les objets sans permettre de bien les distinguer; puis, à quelques pas, l'ombre ^tait plus épaisse, plus ténébreuse encore.
Mais l'huile est petit à petit chassée de tous les postes qu'elle occupait. Le réverbère ne servira plus de rendez-vous à des duellistes comme cela se voyait autrefois, et ce temps n'est pas fori loin de nous; car, sous Louis XVI encore, lorsque deux gentilshommes se disputaient à la comédie , ils allaient sur-le-champ vider leur querelle dans la rue voisine , à la elerté d'un réverbère.
46 LES HF.VtHHKHKS.
Ln remontant plus haut, nous ne trouverions plus de réverbères i|ue dans les principales rues de la ville, dans les quartiers qui iivoisinaient le séjour habité par la cour ; tout le reste de Paris était dans l'obscurité, et alors il n'était pas prudent de sortir de chez soi sans s'être muni d'une lanterne.
Vers le commencement du seizième siècle, pour tâcher de mettre lin aux nombreux brigandages qui avaient lieu dans Pari* , la police avait ordonné aux habitants de cette ville do placer des lanternes allumées devant leur maison.
C'est à M. de la Keynie, lieutenant du prévôt de Paris, que l'on est redevable de l'établissement des lanternes. D'abord elles n'étaient garnies que de chandelles ; la chandelle était alors dans tout son éclat, dans toute sa puissance!... L'huile vint ensuite.
Les véritables réverbères furent inventés par l'abbé Malherot de Pregucy et Bourgeois de Chateauhlanc. Ce fut vers l'année 1774 que l'on commença à employer dans Paris ce mode d'éclairage.
L'allumeur de réverbères est un être à part , et d'autant plus à part, qu'étant presque toujours imprégné d'huile de la tête aux pieds, il trouve peu de personnes disposées à lui faire compagnie. C'est presque toujours un petit homme, dont on ne saurait deviner l'ilge sous l'huile qui couvre sa ligure : il doit avoir de trente-cinq ii soixante ans ; son costume n'a point de couleur ; l'étoffe de son (Htntalon et de sa veste semble être une grosse toile d'emballage; il a aussi un petit tablier attaché derrière lui ; tout cela est tellement gras, qu'on en fuit le contact encore plus vite qu'on ne se gare d'un charbonnier ou d'un maçon.
Du reste, l'allumeur de réverbères fait sa besogne fort tranquillement et sans jamais s'occuper de ce qui se passe autour de lui; il ne fait pas même attention aux voitures ; mais ce sont les voitures qui doivent se garer de lui quand il est au beau milieu de la rue dans l'exercice de ses fonctions.