‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 63 sur 214 · LU C.AXO.X IU 1V\LUS-UO\ \l · texte numérisé non relu

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suivi- si elle va bien, cl tit» lu mettre sur le méridien du Palaislloval, afin de pouvoir dire avec tierté : Je vais comme le soleil.

Cest un provincial qui n'a jamais vu de canon partir par la chaleur du soleil, et qui s'est bien promis de ne |ws manquer ce speclacle lorsqu'il viendrait à Paris. Cependant il a lait cette course trois jours de suite et s'est rendu inutilement dans le jardin du Palais- Koval; le temps n'a pas permis au méridien de partir. Notre provincial a écrit à son épouse que le soleil avait raté; et celle-ci a répondu à son mari : Si c'est là tout ce que tu vois de beau à Paris, je ne te conseille pas d'y séjourner long-temps; mon cadran solaire va mieux que ton méridien.

Mais enfin le temps s'est mis au beau, et le provincial accourt de nouveau dans le jardin du Palais-Koval, se flattant cette fois de |>ouvoir écrire autre chose à sa femme.

Puis voilà des gamins auxquels cela est bien égal de savoir l'heure qu"il est, mais pour qui c'est toujours un grand plaisir d'entendre |>artir un coup de canon, parce que cela fait jJu bruit.

Kl puis ce sont des flâneurs, des gens qui n'ont rien à faire, qui s»« trouvent là par hasard, ou par habitude, et qui restent jusqu'à ce que le canon parte, parce que c'est toujours cela de vu et un moment de passé.

Knlin ce sont les bonnes avec les enfants. Les petits garçons veulent absolument entendre le canon, parce que leur papa leur a dit «pie cela les rendrait capables d'aller à la guerre. Les petites filles au contraire ne veulent pas rester près du méridien; elles crient . elles pleurent, elles tirent leur bonne par sa jupe pour qu'elle s'éloigne du canon; mais si la bonne voit parmi les spectateurs et flâneurs un individu qui lui lance des œillades, elle ne manquera pas «le rester et donnera une tape à la petite fille, en lui disant :

— Nous allons rester, parce qu'il ne faut pas que les enfants soient poltrons... et quand vous aurez entendu partir le canon, vous n'auivz plus peur des voleurs ni du wnt.

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Kl pendant que la bonne l'ait ce |it>au raisonnement, des industriels en montres, en foulards, en tabatières, qui cherchent toujours l'occasion de mettre à profit Unir adresse, ne manquent pas de se joindre aux personnes rassemblées devant le méridien.

Tout le momie est dans l'attente... Tout d'un coup, et lorsqu'on rommence à perdre l'espérance, la détonation se fait entendre.

Alors vous voyez le gamin sauter de joie, le monsieur qui tient sa montre sourire avec satisfaction, en s'écriant : Je vais juste comme le canon!... J'ai le soleil dans mi poche.

I ne dame qui passait dans le jardin, et ne songeait nullement au

212 I.K CANOM Ml l'AI.Ai.s-novAl..

méridien « jetlc un cri d'effroi et manque dp se trouver mal. 1*11 1«* dit on hallmtiant :

— Ali mon Dieu! qu'est-ce que c'est que cela?

I n vieux rentier qui, en entendant le eoup, vient de tirer sa montre de son gousset, fait la grimace en s'apercovant qu'elle marque midi moins dix minutes et s'écrie :

— Connue le soleil avance!

Knlin la lionne, qui a voulu rester avec la petite fille, ne s'est pas aperçue qu'au moment où le canon est parti, son mouchoir partait aussi de la poche de son tablier, et qu'un monsieur s'éloignait avec. Klle emmène l'enfant en lui disant :

— Hein!... il est joliment parti! j'espère qu'à présent tu n'auras plus peur des voleurs!

l-KS ItUtil Kl KS

On est prié de ne |>oinl confondre avec les (loueurs : quoique les deux mots soient nés en France a peu près à la même époque, il y a une grande <listiuelion à l'aire entre les |>crsonnages.

I>»s floueurs sont à peu oV eliose près des escrocs, tandis «pie l'on |»eut être blagueur et Tort honnête homme du reste.

Li manie de blaguer s'est répandue à Paris d une façon déplorable : maintenant la plupart des jeunes gens s'imaginent que bla- Kuer c'est avoir de l'esprit ; que quelqu'un qui blague avec facilité sur le sujet le plus sérieux, «pli a le talent de l'aire ce que l'on apjielle posa- pendant des heures entières, est un personnage supérieur, qui doit être fort recherché dans la société.

Les gens qui n'ont ni gaité, ni finesse, ni esprit naturel, ni bon sens se font blagueurs. Kn tournant en ridicule tout ce que disent et <e que font les autres, ils croient empêcher que l'on ail plus d'esprit, plus de talent, plus de mérite qu'eux.

27 4 ri s iti.Mii inis.

Les blagueurs ne sont pas gais, et ils troublent la gaité des autres; ils n'ont pus d'esprit, et ils veulent se moquer de ceux qui en ont; ils ne savent rien inventer, niais ils critiquent, c'est-à-dire ils blaguent tout à tort et à travers; ils veulent tourner en dérision les choses les plus saintes, les affections les plus douces : ils blaguent le compliment <l'un enfant pour la fête de son père, les souhaits de lin d'années, les époques, les souvenirs; ils blaguent en voyant passer un cortège ; ils blaguent à une cérémonie de baptême, de mariage ou d'enterrement. Ils s'écrient : Comment, cette dame pleure parce que son mari a claqué!... Pourquoi donc ne va-t -elle pas au Malabar?

Les blagueurs ont remplacé les mystificateurs, mais au moins ceux-ci étaient connus; ils se faisaient presque une profession «le l'habitude qu'ils avaient prises. On se «Usait dans une soirée, dans une réunion :

— Monsieur un tel est attendu : il doit mxstilier quelqu'un, c'est convenu, c'est arrangé, ce sera bien amusant.

Maintenant il y a des blagueurs partout, dans les salons du faubourg Saint-Germain, de la Chaussée d'Anlin et de la rue Saint - Denis ; au bal d'un banquier et à celui d'un petit marchand ; aux spectacles, aux concerts, aux cafés, aux promenades les blagueurs pullulent. Il y en a dans les faubourgs, dans les ateliers, dans les mansardes ; le gamin blague le bourgeois , l'ouvrier blague son maitre, l'employé blague son chef; on blague dans toutes les classes de la société, ce qui prouve déjà que ce n'est pas une chose difficile, et que cela ne demande pas un grand fonds d'esprit, d'étude, ni de jugement.

Vous rencontrez un monsieur rie votre connaissance, il vous arrête ; après les premiers compliments d'usage, il s'écrie d'un ton larmoyant :

— A propos, vous savez ce qui est arrive à ce pauvre \ ... Kn vérité, j'en ai le nrm- navre... Ouaud nu m'a dit cela hier, relu m'a

i.ks in.Ai.i 1 1 i;s. 27."»

fait un chagrin... Ces! un si bon garçon!... Mais c'est toujours à •vux-là i|iit* t-«*la arrive...

— .Mais non. je ne sais rien! dites-vous avec impatience. Conlczmoi donr relu?

Hier, il fiait sorti eu tahrinlel avec sa ictiimc cl son tils: daus If bois de lloulogne son cheval s'est emporté, il a fait deux ou trois • ulhutes avec le cabriolet. \... a été jeté à cinquante |>iis, sa/emme a été retrouvée sur un arbre, et son lils dans un buisson... Le petit garçon est borgne, sa feinnie. est boiteuse...

— Kh! mon Dieu! et X... est-il blessé?

— Parbleu! le malheureux a été relevé sans ne/... Il n'a plus il< ne/. ; ce qui le généra extrêmement pour se moucher, ('/est d'autant plus désagréable qu'il est souvent enrhumé du cerveau.

Cette dernière phrase commence a vous taire présumer que I on

27<» l-KS HI.A<;i Kl RS.

vieilli de vous couler une bfaptr. Vous regardez votre monsieur, qui s'éloigne en parlant «l'un éclat de rire, enclianlé «le vous avoir fail poser.

Trouvez-vous cela l»ien spirituel?

Voulez-vous avoir une idée de la manière de dialoguer de ces messieurs, entrez dans un café, écoutez un monsieur qui vient d ahorder un blagueur impitoyable :

Veux-tu faire une partie de billard?

- Non... et toi? — As-tu déjeuné?

- Pourquoi faire?

As-tu vu la pièce nouvelle?

- (Quelquefois.

- Qu'est-ce que tu penses du mariage de mademoiselle de It — - Kst-ce qu'on se marie encore?

La rente est toujours en hausse... Me conseilles-tu d'acheter? Je l'aime autant à la sauce qu'a l'huile.

- Sais-tu que ce pauvre (i s'est tué parce que ses affaires

allaient mal!... le malheureux s'est pendu î

Au cou de sa maîtresse?

Ht non, avec une corde.

Sans balancier ?

il n'y a pas de raison pour que cela linisse; le blagueur vous répondra ainsi pendant une heure; ordinairement c'est vous qui en avez bientôt assez et qui abandonne/ la conversation.

Dans un salon, le blagueur commence |rar attendre qu'une conversation intéressante soit bien établie. Lorsqu'il s'aperçoit que l'on écoute avec attention une personne qui raconte comment un mari a découvert que sa femme le trompait, il s'avance au milieu du cercle, et s'écrie en interrompant le narrateur:

— - Monsieur ne vous dit pas tout î... (l'est que l'amant de la dame était ci-devant grand visir de la Porte; qu'il était venu incognito à Paris pour renouveler son sérail, et (pie l'on a trouvé dans la cave

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