‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 69 sur 214 · LECTURE DU JOURNAL · texte numérisé non relu

LECTURE DU JOURNAL

Vous Aies retenu dans voire lit par une légère indisposition ; voir*» médecin vous a défendu de lire, parce que cela vous fatigue les veux et la Icte, et puis qu'en lisant il faut nécessairement sortir un peu son bras de dessous sa couverture, et que l'on peut prendre du froid.

Mais vous avez un petit garçon de neuf à dix ans qui lit très couramment Télémaque et Hobinson ; il n'est pas à sa pension parce que c'est jeudi. Vous allez le faire lire près de vous, cela vous distraira et ne vous fatiguera pas.

Vous appelez votre petit garçon, et vous lui dites :

— Tu vas me faire la lecture, mon ami. Ah!... j'espère que lu es content. . . Faire la lecture à son père pendant qu'il est indisposé. . . voilà un emploi dont tu dois être lier.

Vôtre petit garçon n'a pas du tout l'air content : il préférerait le bilboquet ou les quilles à l'emploi dont vous le gratifiez, i. 39

30U I.KCTI HF. M! JOllivvi..

Cependant il se résigne, et il répond en faisant la moue :

(Qu'est-ce que vous voulez que je vous lise, mon papa ' — Tiens, prends le journal qui est là-bas sur la table... Je ne serai pas lâché d'être un peu au courant des nouvelles. Lis-moi le journal, cela t'amusera aussi.

Votre | > t ■ 1 1 1 bonhomme va prendre le journal, il le déve|op|>e. va s'asseoir contre voire lit, et commence la lecture :

Assurance sur la rie humaine... Bcnrfic.es fer tains... Votre fils s'arrête, en s'écriant :

Ah! mon papa. . est-ce que c'est vrai cela... on assure la vie des gens?... Alors quand on est malade... on n'a pas |>eur de mourir... Kais-toi assurer, mon papa... comme ça, in pourrais manger quand même te médecin le défendrait... Tu ne craindrais pas les indigestions... Ah! je voudrais bien être assuré, mon papa.

Vous ave/, beaucoup de peint' a faire comprendre a votre liU que

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l'assurance sur la vie n'empêche personne de mourir. Vous le prie/ de vous lire autre chose ; il lit :

— Capsules préparées au cubèbe et au copahu ; odeur agréable n'occasionnant ni nausées, ni coliques, et guérissant prompt ement , sans rechute fies...

Vous arrêtez votre lecteur, eu lui criant :

— Assez ! assez ! Je n'ai pas besoin que tu nie lises cela. . .

— Oh! mou papa, mais il parait que c'est bien bon ces capsulesla... Ce n'est donc pas comme celles que l'on met sur un fusil pour servir d'amorce ?

-- Mon, non, c'est autre chose.

— Oh ! mon papa, je voudrais bien en manger de ces capsulesla... Voudrez-vous m'en acheter pour me régaler f

- Veux-tu te taire, imbécile... <U> n'est pas tout cela qu'il faut lire... Vois donc plus loin...

Votre petit garçon lait encore la moue et se remet à lire : -Topique contre le farcin, les glandes; baume astringent contre le piètin, crapaud, crevasses, javart...

Vous vous retournez avec humeur dans votre lit, en vous écriant : -En voilà assez!... Tu m'ennuies... Je ne veux pas en entendre davantage. Tu me lis des choses dégoûtantes!

— Dame, mon papa, je vous lis le journal. Vous m'aviez dit que cela m'amuserait... mais cela ne m'amuse pas du tout.

— Ni moi non plus, va-t'en, j'aime mieux dormir.

Assistons maintenant à la lecture du journal chez une dame du faubourg Saint-Germain.

(V est une vieille marquise fort riche qui a fait élever un de ses neveux, dont elle prend soin, dans les principes les plus sévères : elle le destine à l'état ecclésiastique, et. lorsque par hasard il n'est pas au séminaire, il ne faut pas qu'on prononce devant son neveu un mot un peu gai : il ne faut pas que l'on s'entretienne d'histoires, d'aventures où il est question d'amour. Knlin, il faut éviter de parler

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de la moindre cfiose qui jx>urrait attirer sa pensée sur des objets qui s'écarteraient de la plus sévère décence.

Ijà vieille marquise est dans son salon, assise sur un divan ; elle souffre d'un rhumatisme qui l'empêche de se remuer.

Son neveu est à dix pas d'elle, assis sur le tout petit bord d'une chaise, tenant ses yeux baissés sur le parquet, et ne répondant à sa tante que par des monosyllabes. ta vieille dame qui s'ennuie beaucoup , et que la conversation tle son neveu ne distrait pas de ses souffrances, lui dit enfin :

— Prenez le journal qui est sur ma causeuse... Je n'ai pas pu lire aujourd'hui... Je ne puis pas me remuer... Faites-moi un peu la lecture. Mon journal est grave... il est dans les bons principes, et sa lecture ne saurait être dangereuse pour vous.

Le jeune homme s'incline, se lève, va prendre le journal, revient s'asseoir sur le bord de sa chaise, et lit d'une voix haute et intelligible.

— Des hémorroïdes : moyen de les traiter, de les guérir, de les prévenir même, sans employer de suppositoires. Ijcs hommes en étant plus généralement affecté une les femmes, et le frottement de leur pantalon occasionnant sur cette partie...

— Finissez!... finissez bien vite! s'écrie la vieille marquise en s agitant sur son divan... O mon Dieu! qu'est-ce que c'est que cela?

— Je vais finir, ma tante ; il n'y a plus que quelques lignes, reprend le jeune homme, et il poursuit :

— Occasionnant sur cette partie délicate de leur personne . . .

■— Mais assez, monsieur; taisez-vous bien vite!... Est-il possible «le me lire des choses pareilles !.. .

— Ma tante, c'est sur le journal... C'est vous qui m'avez dit île vous le lire.

— Je ne conçois pas cela! Il faut que ce soit une erreur commise par l'imprimeur!... Passez, monsieur... Lisez-moi bien vite autre chose, que j'oublie ce vilain article.

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