I.KCTIIIK !>l Jol K>AL
I < jeune homme reprend à haute voix :
— Clyso-pompe d'un emploi aussi utile qu'agréable, qui tient entièi niieitt dans une boite et que l'on peut porter sur soi pour aller en société. Jm manière de s'en servir est aussi simple que commode; vous vous mettez à cheval sur une chaise et vous introduisez le canon...
Les gémissements de la vieille dame interrompent encore le jeune homme ; il regarde sa tante, qui essaie de remuer les bras et de frapper du pied, en balbutiant :
— Mais voulez-vous bien vous taire, mon neveu! Comment ose/.viius lire ers affreux détails. . C'est odieux! r'esl révoltant !
— Ma tante, «-.'est le journal... Je n'invente rien. moi... je lis...
'Mit i.kcturk nu joihsai..
— Dans quel siècle vivons-nous ! Mettre de telles choses sur un journal que j'estimais... Je n'en reviens pas...
— Voulez-vous que je passe à autre chose, ma Imite '!
— Je ne sais si je dois encore vous écouter.
Voici un autre article, ma tante, qui vous fera peut-être plaisir.
Et le jeune homme lit ;
— Traité de lu syphilis. Depuis que le trop fameux Christophe Colomb nous u rapporté en Europe cette...
Ici la marquise pousse île véritables hurlements, et malgré son état de souffrance, elle retrouve assez de force pour se lever, aller à son neveu, lui arracher le journal des mains et le jeter au feu.
Voyons maintenant chez de bons bourgeois du .Marais. Ils ont une petite tille de huit ans, fort gentille, fort espiègle, et qui, comme on dit vulgairement, apprend tout ce qu'elle veut. \a\ petite tille a bien voulu apprendre à lire, afin de savoir de ces beaux contes, de ees belles histoires qui vous font peur le soir quand on mouche la chandelle. .Mais l'enfant a déjà dévoré tous les livres qu'on lui a donnés, et elle demande toujours à lire, si bien que la maman, qui fort souvent n'a pas le temps de regarder le journal auquel son mari est abonné, a dit à sa petite lille :
— Tu me liras le journal tous les soirs, pendant que ton père ira a son café.
La petite a sauté de joie, paire qu'on lui a dit que le journal était rempli d'histoires, d'assassinats, de vols, d'incendies, enfui de choses Irèsdivertissantes et fort capables de lui faire encore peur le soir. Elle attend avec impatience le moment de remplir ses fonctions de lectrice.
Enfui, après le dîner, le papa sort suivant son habitude pour aller à son café ; la petite tille reste avec sa mère et sa grand' maman, bonne femme de soixante-dix-sept ans qui est un peu en enfance ; elle s'empresse de prendre le journal ; sa mère a pris sa tapisserie.
LBCTVRB DU JOURNAL, .'il I
la ^nuid'maman s'est l'ail donner son tricot auquel elle croît travailler, sans s'apercevoir que depuis cinq ans elle fait toujours le mente i>as, et l'enfant entame la lecture du journal :
— Maison d'accouchements, tenue par une sage- femme qui a reçu des leçons des premiers accoucheurs de Paris. Les personnes de famille iftii ont une faiblesse à cacher peuvent se présenter voilées et...
l a maman interrompt la petite tille, en lui disant :
— Ma chère amie, c'est tort ennuyeux ce que tu nous lis là ! Je n'y comprends rien... Passons... passons à autre chose...
Li vieille grand' mère, qui croit qu'il s'agit d'une table d'Hôte, dit en branlant la tète:
Digitizod by Qjmgle
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— Je sais ce que c'est!... On y va jxnir cinquante sous... (hi a trois plats et du dessert... J'y ai été souvent... Mais on y donnait toujours du haricot de mouton, et je n'aime pas cela...
La petite tille, qui est fort espiègle, regarde sa grand' mère d'un air malin, en disant :
— Kst-ce que vous aviez une faiblesse a cacher, bonne maman ?
— Vous êtes une petite sotte, ma fdle. dit la maman ; vous parlez de ce que vous ne comprenez pas!... Vous ne devez rien entendre a ce que vous venez de lire... Gela regarde les médecins... Lue faiblesse veut dire un défaut de conformation dans les personnes.
— Oui, oui, reprend la vieille, j'en ai caché l>eaucoup de ces pauvres petits... moi; c'était les carlins que j'aimais; a présent on préfère les épagneuls, je ne sais pas |>ourquoi! Les carlins sont bien plus aimables... J'en portais toujours un sous mon chàle quand je sortais.
La petite tille fait une mine fort drAle, comme si elle voulait dire à sa mère : Je comprends très bien ce que j'ai lu. Puis elle reprend le journal et lit :
— Bandages, ceintures d'un nonreou genre pour Les hernies vl desrentes, par brevet d'invention : tes hommes i/ui vont soin rut a cheval et qui ne portent pas de...
— Ah! qu'est-ce que tu nous lis encore là! s'écrie la maman qui a rougi pour sa lille. Les journaux deviennent donc des amphithéâtres d'hôpitaux à présent!... Je ne comprends pas alors qu'ils puissent trouver des lecteurs !..
— Maman, il est question de ceintures d'un nouveau genre, dit la petite fille. Mais, est-ce que les hommes portent «les ceintures... Je croyais qu'il n'y avait que les femmes qui en mettaient par dessus leur robe. Qu'est-ce que c'est donc que ces ceintures-là? On donc les mettent-ils, les hommes?... Veux-tu m'en acheter une pour mettre le dimanche quand nous irons promener sur les boulevarts?
— Lh!non, ma chère amie, ceci regarde les bossus ; c'est pour les redresser, et voilà tout.