‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 71 sur 214 · I.KCTIRE DU JOURNAL · texte numérisé non relu

I.KCTIRE DU JOURNAL

— Oui. dit la grand' maman, j'en ai porté long-temps, moi ; ea m allait très bien... et des caleçons aussi.

— Hais vous n'étiez pas bossue, grand' maman ?

— Allons, ma fille, assez de réflexions... Lisez-nous autre chose... dtt la maman, qui commence à se repentir d'avoir donné le journal a sa fille.

La petite reprend sa lecture :

— Dartres, maladies de peau, maladies cutanées et autres affections chroniques résultant de galanteries (fui...

La maman n'en veut pas entendre davantage ; elle ote le journal' des mains de sa fille, et le déchire en morceaux en s'écriant :

— En voilà bien assez, mon enfant; désormais je te jure que tu ne me liras plus le journal.

— Pourquoi donc, maman! s'écrie la petite fille. On annonçait des galanteries... cela doit être bien gentil... Ce sont sans doute des messieurs qui font des cadeaux aux dames... et vous ne voulez pas que je finisse?

— Je sais ce que c'est, dit la grand' mère en secouant la tête : j'en ai eu une douzaine au moins... C'était la mode alors... On les garnissait de fourrures du haut en bas.

Tout ceci est exact : nous n'avons fait qu'indiquer par quelques mots ce que l'on trouve maintenant tout au long sur les annonces qui remplissent une grande partie des journaux de Paris. On ne permettrait pas à une jeune personne de regarder sur les murs, si elle pouvait y lire des choses pareilles... et on les met sur les journaux qui vont dans les salons, dans les ateliers et dans l'intérieur des familles.

Et ces personnes qui lisent cela tous les jours sans en ressentir le moindre dégoût , se voilent le visage ou jettent les hauts cris lorsqu'un auteur emploie dans ses romans quelques uns de ces bons vieux mots comiques et vrais que Molière semait à profusion

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dans ses pièces. Elles crieront au scandale, en voyant afficher le second titre de Sganarellv.

Paris fourmille de cabinets de lecture où vous pouvez, moyennant quatre sous par séance, vous installer dès huit heures du matin et rester jusqu'à onze heures du soir. Mais dans cet espace de temps, il est encore impossible de lire tous les journaux qui paraissent dans la journée.

Dans les peines auxquelles on condamne les malfaiteurs on en a oublié une qui serait cependant bien dure : c'est la lecture des journaux à perpétuité.

LK JARIHK Dl MIXEMBOUKU.

C'est un vieux jardin qui a bien souvent changé de face; c'est un vieux palais qui a bien souvent changé de nom. On l'a nommé palais du Luxembourg, puis Palais d'Orléans, du Directoire, du Consulat, du Sénat-Conservateur, et enfin palais de la Chambre des Pairs.

Il a été habité par mademoiselle de Montpensier et la duchesse de Guise, qui le céda à Louis XIV. 11 fut la demeure de la duchesse de Brunswick et de mademoiselle d'Orléans. Louis XIV le donna à Monsieur, son frère. En quatre-vingt-treize on en fit une prison. En quatre-vingt-quinze le Directoire s'y installa ; il fut remplacé par le Sénat. C'est aujourd'hui le palais de la Chambre des Pairs , et il vient d'être embelli, restauré tout récemment; les travaux, exécutés par nos premiers peintres , font le plus grand honneur au talent de ces artistes, l^e musée du Luxembourg renferme aussi une magnifique collection de tableaux do nos anciens maîtres et de nos artistes contemporains.

Si l aspert du palais du Luxenilmurg a quelque chose de sévère.

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le jardin n'est pas non pins fait |>our vous égayer : il est vaste, uniforme ; il a une longue avenue , des allées bien droites ; un grand parterre, au milieu duquel est un bassin. Tout cela est beau, correct, soigné, mais triste.

Il semble que les personnes qui font du Luxembourg leur promenade favorite y apportent aussi un aspect sérieux, des pensée* graves on mélancoliques. Est-ce l'effet du jardin , du quartier, ou plutôt de la profession à laquelle se livrent la plupart des habitués de cet endroit?

Et en effet , c'est le quartier des hommes graves , studieux, réfléchis ; beaucoup déjuges, de conseillers logent dans les environs du Luxembourg. Les écoles de droit et de médecine n'en étant pas

LU JARDIN ht kVXEUBOVRU. 311

éloignées, c'est aussi dans ce jardin que vieiinenl souvent rêver les jeunes gens qui suivent les cours.

Dans cette allée voyez-vous ce jeune homme au teint pale, mais à l'œil animé, qui, tout en marchant, gesticule et quelquefois parle tout haut avec vivacité, avec chaleur? C'est un avocat stagiaire qui vient enfin de trouver une cause à défendre. Il est venu se promener au Luxembourg pour y faire son plaidoyer; il peut y rêver, l'apprendre, le graver dans sa mémoire, et même le réciter tout à son aise, comme s'il était au Palais; rien ne le gène, rien ne l'interrompt... S'il en faisait autant dans le jardin du Palais-Hoval ou sur les boulevarts, on le regarderait comme une curiosité.

Plus loin im jeune étudiant en médecine va méditer dans l'allée

<|iii fait face à l'Observatoire, sur la thèse qu'il est en train de faire pour être reçu docteur. Souvent il passe là plusieurs heures, consul-

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tant des livres et grignotant un petit pain qui c ompose toui son modeste déjeûner. Mais il se contente de ce maigre repas : on est sobre quand on est studieux; et d'ailleurs l'avenir le récompensera. I /avenir! toujours si beau pour ces jeunes médecins qui aiment leur profession, la gloire et l'humanité.

Vous rencontrez aussi dans ce jardin de vieux militaires, des vétérans de nos armées que le voisinage du Val-de-Grace et de l'Hâte! des Invalides amène souvent au Luxembourg , et qui se promènent lentement au soleil dont les rayons réchauffent leurs corps couverts de nobles cicatrices.

Puis, toujours des bonnes promenant des enfants, cette génération en herbe jK>ur laquelle tous les endroits sont charmants pourvu qu'ils y trouvent de l'air, des camarades et de la lilierté; trois choses que les hommes aiment toujours, même lorsqu'ils ont cessé d'être enfants.

Yall<w pas croire cependant que le Luxembourg ne puisse pas quelquefois offrir des tableaux plus gais, et que l'on n'y aille absolument que pour étudier, méditer, promener des enfants ou visiter le Musée. #

C'est clans ce jardin que se réunissent les étudiants-viveurs , ceux

qui ont reçu des fonds de leur famille, et qui ne peuvent se décider à suivre les cours tant qu'ils ont les goussets bien garnis. Ces messieurs se rendent le matin au Luxembourg pour y décider de l'emploi de leur journée.

— Qu'est-ce qu'on peut faire de bon aujourd'hui, Messieurs? — pas de pièce nouvelle à voir, — pas de femme à souffler à son ami,

— pas de farces à faire à un jobard , pas de créanciers à promener ,

— moi, j'ai payé mon dernier hier...

— Ah! fameux le calembourg.

— Moi, je vais bien plus vous surprendre, je ne fais jamais de dettes.

Ah! la belle malice, parce que personne ne veut lui faire crédit.

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