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— Des billets de daine! mon bourgeois... voilà!.. Voulez-vous des billets de dame ?
Vous n'avez pas attendu ce moment pour vous en procurer , et vous avez aussi votre billet d'homme que vous avez payé beaucoup moins cher qu'au bureau. Kien de plus facile que de se procurer des billets de bal; il y a des restaurants, des cafés où l'on en trouve toujours : vous demandez an mariage , et l'on vous donne sur-lechamp des billets pour un cavalier et pour une dan». Il faut être extraordinairement étranger aux usages de Paris pour prendre son billet au bureau.
Mais la foule se précipite sous le péristyle; on se pousse, on se presse pour entrer... il semble que l'on ne sera jamais assez tôt dans le sanctuaire... Vous y voilà enfin!... Que de monde autour de vous... quel bruit!., quel air de féte, d'ivresse chez tous les masques qui courent vers l'escalier... Vous n'êtes pas dans la salle, et il vous semble déjà que vous vous sentez tout autre, que vous avez laissé raison , sagesse, convenance à la porte. C'est qu'il y a dans cette enceinte une ivresse, une gaité, un laisser-aller et presque un dévergondage qui se communique par l'air, par le bruit, par la musique, par la danse, par la foule , par la chaleur, par tout ce qui vous entoure.
L'escalier est orné de fleurs naturelles ; vous le gravissez, précédé, suivi de dames, d'hommes plus ou moins travestis et d'autres qui ne le sont pas du tout. (Nous parlons des hommes, car les femmes ne sont reçues que déguisées au bal de l'Opéra.) Vous arrivez au premier étage; à peine si l'on jmîuI marcher dans le couloir, tant il y a de monde. Déjà vos yeux ont remarqué des masques de différents caractères. Il y a quelques costumes élégants . soignés, bien portés, mais il y en a une grande quantité de fanés, de négligés et de mesquins. Les femmes en homme, dans le costume de tôt du bon ton (quoiqu'elles n'aient pas bon ton du tout) sont eu majorité. Puis voilà des débardeurs, des hussards, des gardes
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française... Ce sont des femmes, toujours des femmes; il parait qu'elles se trouvent plus à l'aise sous le costume de l'autre sexe, pour se livrer à cette ardeur de plaisir, de folies, dont leurs yetnt semblent embrasés.
Devant la |>orte du foyer, il est fort difficile de passer, c'est là que |K)ur arriver il faut faire queue , se pousser ; mais cette cohuf n'a rien d'effrayant : pouvez-vous avoir peur d'être étouffé quand vous Mes entouré de gens qui rient , qui se tutoient , se disent mille plaisanteries; enfui vous avez réussi à conduire un joli domino dans
un endroit que la foule semble respecter encore. vous essayez
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d'entamer 1 entretien, et vous voudriez garantir votre conquête des dangers, des familiarités auxquels une femme est exposée dans une eohue ; si vous vous tourmentez pour cela , n'allez pas au bal de l'Opéra, vous y seriez trop malheureux.
Un postillon vous pousse par derrière ; quelques jeunes gens qui ne sont pas déguisés vous barrent le passage, parce qu'ils viennent de s'arrêter pour causer avec des bayadères. l'ne paysanne vous marche presque sur les talons; votre petit domino que vous tenez sous le bras est pressé par des titis et des débardeurs. Il y a des moments où vous ne bougez plus, où vous ne pouvez plus faire un pas ni en avant ni en arrière. Si vous avez le malheur de montrer do l'humeur, de la contrariété d'être ainsi foulé, ce sera bien pis, on se moquera de vous.
— Fifine!.. dérange-toi donc, pour laisser passer monsieur et madame!. . .
— Tiens! il fait son nez celui-là... Kst-ce que madame ton épouse t'a fait des traits, cher ami! elle en est bien susceptible, n'est-ce pas?
— Klle aurait joliment raison, quand on a sous le bras un vilain Chinois de ton espèce... on doit lui en faire de ces queues.
— Dérangez-vous donc, vous autres! vous ne voyez pas que «'est un prince qui est ici incognito avec sa cuisinière!...
— T.u crois, tourlourou!... moi je l'avais pris pour un marchand d'allumettes chimiques! Quant à son objet masqué, je gagerais qu'elle est vilaine comme cette dame qui vient là bas... ep camargo. Bonjour, madame!
Après bien des mouvements de flux et de reflux, vous êtes enfui sorti de la foule; si vous n'y avez pas perdu votre compagne, vous devez encore vous trouver heureux.
Vous désirez vous placer dans une loge; pas moyen : elles sont toutes louées. Kn prenant le matin plusieurs billets au bureau, on a droit à une loge : c'est une faveur dont on ne jouit pas lorsqu'on achette des billets au rabais.
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l,es loges qui ne sont pas louées sont encombrées de monde. Pas une seule place de libre; il en est de même au balcon.
Vous montez un étage ; on marche un peu plus facilement dans le couloir , excepté vers le milieu qui a vue sur l'entrée du foyer. Il y a là des banquettes qui sont toujours occupées et très désirées, c'est encore un des endroits où l'on cause, où l'on s'arrête, où l'on se donne rendez-vous, et par conséquent où il y a foule.
Vous vous adressez aux ouvreuses de loges... c'est comme au\ premières... pas de place.
Vous montez encore un étage. Ici on se promène à l'aise; on n'est pas gêné , il y a peu de monde , excepté pourtant dans les loges qui sont encore fort bien garnies. Vous ne pouvez obtenir des ». 48
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places que sur le second banc. Vous ne vous trouvez pas hien. cl vous montez au dernier étage pour voir si vous serez mieux.
I.e couloir des quatrièmes et de l'amphithéâtre est presque désert; c'est là que viennent causer quelques couples qui recherchent la solitude ou qui veulent échapper aux regards jaloux qui les poursuivent.
C/esl aussi là qu'une laitière vient remettre sa coiffure dérangée, qu'une sultane rattache son voile qu'elle a manqué de perdre en galopant ; tandis qu'un Turc s'y promène avec son turban sous le bras, absolument comme s'il portait un tricorne. L'n domino fatigué de son masque, vient Toter dans ce couloir et prendre l'air quelques instants à visage découvert. I n Espagnol cause dans un coin avec une Suissesse à laquelle il offre à souper; puis loin deux amants qui ne sont venus au bal de l'Opéra que pour se retrouver, se parlent avec feu et ne voient plus rien de ce qui les entoure.
Après vous être placés un moment dans une loge ou sur les banquettes de l'amphithéâtre, ce coup «l'œil extraordinaire, ces mille bougies, cette musique délicieuse, ce brouhaha continuel vous étourdit; vous pensez qu'il vaut mieux être avec ceux qui s'amusent que de les regarder de loin, comme un enfant que l'on met en pénitence, tandis que ses camarades se divertissent, et vous vous hâtez de redescendre, pour vous mêler aux saturnales, aux bacchanales de la salle.
En passant de nouveau devant le lover ,' votre petit domino vous témoigne le désir d'y entrer; c'est là qu'il faut affronter les masses, qu'il faut de la force pour passer les porles. Vous voilà dedans... vous pensiez alors être moins foulé, au contraire vous l'êtes davantage. On met quelquefois plus d'un quart d'heure pour faire toute la longueur du foyer.
Aux deux extrémités, dans ces jolies petites rotondes entourées de divans, vous voudriez bien trouver une place. . .C'est fort difficile; il faut les guetter deux heures au moins... et encore! Il y a des personnes