‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 9 sur 214 · GALET TK. ">.V · texte numérisé non relu

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pas autre chose depuis que la boutique était ouverte jusqu'au moment où il la fermait, aussi lui avait-on donné le sobriquet de t 'oupt- Ton jours .

Ce monsieur Coupe-Toujours fît une fortune rapide. On aurait pu croire que cette mode de galette disparaîtrait avec le débitant : non vraiment , elle n'a fait que changer de favori.

Maintenant c'est sur le boulevart Bonne-Nouvelle, chez un pa- ' tissier placé tout à coté du théâtre du Gymnase, que la foule se porte pour avoir de la galette. La vogue de Coupe-Toujours est surpassée ; ee qui était une préférence, une prédilection, est devenu un engouement, on pourrait presque dire une fureur.

De tous les quartiers , on vient acheter de la galette chez le pâtissier du Gymnase; «'est le nom qiîe l'on a donné à ce nouveau favori de la fortune, et, du reste, cela ne saurait en rien blesser le théâtre dont il est le voisin , car on sait que celui-ci n'a |>as l'habitude de donner des galettes au public.

\jà société qui vient chez, ce pâtissier est plus choisie ou plutôt plus mêlée que celle qui faisait queue devant Coupe- Toujours ; ,chez celui-ci les blouses et les casquettes étaient en majorité; devant le pâtissier du Gymnase, vous voyez assez souvent des chapeaux, quelques dames bien mises, des grisettes assez emplettes, qui se font en riant servir mie part de pâte-ferme : on prétend que l'un dans l'autre le pâtissier en débite trois ou quatre cents par jour de la semaine ; les dimanches on en vend de neuf cents à mille ; une galette entière coûte trente sous ; un fabricant doit bien gagner moitié sur sa marchandise, calculez, d'après cela, le bénéfice quotidien du pâtissier.

O mon siècle! vous avez fait de bien belles choses!... Vous avez fait voyager par la vapeur ; vous nous éclairez par le gaz ; vous avez proclamé la liberté de la presse ; vous avez aboli de Paris la roulette, la loterie, la mendicité; vous avez banni de la plupart de vos promenades les filles publiques , qui empêchaient les femmes

.'iK LA GALETTE.

honnêtes de s'y montrer : vous êtes le siècle des lumières, «les de- «•ouvertes, îles arts, «lu romantisme , des barbes, des moustaebes •*t <les cigares ; mais il faut bien en convenir également, vous êtes aussi le siècle de la galette !

i. MtltloLKTs - MILOHhS

Von une invention tout -h -lai! confortable, agréable, et qui doit < trr durable.

li* cabriolet va plus vile qu'une voiture, c est connu; est-ce parce fi'il n'a qu'un cheval?... probablement. Un dit que l'uniou fait la force ; comme sans doute il n'y a point d'union entre deux chevaux «le fiacres , ces pauvres bêtes montrent plus de force quand on ne l»-ur donne point de compagnon d'infortune.

Ainsi donc, quand vous alliez à un rendez-vous et que vous aviez |*ur d'être en retard , vous preniez un cabriolet ; vous en preniez un quand vous vous rendiez chez une jolie dame ; quand vous alliez <n solliciteur près d'un homme puissant, quand vous couriez après un débiteur, quand vous aviez une bonne nouvelle à dire à un ami ; «•nlin toutes les fois que vous désiriez arriver vite.

Mais ce qui ne vous était pas agréable, c'était de vous trouver assis près d'un cocher qui n'est pas toujours propre; qui souvent i H

"iS CAUlUOI.blS-MILOlUlS.

m*iiI le vin, l'eau-de-vie ou l'ail, quelquefois tous les trois a la lois, el la pipe par dessus le marche; qui à chaque instant se remue, se retourne pour regarder au carreau derrière ; qui prend et remet son fouet, jure après son cheval, après les autres voitures, après les passants, et frotte son pantalon contre le vôtre.

Quand vous Mes seul , vous pouvez à la rigueur supporter tous «•es petits désagréments en vous retranchant à l'autre extrémité du cabriolet , en laissant un petit espace entre vous et le cocher. Mais si vous aviez une dame avec vous, naturellement vous lui donniez le coin ; vous étiez au milieu , et vous aviez le cocher à peu près sur vos genoux. Et puis causez donc avec intimité, avec abandon . quand vous avez presque sur vous un homme qui vous entend, qui est témoin de vos moindres mouvements et qui quelquefois se |M*rmet de lâcher un mot dans votre conversation.

Le eabriolet-milord est une nouvelle invention qui vous débarrasse de tous ces inconvénients. Le cocher n'est plus assis avec vous dans l'intérieur; il a un siège isolé, assez élevé et assez éloigné du cabriolet pour ne plus entendre ce qui se dit derrière lui. Ce nouveau cabriolet a aussi deux petites roues de plus que les anciens, ce qui lui donne nécessairement plus de solidité et exjiose moins les personnes qui sont dedans à verser.

Montez, couple fortuné, qui voulez aller vite.... je ne vous dirai pas que le mitord va comme le vent (ce n'est pas l'habitude des voitures île louage à Paris, Ht de ce cote nous ne l'emportons pas sur les étrangers), mais du moins vous jouirez de tous les agréments du cabriolet; vous aurez de l'air, vous verrez les passants, les boutiques, la verdure, si vous allez à la campagne; vous |>ourrez rire, vous faire des confidences, vous prendre la taille, vous serrer les mains, vous regarder bien tendrement, el tout cela sans avoir un cocher sur vos genoux.

Et puis, encore un autre agrément : si vous ne voulez pas èlrc vu par les passants, ce qui arrive quelquefois, rien de plus facile

i Vliltiol n s->lll olU»s.

dans un cabriulel-niilord ; vous \ serez meni»' mieux caché que dans (Olite autre voituiv dont les stores no ferment pas toujours bien. Os nouveaux cabriolets ont sur le devant de la eapotte une espère de volet en bois à plusieurs brisures et attaché par une lanière en cuir. Vous défaites la lanière... prenez garde à votre télo, car le volet se développe avec une rapidité effrayante; il ferme toute l'ouvertur»' du cabriolet, et vous vous trouvez alors comme dans une boîte, éclairée quelquefois parmi petit carreau, mais le plus souvent par de j>etites rosaces pratiquées dans le volet.

Alors \o délie bien à l'œil le plus exerce de vous apercevoir, cl vous pouvez impunément parcourir les quarties peuplés de vos plus intimes ennemis.

Le cabriolet-mi lord a obtenu beaucoup de succès, et cela devait •Mre. Maintenant sur les places on se les dispute; il n'y en a jamais

(iO «:ABIU01.F.TS-Mll.nni>S.

assez; ils sont enlevés comme un coupon de logé (1rs Bouffes, comme une l>clle danseuse dans un bal, comme une glace dans une soirée, comme un morceau de veau roti dans une noce de village, comme la jarretière d'une jolie mariée , comme le premier soupir «l'un jeune cœur, comme toutes les primeurs en général.

Le rcibriolct-milord est la voiture du père de famille qui mène son épouse et sa fille à la féte du village voisin; du mari et de la femme qui n'ont aucune raison pour vouloir s'enfermer dans un fiacre; de ces bonnes gens qui n'allant |wis souvent en voiture, sont bien aise de se faire voir quand cela leur arrive; du jeune homme qui a une jolie maîtresse et qui se fwivane auprès d'elle ; des enfants qui sont contents de voir le monde tout en roulant» et des |»arents qui sont heureux de faire plaisir à leurs enfants; de l'observateur qui regarde toujours par où il passe; puis enfin de toutes les personnes qui ont peur dans une voiture qui n'a que deux roues ci qui n'ont pas cette crainte dans un milord.

Vous voyez que le milord réunit l'utile à l'agréable et qu'on peut lui appliquer le fameux vers d'Horace :

Omm* tulil piinrtnni miscuil utile ilulo

LKS FAI X -TOUPETS.

Comme malgré les pommades du Lion, de l'Ours, du Chameau, les huiles régénératrices et toutes les inventions sublimes destinées ;i faire revivre notre système capillaire, on n'est pas encore parvenu a faire pousser les cheveux quand ils n'en ont pas envie, le fauvloupet a acquis un grand degré de perfectionnement.

C'est au |K>int qu'à Paris les «lames n'osent plus se fier à rien.

I n monsieur dont la figure a du charme, dont la tournure est ♦ légante, se présentera en société; il y brillera par ses manières, non esprit et ses beaux cheveux noirs, rejetés hardiment sur le cote.

I,es dames aiment toutes ces petites choses-là... elles ont assez «le bonté pour s'y laisser prendre. C'est bien menteur quelquefois.

Kcoutcz plutôt la conversation de deux jolies dames, dans une de res réunions où les petits-maîtres se donnent rendez-vous :

— Monsieur de G... viendra-t-il ce soir? c'est un homme charmant , n'étes-vons pas de mon avis?

«2 1.KS FAI X-TOI l'tTS.

-T- Mais, je le |>ensai$ comme vous il y a quelques jour*, je Mouvais M. deti.... fort beau garçon... Il me semblait uu cavalier ar » rompli. Aujourd'hui, il a terriblement perdu dans mou opinion?

— Kl pourquoi cola, ma chère? qu'a-t-il fait, qu'avez-vous appris sur soh compte?... oh! de grâce, comptez-moi cela.

— Vous ne connaissez donc pas son aventure avec la comtesse italienne?

— Comment, cette superbe dame aux yeux noirs, qui, dit-on, porte toujours un petit stylet dans sa ceinture, pour punir un amant qui la trahirai!.

— Précisément... A propos de stylet, savez-vous qu'à Paris les dames excentriques, romantiques, les lionnes, enfin, ont voulu faire venir cette mode; quelques unes ont porté à leur ceinture de ces jolis petits stylets à manche d'or guilloché, ciselé ou enrichi de pierres précieuses ; par exemple elles avaient grand soin de faire arrondir et émousser la pointe de la lame, afin qu'elle ne les piquât poini.

— Et que voulaient faire avec cela les lionnes de Paris?

— Punir aussi un amant infidèle... enfin jouer un peu à l'Italienne ou à l'Espagnole. Mais cela n'a pas pris... le stylet n'est pas clans nos mœurs, fort heureusement.

— Revenons à monsieur de G.... Je vous écoute.

— Il était, dit-on, l'amant de la belle Italienne, et celle-là n'a pas un stylet pour rire. Dernièrement , ayant appris que monsieur de (i... avait été au bois de Boulogne avec une dame, elle lui écrivit «le venir chez elle; et là, après une scène fort sérieuse, tira son stylet et menaça son infidèle de le. poignarder. De (i.... eut peur et voulut fuir. La comtesse courut après lui, le saisit par ses beaux cheveux noirs... leva son poignard... Mais de (».... continua de se sauver et disparut enfin, laissant dans les mains de la superl>e Italienne un toupet de cheveux si admirablement bien fait, que jusqu'alors on avait cru que c'était vraiment les siens. On assure que cette découverte calma sur-le-champ la fureur de la comtesse: elle partit

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