‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 96 sur 214 · A V T. IU I SS K M KM · texte numérisé non relu

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Il y avait deux conditions inhérentes à ce but : il fallait d'abord embrasser une immense variété de matières, et choisir ensuite pour chacune d'elles un écrivain dont le genre pût s'y approprier.

Au surplus, la classification du travail se présentait d'ellemême. Il en est à peu près des graudes agglomérations d'hommes comme de terrains pris sur une vaste échelle; ils apparaissent en couches superposées, et plus l'agglomération est considérable, plus ces différentes zones se caractérisent à l'œil ou à l'esprit. Or la masse parisienne , sans tenir compte des nuances intermédiaires, se compose de trois catégories qui sont pour ainsi dire trois sociétés distinctes cl indépendantes entre elles : c'est la classe populaire, la petite bourgeoisie, et le inonde élégant. Il a donc sufli de rechercher les types ou les faits les plus saillants dans chaque série, pour arriver à une nomenclature aussi satisfaisante que possible.

Restait néanmoins le second problème à résoudre. Un livre, lorsqu'il a pour objet le développement d'un drame ou la manifestation d'une idée, gagne à demeurer homogène dans le fond comme dans la forme, mais celte nécessité se modifie lorsqu'il s'agit de peindre une société tout entière. Les hommes qui voient la société en face sont très rares : philosophes, critiques, écrivains, artistes ou geus du inonde, ils sont tous placés de manière à ne la voir guère que de profil ; le reste demeure pour eux dans l'ombre. Le plus grand reproche qu'on ait fait à Mercier est d'avoir ramené tous ses tableaux à une couleur systématique, qui la plupart du temps n'était pas celle du sujet , et d'être tombé à chaque pas daus des négligences ou des erreurs inévitables chez un homme qui, sans tout connaître, voulait tout esquisser. Il eût donc été peu sage de remettre les destiuées de la Grande Fille aux

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soins d'une plume unique. Les éditeurs ont évité eet éeueil, en choisissant des peintres différents pour chaque partie de cet immense tableau.

M. Paul de Kock devait naturellement avoir une grande part au travail. 11 était difficile de trouver un pinceau plus naïf et plus vrai pour les sujets qui viennent de former le premier volume. La petite bourgeoisie lui appartient de droit. Toutes ces charmantes pochades, prises au plus vif de la société moyenne, tous ces types qui se rencontrent sur les limites du Paris souterrain et du Paris élevé , et même pour aller plus l>as, toutes ces physionomies pleines de naturel et de franchise des classes populaires, devaient forcément jaillir d'une plume qui marie si bien la bonhomie du style à la simplicité du sujet. Aussi le succès du premier volume a-t-il prouvé combien les éditeurs s'étaient heureusement adressés.

Ce cadre épuisé, ou pour mieux dire rempli, d'autres tableaux se présentaient. Le titre de l'ouvrage, après le livre comique, annonçait une œuvre viilupie, et pour obéir à ce programme, il fallait nécessairement toucher a des sujets plus vastes et plus palpitants. Les peintures légères devaient bien encore se rencontrer ça et là : les restaurants, par exemple, les petits théâtres, les marchands d'habits, les rivoyeurs, les bampiistcs , et d'autres sujets semblables pouvaient se rattacher encore par quelque point au sens général ; mais nous avions devant nous le monde politique et littéraire dont l'examen exigeait des allures presque militantes; nous avions surtout à peindre cette reine toujours debout quoique incessamment frappée, qui craint la vérité plus que la calomnie, et devant qui reculent les plus braves : la Presse Parisienne !

Il fallait, pour saisir le géant corps à corps, un de ces

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robustes courages, un de ces hommes qui ont pour habitude de marcher dans leur force et dans leur liberté... Nommer le champion, c'est révéler combien la lutte sera chaude et passionnée, c'est exprimer d'avance tout l'intérêt qu'excitera dans le public ce tournoi de l'esprit contre la critique. Disons donc que M. de Balzac a bien voulu descendre dans cette redoutable arène.

Un mot pour finir sur l'exécution matérielle. L'illustration est un luxe désormais nécessaire. Elle a été doublée pour ce second volume, au moyen d'une gravure hors texte qui accompagnera chaque chapitre, ou d'un haut de page qui formera un sujet de grande dimension. En outre, le texte a élé resserré, et le second volume, devenu compact, préseni era la matière de deux volumes in-8° ordinaires. Cette double mesure aura pour effet de permettre aux écrivains comme aux artistes de passer en revue beaucoup plus de sujets, avec beaucoup plus de détails, sans que le prix de l'ouvrage soit augmenté.

L'entreprise est considérable, mais l'accueil fail au premier volume est un encouragement pour le second. Les éditeurs ont compris d'ailleurs que ce livre pouvait être une grande chose, et que ce but une fois défini, rien ne devait être épargné pour l'atteindre. Ils ont l'espoir d'y réussir.

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