‹ La Grande ville (volume 4)Chapitre 16 sur 111 · LES ^LOUEURS · texte numérisé non relu

LES ^LOUEURS

assez... je ne prendrai pas la poste... Je ne voyageais jamais autrement jadis! mais comme dit... je ne sais pins quel auteur... dans... je ne sais plus quel ouvrage, il faut être philosophe... quand on ne peut pas faire autrement.

Vous présentez à ce monsieur ses vieux papiers, en répondant :

— Monsieur, j'ai aussi des charges, de la famille... et je ne puis.. .

— Ah! parbleu! c'est vrai... je n'y avais pas songé... Eh! qui est-ce qui n'a pas ses charges, monsieur!... Je soutiens trois ménages, moi... quand je suis dans ma terre à Oacovinskv... Allons, n'en parlons plus... Prêtez-moi cinquante francs... cela ne me formalisera pas... Je suis au dessus de tout cela!... Si vous n'en avez que vingt-cinq, je les prendrai également... Eh mon Dieu, je n'ai point une fierté déplacée. Tous les hommes sont égaux. Je dis cela tous les jours à mon tailleur, qui prétend que je suis trop grand!...

Vous n'osez pas renvoyer sans lui rien donner ce monsieur, qui a de si bonnes manières et s'exprime si facilement : vous tirez (h1 votre poche une pièce de vingt francs, et vous la lui présentez d'un air presque honteux, en balbutiant :

— Je suis fâché de ne point pouvoir vous offrir davantage, mais je... en ce moment...

On ne vous laisse pas achever : déjà ce monsieur s'est emparé de la pièce de vingt francs , et l'a fait passer avec une extrême dextérité, de votre main dans sa poche. Puis il se lève précipitamment, en vous disant :

C'est bien.... c'est très bien... je vous renverrai cela Mais

vous êtes en affaire, et je vous ai dérangé.... Adieu.... je vous salue mille fois — restez... ne me reconduisez pas.

Et ce monsieur qui semble alors très pressé de partir, comme s'il craignait que par réflexion vous ne lui reprissiez l'argent que vous lui avez donné, s'élance vers la porte, traverse rapidement votre appartement, et disparaît sans même se retourner pour vous saluer.

Vous comprenez que vous êtes floué de vingt francs.

l.KS 1 loi 11 1RS.

Une autre fois, cm se présentera chez vous avec un immense portefeuille sous le bras; on réclamera aussi la laveur de vous parler en particulier; remarquez bien que les /loueurs tiennent essentiellement à ne s'expliquer qu'en particulier; ils redoutent la présence d'une femme, d'une mère, d'une sœur, d'une fille, parce qu'ils savent qu'en général les femmes étant plus difficiles à tromper que les hommes, leur présence peut empêcher la réussite du piège qu'ils viennent vous tendre.

L'homme au portefeuille se dit homme de lettres (et il fait des cuirs en parlant ) ; il a composé un ouvrage pour le progrès des bonnes mœurs , pour l'anéantissement des vices qui affligent surtout les classes populaires ( et ce monsieur infecte l'eau-de-vie et le vin) ; il ne se présente pas chez vous pour réclamer le moindre secours ; sa position est fort heureuse, il a même l'espérance d'entrer à l'Acadé-

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