‹ La Grande ville (volume 4)Chapitre 46 sur 111 · LES MARCHANDS DE VIN · texte numérisé non relu

LES MARCHANDS DE VIN

pointe qui ajoute à sa gaîté naturelle, niais il se grise rarement, et ces hommes que parfois l'on aperçoit ivres-morts, couchés au coin d'une borne, sont des exceptions, et vous savez que l'exception prouve en faveur de la règle.

Jadis les gens du monde, les hommes de lettres, les seigneurs de la cour même ne rougissaient pas d'aller diner ou souper au cabaret. Sous Louis XIV, Chapelle, La Fontaine, Bachaumont, Boileau, Scaron et tant d'autres s'y réunissaient pour rire, se divertir, faire bombance. Les roués, les lovelaces de l'époque s'y donnaient rendez-vous, y passaient en revue leurs conquêtes, leurs bonnes fortunes, et terminaient ordinairement la séance en cassant beaucoup d'assiettes et de bouteilles, en faisant du tapage, et quelquefois en rossant le cabaretier, après avoir lutine sa femme, sa fille el les servantes, si elles étaient jolies.

Tout ceci prouve que les cabarets d'autrefois étaient nos restaurateurs d'aujourd'hui. Seulement nous devons dire que maintenant les choses se passent plus convenablement. Si parfois encore nos petits-maîtres, nos lions, nos dandys se livrent chez un restaurateur à une gaîté trop excentrique, s'ils brisent quelques bouteilles et quelques verres de Champagne, ils paient le traiteur au lieu de le rosser, et ne vont jamais luthier les daines du comptoir. L'avantage est entièrement pour notre époque,

Quelque temps avant la révolution de 89, on allait encore par ton, par mode autant que pour se divertir flans quelques cabarets en réputation. Alors le fameux Ramponeau régnait à la Courtille; un peu plus tard, le Grand Salon de la rue Coquenard eut le privilège d'attirer la foule ; à ce dernier cabaret , la danse faisait avec Bacchus les honneurs de l'endroit. Dans une salle immense, carrée, et qui n'avait pour tout ornement que des tables sans nappes , placées tout le long de la muraille , on avait cependant élevé un orchestre. (Test là que les uns se livraient à une danse qui devait être un peu décolletée, tandis que les autres buvaient en jouis-

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