‹ La Grande ville (volume 4)Chapitre 54 sur 111 · LES MENDIANTS I · texte numérisé non relu

LES MENDIANTS I

achetez sans hésiter... et vous avez encore le droit de donner vos sous et de ne pas prendre la marchandise.

Jadis on pouvait, avec raison, se défier de ces mendiants éclopés qui encombraient les places, les boulevarts, les promenades.

Combien de fois n'a-t-on pas vu le boiteux d'un quartier n'être que manchot dans un autre.

Celui-ci faisait l'aveugle dans le Marais, il avait un chien , un bâton, une sébille, rien ne manquait; il jouait parfaitement son rôle.

Quelque temps après, en passant dans le faubourg Saint-Germain, vous étiez accosté par un sourd qui venait droit à vous, en vous faisant comprendre par signe qu'il avait perdu l'ouïe. Vous reconnaissiez votre aveugle du Marais, et vous lui disiez :

— Vous n'êtes donc plus aveugle maintenant; qui est-ce qui vous a opéré? c'est une belle cure.

Le sourd vous répondait sur-le-champ :

— - Vous vous trompez, monsieur, je n'ai jamais été aveugle.

Ne vous est-il pas encore arrivé souvent de vous arrêter sur le boulevart ou dans la rue, pour causer avec une jolie dame que vous n'aviez pas vue depuis long-temps, et dont la rencontre vous faisait grand plaisir.

Alors, quand on est tout à une conversation que l'on voudrait prolonger, un petit garçon qui a les pieds nus, la poitrine à l'air, qui porte un pantalon et une veste en lambeaux , accourt à vous et glisse sa main entre vous et la personne avec laquelle vous causez, en murmurant sur un ton bien pleurard :

— Mon bon monsieur, nous sommes huit enfants, notre père n'a pas d'ouvrage, nous n'avons pas de pain chez nous; un petit sou, s'il vous plait, mon bon monsieur, pour avoir du pain.

Vous tachiez de renvoyer le petit mendiant en lui répondant brusquement :

Je n'ai pas de monnaie! - Puis vous repreniez la conversation

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