‹ La Grande ville (volume 4)Chapitre 55 sur 111 · I 76 LES MENDIANTS · texte numérisé non relu

I 76 LES MENDIANTS

avec votre dame ; niais le petit drôle qui mendie ne se rebute pas facilement, et vous entendiez toujours à vos oreilles :

— Un petit sou, s'il vous plaît, mon bon monsieur, pour avoir du pain.

Vous vous impatientiez d'être obsédé de la sorte, vous repoussiez le mendiant en lui disant :

— Mais veux-tu t'en aller, et nous laisser tranquilles.

Le petit garçon quittait votre droite pour passera votre gauche, où il continuait son refrain ; vous étiez obligé de lui donner pour vous débarrasser de lui, et avec vos sous il allait jouer aux billes ou au bouchon.

Combien de fois aussi n'aviez-vous pas été assailli d'une façon brutal par des hommes pris de vin qui vous disaient :

— Je n'ai rien mis depuis trois jours dans mon pauvre corps. Et lorsque vous vous éloigniez avec dégoût de ces mendiants qui

vous rappelaient le second chapitre de Cil Blas, vous les entendiez dire derrière vous :

— Va donc, canaille!... ça vous a un habit tout neuf... ça porte des gants, et ça ne peut pas secourir le pauvre monde!... méchant cuistre!... ça n'a peut-ôtre pas deux liards à son service... Je te vas les prêter, moi, si tu veux...

Et autres gentillesses dans le même genre.

La grande ville doit se trouver hère qu'on l'ait débarrassée de cette lèpre.

Et l'on fera tout autant de bien maintenant qu'il n'y a plus de mendiants; car, parmi les nécessiteux, les plus à plaindre ne sont presque jamais ceux qui demandent.

Li:s BOIKiES ET LES SOURICIÈRES.

A Paris, c'est ainsi que l'on désigne, non seulement un endroit malpropre, mal tenu, mais encore un lieu fréquenté par des gens sans aveu, des filous, des loupeurs, des gouapeurs, des voleurs, et toute cette écume de la capitale qui est continuellement en fermentation .

In bouge a quelquefois la prétention d'être un café, mais il n'en a nullement l'apparence. En passant devant une maison sale et noire, vous apercevez comme une espèce de boutique mal éclairée ; à travers de petits carreaux crasseux, enfumés, cassés et rajustés avec du papier, vous n'entrevoyez aucune espèce de marchandise, et vous vous demandez ce qu'on peut vendre là dedans.

Mais si vous vous arrêtez un moment, vous verrez bientôt entrer

et sortir les habitués de ce lieu. Ce sont des hommes mal vêtus et

souvent à peine vêtus ; la plupart ont la figure pâle, le teint plombé,

1rs yeux caves et le regard sinistre; quand ils rient, ce n'est pas

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