LES BOUGES ET LÉS SOURICIÈRES
Ce couloir, qui est presque toujours plein, sert de domicile à des gens qui n'ont pas même de quoi aller à la Sourieière. Là, vous voyez des hommes passer toute une nuit debout contre le mur du corridor, sur lequel ils sont adossés; bien heureux encore lorsqu'ils ont pu attraper une place au mur; elles sont très recherchées, parce qu'au moins on peut s'y appuyer.
Et dans cet endroit vous trouverez toujours un beau parleur, un loustic, qui tient le dé dans la conversation, et qui met beaucoup de vanité à donner de l'agrément à son auditoire.
Ainsi, au milieu d'une nuit que les honnêtes habitants de Paris employaient sans doute à dormir, dans un de ces bouges où la société était fort nombreuse, un beau parleur avait amené la conversation sur l'exécuteur des hautes œuvres de Paris, et il en faisait le portrait, lorsque tout à coup un des auditeurs s'écria d'une voix rauque :
— Tu dis des blagues... tu parles de choses que tu ne connais pas! Tu nous dis que le bourreau d'ici est petit, moi je te dis qu'il est grandi
— Il est petit.
— Il est grand.
— Mais, mon cher, je le connais bien peut-être, puisque c'est lui qui m'a marqué.