LK DIMANCHE A PARIS
Rousseau n'a-t-il pas dit : 11 faul être heureux!., c'est le premier besoin de l'homme !
Enfin, si le commis de bureau est parvenu à savoir comment il vent employer son dimanche, voyez-le s'habiller avec soin, avec coquetterie même, passer plusieurs minutes devant sa glace pour arranger le nœud de sa cravate, se tourner vers sa femme et lui dire :
— Suis-je bien comme cela?
Sa femme, que cette coquetterie hebdomadaire semble inquiéter, lui répond brusquement :
— Vous êtes toujours assez bien!
L'employé, qui n'est pas très persuadé de cela, va de nouveau se mirer. Lorsque sa toilette est terminée, il se pose devant son épouse en lui disant :
— Es-tu prête?
Mais madame est rarement prête en même temps que monsieur ; quelquefois elle n'est pas disposée à sortir, elle regarde le temps et dit : « J'ai dans l'idée qu'il va pleuvoir. »
Le commis, qui est bien décidé à ne point passer son dimanche chez lui , va prendre son parapluie et le met sous son bras en s'écriant :
— Maintenant qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il tonne!... cela m'est égal, avec cela je brave tout!... Une fois, deux fois, tu ne veux pas sortir ?
— Non, nous dînons chez mon oncle aujourd'hui, c'est encore loin ; je ne veux pas me fatiguer d'avance.
— Comme tu voudras, moi, je vais me promener.
Et notre homme sort fièrement, son parapluie à la main, en se disant : Si j'écoutais ma femme, je passerais tous mes dimanches à lui découper du feston ou à tâcher d'apprendre à chanter à son serin; merci!... j'en ai assez. On n'a qu'un jour sur sept pour s'amuser, je ne veux pas le consacrer au serin de mon épouse.