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LE DIMANCHE A PARIS

El notre commisse lance dans la rue, il marche en se dandinant, en regardant les dames d'un air 1res badin, en fredonnant un refrain de vaudeville, et quelquefois en se disant encore :

— Nous dînons chez mon oncle!... ce n'est déjà pas si récréai... Tous les dimanches dîner chez mon oncle qui a la goutte, avec la vieille cousine qui est sourde, et puis faire leur boston depuis sept heures jusqu'à dix... J'en ai une indigestion de boston î... j'aime bien mieux le matin de mon dimanche que le soir.

Et notre homme qui a marché en pensant à tout cela, se trouve au bout d'une demi-heure, devinez où?... devant la porte de son bureau, dont il a pris le chemin sans s'en apercevoir, tant est grande la force de l'habitude.

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Alors il s'arrête, reconnaît où il est , se met à rire on se disant : — Par exemple, en voilà une bêtise!... venir à mon bureau le dimanche!... ce que c'est que d'être préoccupé.

Le commis s'éloigne bien vite de cet endroit où il est obligé d'aller tous les jours. ïl ne sait pas bien au juste où il veut aller, mais il sait très bien que ce n'est pas là. Il parcourt Paris comme un étranger, il va quelquefois de la barrière de l'Étoile à celle de Bercy; enfin, après avoir fait au moins quatre lieues dans sa journée, il rentre chez lui harassé de fatigue, et dit à sa femme :

— je m'en suis donné!... je puis dire que j'ai fait du chemin... les jambes me rentrent dans le corps... mais au moins je me suis promené., .l'ai été aux quatre coins de Paris.

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— Quelle folie de se fatiguer ainsi, dit madame.

— Qu'est-ce que cela te tait, si c'est mon plaisir à moi... Je n'ai (jue le dimanche pour me promener... je veux remployer. — Allons chez mon oncle. — C'est juste... ce n'est pas le plus amusant.

Le lendemain, remployé a souvent mal aux reins ou une courbature, mais cela ne l'empêche pas d'être très content de l'emploi de son dimanche.

Les gens de commerce, qui veulent bien le dimanche se décider à fermer leur boutique, ce qu'ils ne l'ont quelquefois que sur les deux heures de l'après-midi, affectionnent ordinairement la promenade des Tuileries.

Madame a un cachemire français, des boucles d'oreilles en diamants, des plumes sur son chapeau; si elle osait, elle y mettrait encore des fleurs, des rubans, des dentelles, un voile et des marabouts. Sa robe est d'une étoffe fort chère, que Ton n'a pas épargnée.

Monsieur a un habit neuf, un pantalon neuf, un chapeau neuf; il n'y a que sa figure qui ne soit pas neuve, niais elle est radieuse, et lorsqu'il porte les yeux sur sa moitié, il a toujours l'air de lui dire :

— Tu peux te flatter que nous ne rencontrerons pas une femme mieux que toi.

Le petit garçon a un matelot neuf dans lequel il est horriblement gêné, mais le tailleur a dit qu'il allait très bien, et on a de préférence écouté le tailleur ; c'est pour cela que le petit garçon fait la moue en marchant avec beaucoup de peine, et comme s'il s'était oublié dans son pantalon.

La famille se rend aux Tuileries, en marchant posément , en se carrant, en ayant l'air de dire à tous ceux qui passent :

— Faites donc attention à notre toilette.

Arrivée dans le grand jardin où le dimanche il y a foule, les uns allant pour se faire voir, les autres pour regarder, la famille après

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s'être promenée long-temps, au grand déplaisir du petit garçon, qui est considérablement gène dans ses entournures, se décide entin à s'asseoir sur des chaises dans la grande allée.

Elle reste assise quelquefois pendant plus de deux heures, et dans cet espace de temps le mari et la femme échangent tout au plus cinq ou six paroles. Quant au petit garçon, on lui a acheté un pain d'épice, mais on lui a détendu de le manger.

L'heure du dîner approchant, cette famille quitte les chaises et se remet majestueusement en marche, bien satisfaite d'avoir passé près de trois heures aux Tuileries à regarder passer le monde, en gobant la poussière sous des ombrages qui ne sont pas frais i\\\ tout.

I;l, MMANCIir. A l'VlïlS. ^.J,}

(liiez l'artisan on s'amuse d'une autre1 manière ; ppnr se délasser de ses travaux journaliers, an ébéniste, un doreur, un tourneur, enfin un homme qui travaille toute la semaine depuis sept heures du matin jusqu'à huit du sojr, aura quelquefois l'idée de mettre chez lui du papier trais, ou de repeindre son plafond, ou de mettre son carreau en couleur.

Tous les ouvriers n'emploient pas leur temps de même. Il en est beaucoup à Paris qui travaillent encore une partie jie la journée du dimanche, mais auxquels, pour tout l'or du monde, vous ne feriez pas faire une demi-heure de travail le lundi. Le lendemain du dimanche est devenu un jour de fête, de repos pour tous les ouvriers de Paris, dépendant, tout en faisant le lundi, il en est bien peu qui ne fassent point aussi le dimanche.

("est dans les cabarets, dans les guinguettes qui avoisinenl les barrières que l'ouvrier va passer son dimanche, lorsqu'il n'a pas eu la fantaisie de prendre l'air de la campagne et d'aile)' manger un lapin à Kelleville, ou un morceau de veau à Yaugirard.

L'ouvrier qui fait bon ménage et qui n'a point de mauvaises connaissances, emmène avec lui sa femme et ses enfants... quand il en a; mais les ouvriers ont presque toujours des enfants. Toute cette famille s'endimaiiehe autant que ses moyens le lui permettent ; souvent un petit fichu, en madras et un tablier neuf sont tout ce que la femme a pu ajoutera son costume de la semaine; le mari a du linge blanc, et ce jour-là il met une cravate; ses enfants ont des bas cl fies souliers, ce qui ne leur arrive pas tous les jours. Mais tous ces gens-là sont heureux, la joie est peinte sur leur vjsage; le mari chante, la femme se tortille en sautillant, les enfants courent devant et derrière. Ils vont s'amuser, ils vont faire leur dimanche, ils vont diner à la guinguette.

Quelquefois, ajiimée par le vin à douze, par la danse de la guinguette, par les tableaux joyeux qui l'environnent, la famille de l'ouvrier dépense dans sa journée du dimanche ce qui aurait pu la i. .10

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nourrir toute la semaine; alors, le plus grand chagrin du chef de la

communauté est de ne pas avoir de quoi faire le lundi. Mais nul sacrifice ne lui coûtera pour fêter ce lendemain du dimanche. On met quelques effets en gage, et le lundi on retourne à la guinguette. Le reste de la semaine on fera comme on pourra.. . on mangera du pain sec; on n'en aura pas toujours à discrétion!. . . maison se sera amusé dimanche et lundi, c'est le principal.

Et la grisette dont nous ne parlions pas!... si elle pense à son amant durant toute la semaine, le dimanche elle le passe ordinairement avec lui. Un jeune homme qui à Paris délaisse sa maîtresse le dimanche risque beaucoup de ne plus la retrouver libre le lundi. Ce jour-là ces demoiselles veulent absolument s'amuser, et il y a tant d'occasions, tant de moyens!

Paris fourmille de bals, de spectacles, de traiteurs, de guinguettes, de promenades, et surtout de jeunes gens qui le dimanche sont à la recherche d'une bonne fortune.

Le plus grand plaisir que vous puissiez faire le dimanche à votre petite connaissance, c'est d'abord de la promener, car elle se sera faite belle, et c est pour être vue; ensuite ce sera de la mener dîner chez un traiteur, puis enfin de terminer la journée en la menant au spectacle. C'est là ce qu'on appelle un dimanche complet.

Et pourtant ce jour-là les traiteurs ayant la foule, on y dîne mal, et on n'est pas bien servi ; les spectacles, étant sûrs d'une forte recette, ne donnent pas leurs meilleures pièces, et l'on a beaucoup de peine à être bien placé.

Mais on veut y aller, parce que... c'est dimanche. On veut s'ainuser, parce que... c'est dimanche!... 11 y a une foule de choses que l'on croit devoir faire, parce que... c'est dimanche.

LES MAKCHANItS l)K CHEVEUX.

Maintenant que l'on t'ait commerce de tout à Paris, on ne s'inlilule plus perruquier ni coiffeur, mais on est Marchand de cheveuœ, ou tait le commerce de toupets, de coups de peigne, d'anglaises, de nattes, de coiffures, de perruques; enfin on vous vend des cheveux, et même lorsque vous en avez de beaux, on vous achète les vôtres.

Les cheveux se vendent très bien à Paris, parce que fort peu de personnes en ont de beaux, et que l'on supplée par l'art à ce que la nature nous a refusé.

Vous qui avez de jolies petites tilles de cinq à huit ans, dont les cheveux sont longs, épais et d'une couleur agréable, n'allez pas dans la foule avec votre enfant, croyez-moi, ou prenez bien garde a sa léle: car il arrive souvent qu'après avoir mené à la promenade une petite tille bien coiffée et dont les nattes tombant à l.i

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