S DÉBITS RE CONSOLATIONS
rosserai ceux-là.., connue le criquet de tantôt... Veux-tu que je le rosse, toi... Veux-tù nous battre... hein?
Eh achevant ces mots, le particulier, dont les yeux se sont animes, et auquel le vin a troublé la raison, se précipite sur son intime ami, le saisit par le cou, et le secouant comme un prunier chargé de fruits, s'apprête déjà à lui donner des coups ; ce n'est pas sans peine que l'homme au balai parvient à se débarrasser des mains qui l'étreignent, en criant d'une voix chevrotante :
— A propos de quoi, que tu me secoues comme ça, puisque je te dis que tu as raison de battre ta femme?
— A la bonne heure... tu es un ami alors... Lmbrasse-moi. Les amis sont les amis... je ne sors pas de là... Oh! l'amitié... liens,., embrassons-nous encore !
Lt l'ivrogne se jette de nouveau sur le petit vieux; cette fois il le saisit par le collet de sa redingote; il t'embrasse à plusieurs reprises, en le secouant de nouveau de toute sa force; l'ami, qui se lasse d'être traité comme un battant de cloche , et veut mettre fin à ces témoignages d'amitié, se recule au moment où son Pyladc va de nouveau lui donner l'accolade, mais, dans ce mouvement, les deux coins du collet de sa redingote se déchirent, et restent dans les mains de son ami , qui les regarde avec attendrissement , en balbutiant :
— Je te ferai faire demain deux reprises perdues par le carreleur de souliers... ça ne se verra pas du tout.
Après avoir consommé plusieurs petits verres, les deux amis sortent en chancelant vers minuit du débit ,de consolations. Le petit vieux rentre chez lui avec son balai. L'autre retourne à son logis, où il est beaucoup moins méchant qu'il ne cherche à le paraître, et lorsqu'il veut s'approcher de sa femme en la menaçant, celle-ci d'un coup de pied l'envoie dans un coin de la chambre, où il passe le reste de la nuit sans bouger.
Le débit de consolations reste ouvert une grande partie de la
LES IM.KIÏS Di: CONSOLATIONS.
nuit pour la commodité des chiffonniers, des charretiers, des voituriers, des gens qui vont à la halle , et de beaucoup d'individus dont l'industrie est au moins douteuse. El y a aussi des femmes qui entrent la nuit dans ces débits. Vous devinez quelle espèce de femmes et quelle peut être leur profession ; mais dans une ville comme Paris, la tolérance est souvent une nécessité.
Beaucoup de ces individus qui viennent boire pendant la nuit , au débit de consolations, vont la finir dans la rue, en se couchant au coin d'une borne ; il y en a, d'ailleurs, auxquels il serait impossible de trouver un autre domicile.
Afin de pouvoir satisfaire aux exigences et aux fatigues de son commerce, ordinairement le marchand de liqueurs est marié, car il ne se repose que sur lui et sa femme du soin de débiter ses petits verres. À huit heures -du soir le mari va se coucher, il dort jusqu'à une heure du matin ; alors il se relève, et vient au comptoir remplacer sa femme qui va dormir pendant qu'il veille toute la nuit. Voilà, deux époux qui ne doivent pas se rencontrer souvent dans la couche nuptiale, et qui vivent ensemble absolument comme le soleil et la lune.
t :6 cfr