‹ La Grande ville (volume 5)Chapitre 23 sur 51 · DE FLEURS, SUIVI DE LA MÉMORABLE VENGEANCE · texte numérisé non relu

DE FLEURS, SUIVI DE LA MÉMORABLE VENGEANCE

qu'imagina CELLE-CI.

M. Berlinguot, capitaine de l'équipe appelée le V 'eau? Marin, était un grand jeune homme blond, d'une figure assez bonasse, et d'un aspect généralement vulgaire. Mais M. Berlinguot rachetait cette faveur naturelle par une amplitude de gestes et un coloris de langage qui lui avaient attiré l'estime de tous les canotiers de la rue Saint-Martin. Il terrifiait ses camarades par le bagou d'entrc-pont, comme il disait lui-même. Son vocabulaire de marine était l'argot le plus formidable qui eût jamais grondé de l'île Saint- Louis à la cambuse du père Cholet, et personne ne commandait mieux une pige* ou ne faisait mieux exécuter un battage provocateur.

Le capitaine Berlinguot jouissait en outre d'une belle position sociale. Il était fleuriste chez madame Binette , fabricante de la rue Saint-Martin, et gagnait douze cents francs par an, moyennant quelle somme il semait son existence de coquelicots en percale et de belles roses-pompon. On osait même prétendre que la barbe naissante de Berlinguot n'était pas indifférente à madame Binette, et que le jeune canotier devait a ix sensibilités de cette dame l'excès

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d'appointements et de liberté dont, avant Berlinguot, il n'y avait pas d'exemple qu'un fleuriste eût jamais été favorisé.

Berlinguot pouvait inspirer des passions, nous aimons à le croire, mais celle qui le dominait était exclusive et n'admettait point de partage. Le jour qu'il fit construire, du produit de ses économies, un canot de dix-huit pieds de long auquel il fit ajuster une voile et un gouvernail, et que le curé de Charenton baptisa du nom de Veau- Marin, ce jour-là Berlinguot mit le pied dans le beau et fantastique domaine de la Manie.

Il prit un aii' solennel et s'habitua à chiquer.

De plus, il tomba fréquemment dans de longues abstractions, durant lesquelles il semblait abandonner sa gomme, son bouloir et sa cannetille, pour se promener à travers de nouveaux mondes. Madame Binette avait beau darder sur lui les flammes de ses yeux bleu de prusse, les traits galants frappaient une masse inerte et retombaient émoussés. Berlinguot dormait ainsi six jours et ne se réveillait que le septième. Mais aussi le matin de ce jour, il secouait la vie réelle et enfourchait sa Chimère. Une fois parti, Berlinguot se transfigurait. Ses traits, passablement bêtes à l'état normal, se couvraient de lumière, sa langue se dénouait et ses bras se met-

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laient à tourner comme les ailes d'un moulin à vent. Arrivé sur la berge où le Peau-Marin était amarré, Beriinguot passait vivement en revue ses quatre hommes d'équipage, doués comme lui de positions privées assez innocentes, telles que courtier-marron, garçon apothicaire, calicot et clerc d'avoué, et leur disait ces mots invariables :

« Braves marins, c'est aujourd'hui que nous allons nous laver le torse, dans un genre ficelé, et embêter les autres de la ttaffale! Ces muftons se vantent de passer au pont de Charenton en nageant seulement de la godille. C'est une blague. Je veux les piger comme des riens du tout qu'ils sont, et leur passer sous le nez, aussi vrai que Gustine a les cheveux noisettes ; est-ce convenu ?

— Hurraîî

— Très bien. Alors, mes amours, nous irons manger leur matelotte et siffler leur nectar à quinze chez le père Bauny. Ça sera très cocasse quand ils arriveront. Du reste, braves des braves! s'il faut du battage, il y en aura.

- IJuira!!

— I res mieux

Uange alors à virer, hisse la voile et nageons bien. Et l'on partait.

,e capitaine d'équipe, comme les autres animaux de la créât

ion,

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