‹ La grande villeChapitre 10 sur 15 · LE BITUME · texte numérisé non relu

LE BITUME

— Ohé ! ohé! la friture!... s'écrie un gamin en accourant près de la chaudière. Tiens! que que c'est que ça?.-, ça se mange-t-il?... J'ai envie de laisser tomber mon pain là-dedans et de le lécher ensuite, pour voir si c'est bon!...

— Ah! polisson! ne vous en avisez pas!... s'écrie la vieille femme ; vous vous mettriez le feu dans le corps.

— C'est dommage ! ça ressemble à du raisiné.

— Quelle invention baroque! s'écrie un grand monsieur à besicles; ça ne vaudra rien, cela ne durera pas... cela fondra au soleil.

— Moi, j'avais une idée bien meilleure, dit un autre, c'était du plomb !

— Comment! votre idée était du plomb... Je n'y suis pas!

— Vous ne comprenez pas? Plomber tout le boulevard . . .

— C'eût été trop coûteux !

— Mais non, des feuilles de plomb fines... comme ce qui enveloppe le chocolat... c'eût été très-joli et trèsbrillant.

— Moi, dit un petit homme, j'aurais préféré le zinc... Il fallait zinguer toute la voie publique... il n'y a rien audessus du zinc ; dans quelques années, je vous parie que toutes les maisons seront bâties en zinc : c'est bien plus léger que le moellon.

— Et pourquoi, dit une autre personne, n'aurait-on pas plutôt étamé les boulevards comme on étame les casseroles. . . moi, je suis pour l'étain !

— C'est juste, répond en riant un jeune homme, et

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