‹ La gratuité des livres [microforme]Chapitre 5 sur 22 · HUIT AFFIRMATIONS GRATUITES DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

HUIT AFFIRMATIONS GRATUITES DE LA PATRIE

28 août 1901.

Les gens et correspondants du “Journal” sont des rétrogrades. C'est la “Patrie” qui le dit. Inclinons-nous devant ce jugement d'un tribunal qui ne doute de rien,

Nous avons lu et relu le dernier article de la “Patrie” sur la “Gratuité des Livres”, Quel.

ques observations sur les cinq premières affir-

mations de M. G. Langlois.

lère affirmation : “La gratuité des livres est l’un des meilleurs stimulants au progrès sco-. laire.“ f

Est-ce en enlevant toute émulation chez les auteurs et en fermant les portes à tout livre, même supérieur ? Pourquoi ce stimulant, l’un des meilleurs, est-il laissé de côté par les autres provinces de la confédération 7 La France, l'Allemagne, la Belgique et tant d’autres pays, iguorent donc l'existence de ce stimulant? Et nous, les derniers en tout, nous serious les premiers à découvrir l’un des meilleurs stimulants au progrès scolaire ? Allons done!

2ème aifirmation : “La gratuité des livres est l'un des meilleurs stimulants au développement de l'instruction populaire.“

Au développement de l'instruction populaire en général? Non. Au développement de l'instruction chez ceux qui n’ont point de livres et qui ne peuvent en avoir ? Oui. Mais, y a-t-il beaucoup d'enfants du peuple qui ne vont pas à l’école, parce qu'il leur est impossible d’avoir un livre f II n'y en a guère ; il n'y en a pas. Et s'il y en avait, par impossible, le remède est trouvé et à la portée de tous. La municipalité scolaire est autorisée à fournir le livre né-

cessaire. Du reste le pasteur et la charité sont là

Lorsque l'initiative privée suffit, et elle suffit ici, l’action publique, substituée, n'est pas un stimulant, mais une maniguvre &ouyernemen-

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PRET anse

— pr

tale fausse et généralement rétrograde,

3ème affirmation : L'instruction gratuite met entre les mains des enfants des instru.

ments indispensables.”

En d'autres termes : “les livres gratuits sont : des livres indipensables“] La fausseté de cette proposition saute aux yeux, Et c’est avec un semblable verbiage que l'on allonge un article de journal et que l’on soutient une thèse 11 |

4ème affirmation : “La gratuité des livres efface chez un grand nombre de père de fa mille ja répugnance qu'ils ont éprouvée pour l'école.”

Recueillons-nous. Cherchons à comprendre.

Il y a une telle profondeur dans ces lignes que l'on s'y perd. La gratuité des livres efface quelque chose, quoi ? Une répuguance. Chez qui ? Chez un grand nombre de pères de fa mille. Une répugnance, pour quoi? Pour l'école. Une répugnance actuelle ? Non, une répugnance, jadis éprouvée. S'agit-il d'une répugnance éprouvée par ces pères de famille, lorsqu'ils étaient enfants, ou d'une répugnance éprouvée par eux, avant le 7 juin dernier, date de Tavis de distribution de “Mon Premier Livre ” L'auteur de l’article ne le dit pas.

La répugnance cependant nous intéresse, Le rédateur de la “Patrie”, nouveau Montesquieu, ne dit qu'une partie de sa pensée pour donner au lecteur le plaisir de trouver le reste par lui. même, Un grand nombre de pères de famille ont éprouvé une répugnauce. IIe ne l'éprou-

vent plus depuis le 7 juin dix-neuf cent un, parce qu'ils peuvent maintenant, sans bourse

liée, se procurer un 1 re de dix centins.

Nous y sommes. Ces pères de famille ont donc éprouvé de la répugnance pour l'école, parce que l'idée d’une dépense de dix centins, pour un livre, leur tombait sur le cœur et en. geudrait chez eux un véritable dégoût de l’instruction, La gratuité des livres détruit chez eux cette répugnance parce qu'ils vont recevoir de la part du gouvernement, dix centins par töte d'enfant, élève de première année.

Quel merveilleux dix centins ! Grâce à cette économie, ces pères de famille pourront donc s'acheter une livre de tabac, ou encore se procurer deux bottes de paille pour la paillasse du petit. Merveilleuse invention, oui, pour les parents saus cœur et sans honneur. Ces monstres sont rares.

Lorsqu'un tel homme répugne à l'école, il ne mérite pas les faveurs du gouvernement et la gratuité, devenue générale. pour Fatteindre, devient en même temps une insulte, en mettant au même niveau tous les pères de famille.

5me affirmation : “La gratuité des livres rapproche l'institutrice des parents et des enfants.“

Comme preuve à l'appui, M. Langlois n’a.

joute pas un mot. Il lui semble que cela est si clair, si évident, que ça ne demande qu’un point final,

Oest ainsi, amis lecteurs, que.sont écrits cer-

tains articles, même sur la question d'éducation, inême à la “Patrie.”

Sixième affirmation :

“Lo livre gratuit met l'éducation à plus facile portée du public.”

Ce qui met l'éducation ou l'instruction à la portée du public, ce sont les routes, la proximi té des écoles et la compétence des maîtres.

Qu'importe le livre, si l’école est à deux on trois milles ? Qu'importe le le livre et l'école à proximité, si Lenfant n’apprend rien ?

Le Jivre est nn facteur très secondaire sur.

tout à l’école élémentaire. Une bonne insti.

tutrice peut faire une excellente classe, pendant deux ans, sans aneun livre.

Dans tous les cas, ne donnons pas au livre au point de vne de la facilité de s’instruire,

une importauce qu'il n'a pas. Quant au livre

tuit, il n’exempte pas d'acheter des crayons, es plumes des ardoises, du papier, de l'encre

et des cahiers de calligraphie, Ce livre comporte une économie de dix centins. C'est si peu que ce n'est rien comparé “vec le reste. La “Patrie” ne peut donc en conclure rien d'important, rien de notable, rien de significatif pour sa thèse,

Encore une fois, ce sont les facilités de transport, le rapprochement des écoles et la valeur des institutrices qui mettent l'instruction à facil: portée du public.

Tème affirmation :

“Le livre gratuit favorise la masse. Le riche est l'exception.”

Le riche est l'exception, oui, mais les Cana. diens-français sont à l'aise,en général. Or, l'aisance suflit am;,.:ment à l’achât de quelques livres, Allez dans de simples paroisses dos montagnes, où l'on paye 83.50 de taxe scolaire par 81, 000. 00; entrez dans les écoles dont les titulaires ont une certaine valeur personnelle, et vous constaterez que les enfants ont, tous, des livres. La question n'est pas de savoir si le livre gratuit favorise : tout don doit favoriser quelqu un, de sa nature, — mais de savoir s'il favorise à propos.

Le contraire est démontré. Le livre gratuit ne favorise pas à e parce que l'initiative privée, chez un peuple à l'aise, suffit,

8ème affimation ; “Le sentiment de l'égalité et de la solidarité défendait que l'on séparât les enfants en catégories, les pauvres et les riches,”

Fatigué de l'effort qu'il vient de faire, le ré.

ur de la “Patrie” ge réfugie, sans un mot d'explication, derrière ses nébuleuses : l'égalité et la solidarité !

Acceptons cependant ces mots sonores,

L'égalité n'a pas pour mission d’unir ou de.

séparer, en sorte qu’elle n'avait rien à défendre à M. Langlois, L'égalité demande simplement que l’on donue à B., ce qui lui manque pour le rendre “égal” à A. dont l'aisance ren.

contre tous les besoins, Le Pouvoir municipal

et la bonne volonté da plus riche suffisent à donner l'égalité du livre.

Quant à la solidarité, elle nous fait répondre les uns pour les autres, elle nous rend mutuellement responsables de certains actes, de dertaines lois, Cela étant, quel peut être le rôle de cœtte solidarité lorsqu'il s'agit de gratuité ? Comment peut-elle défendre, elle aussi, do séparer les riches et les pauvres 7 Tout au contraire, la solidarité ne demande qu'une chose ici, c'est que nous nous opposions de toutes nos forces À la gratuité des livres, car la postérité pourrait nous dire : Qu'a ves · vous fait ? Navez vous pas prévu les conséquences de la gratuité ? u'avez-vous pas deviné ce qu'il y avait dans les flancs de ce cheval de bois? Vous avez:

pris part à une œuvre dangereuse et nuisible : vous eu avez pris la responsabilité en vertu de

la solidarité.

— où on arrive avec l'égalité et la solidarité, i

Onarrmm Sième LE COTÉ CGMMERCIAL.

31 août 1901.

La gratuité des livres, c’est le gouvernement devenu libraire, c’est le gouvernement qui pour faire passer une idée, un système, offre à vil prx, moins qu'à vil prix, un livre, un article de librairie, un article dont il est le propriétaire, le dépositaire et le distributeur.

Plusieurs des ministres ont-ils été libraires, nous Tignorons. Nous avons beaucoup de res-

de profession : nous en

pour les chefs du peuple qui se ème temps libraires, libraires gâte.

métiers surtout.

un colonies naissantes, il y a un magasin du roi, passe, Dans un pays formé, constitué, dont les ha.

le palais

bitants sont à l'aise, législatif ou la maison du roi, n’est pas et ne peut être un magasin, les ministres également ne peuvent être à la fois ministres et marchands pour le compte du gouvernement, Telle n’est 42 la mission des 8 plus hautes doivent être leurs aspirations.

Les ministres doivent être des hommes d'état qui soccupent du bien général, sans à des fonctions qui peuvent onoter un particulier, mais qui ne sont pas

dans la sphère gouvernementale,

Le ministre est un peu comme le prêtre : {utermédiaire entre le peuple et l'autorité sou voraine, il ne peut, sans s'avilir, se livrer à une chose qui ressemble à la apéculation,

M. d. Langlois disait dans son article du 12 août dernier : “Celui : écrit dans le “Journal! contre la gratuité des livres doit être un

monsieur qui a cultivé l'industrie de la publication et qui sent son industrie péricliter, M. Laglois ressemble à un certain officier.

Un jour de bataille, pour la prise d'une ville ou la conquête d'une province, les balles sif. flaient des deux côtés et les morts jouchaient

le sol. Un officier cependant, peu soucieux, semblait-il, de la cause à gaguer, restait les

En veyant tomber les siens, et en constatant la longue portée du fusil, et la précision du tir de l'ennemi, il disait à ses voi ains: “Voilà de bons fusils, n'est-ce pas ? ils doivent avoir été faits par des messieurs qui ont cultivé l'industrie du fer. Ces fusils ne vienuent assurément d'aucune de noa manufactures.” Sur ce, trois soldats tombent, blessés, à ses côtés, “Evidemment, s'écrie t-il, les fusils de l'ennemi doivent venir d'une maison remarquable dont l'industrie n'est pas à la veille de péricliter.” L'un de ces fusils l'ayant à est instant gratifié d'une balle qui lui casse le bras gauche, le brillant officier revint à la

réalité des choses et son u’il perdait son temps à chercher les origines d'un fusil dont il était lui-même la victime,

Le rédacteur de la “Patrie” fera bien de modérer «a curiosité, de peser les arguments et de s'occuper beaucoup moins de leur origine et de la physionomie de leur auteur.

Du reste, supposons le cas. Je snis libraire, je veuds d'excellents livres de lecture, j'en vends pour 3300.00 par an. C'est un “item” qui en vaut la peine, Je ne fais pas objection à ce que mon voisin libraire, vende de sembables livres, Je n'ai pas objection, non plus, à ce que le gouvernement, après un concours, fasse vendre, pour une œuvre, le livre qui a remporté la palme, Mais, si ce gouvernement vient, saus raison de bien général, fermer les débouchés et détruire le marché, en donnant un livre qui ne lui coûte rien et qui par sa gratuité remplace forcément le mien, qui coûte quelque chose, n'ai-je pas le droit de me récrier et de dire que là lutte n’est ni loyale, ni honorable ?

Il y a quelques années, un monsieur, maire de Montréal, disait : “Ces religieuses font un sirop et elles ne 2 pas de taxe. Elles font du dommage à ridon, à Gray, à Ledue, eto., eta cette concurrence est illégitime” Le 8ouvernement fit donc payer lataxe. La lutte que le gouvernement fait aux libraires aujour-

hui, est autrement plus sérieuse. Los Sœurs fabriquaient leur sirop à leur frais et dépens, En est-il ainsi de ceux qui nous ont doté de ls gratuité des livres ?

Cnaprras piu COTÉ ADMINISTRATIF, 8 sept. 1901,

Mon pr remior livre est. 4 un livre donné aus élèves, Gu un livre prêté C'est un livré prêté.

L'école seule 44 tairé.

“ Ces livres dit orable M, Tu 2 sa circulaire, en ms la propriété de ’école.”

Donc, pas d'illusions, Les élèves ont purement et simplement Re des livres gratuits.

Que signifie dèe lors le titre de Fouv „Mon Premier Livre”, s'il n'est an, 4 — livre ?

iz a quelque ogrément à posséder son premier livre d'école, . Cette poésie s'évanouit donc, et “Mon Premier Livre” n’est pas mom premier livre! .

Pourquoi ne pas donner ce livre à l'éléve 7 I faudrait recommencer trop souvent. les

éditions, et le gouvernement est trop pauvre,

un gouvernement est trop pauvre pour bien faire une chose, il attend, car un Bouvernement doit tonjours être digne de lui. meme, il est jugé sur ce qu'il fait,

La maison du roi étant devenue une librai rie, le 1 de chaque maîtresse d'école de.

viendra à son tour librairie.…...de seconde main. Les dix exemplaires reçus au commendement de l'année devront revenir à la fin de l'année, ponr être distribués de nouveau lannée suivante, et l'année suivante encore, afin que les bienfaits du gouvernement se propa-

gent jusqu’à la fin des siècles | Oe petit sera toujours l'obstacle insur.

à- ee de livres nouveaux, e supérieurs, mais, ne revenons point sur ce qui a été dit déjà.

Mon Premier Livre ayant été distribué, cette année, à dix élèves, ces dix exemplaires reviendront donc, en supposant qu'ils soient res. tés intacte,

En dépit de tous les soins, ces volumes reviendront écornés, échiffés, mal au dos, jaunis, noircis, tachetés.

un an, les nouvenux (ld. de ; mière année recevront donc ce volume qui a servi un an, et qui dans cinq ans aura servi cinq ans, et ils commenceront leurs études

‘est pas seulement la sueur, la crasse de ui entrera dans

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