OBSERVATION III
(M. L. GARNIER. Revue médicale de l'Est, 1° mars 1896)
Notre patient, âgé de 36 ans, de corpulence assez forte, jouit d'une bonne santé habituelle et mène une vie moyennement active. En juillet 1894, une augmentation légère du volume du foie le détermine à prendre 30 bouteilles d'eau deVichy (Grande Grille), à raison d'une par jour aux repas, sans augmenter l'exercice actuel.
L'année suivante, du 15 au 28 juillet 1895, il prend six bouteilles de la même eau, non seulement aux repas, mais au retour de promenades en bicyclette (deux verres à trois reprises).
Du 1° août au 30 septembre, il séjourne au bord de la mer et s’adonne en entier à la bicyclette; les repas nécessairement copieux
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par suite du milieu et de l'exercice violent, sont arrosés de cidre abondamment étendu d’eau, avec un seul verre de vin à la fin.
Du 20 septembre au 15 octobre, de retour à Nancy, on se remet à l’eau alcaline, une bouteille par jour, de la source des Célestins. De tout temps, aussi bien à la ville que pendant le séjour à la campagne, pendant le traitement alcalin aussi bien qu’en dehors, les urines sont restées limpides, jaunes, et ont toujours continué à donner par leur repos et le refroidissement dans le vase de nuit, un dépôt sédimentaire briqueté caractéristique de l'acide urique; c’est là le seul signe que nous possédions de la nature des urines, qui n'ont pas été analysées ; mais il paraît suffisamment caractéristique pour affirmer qu'elles n’ont rien de celles dans lesquelles on trouve les sédiments phosphatiques.
Brusquement, le 11 novembre, à 7 heures du matin, survient un accès de colique néphrétique qui se termine à cinq heures et demie du soir par l'expulsion de 200 grammes d'urine très légèrement albumineuse et contenant un très petit calcul accompagné de deux petits amas contenant probablement des débris épithéliaux avec un peu de sang. Pendant la nuit, il y a encore élimination de deux concrétions minuscules avec urine toujours albumineuse ; le lendemain, pour midi, l'urine avait repris ses caractères normaux.
Il ne m'a été donné d'examiner que le premier calcul rejeté. De la grosseur d'un petit grain de chenevis, il à une forme ronde quoique irrégulière; la surface lisse et colorée en brun noir ne laisse apparaître qu’un petit point blanc bien net faisant un peu saillie. A la coupe, l’intérieur est d’un blanc pur, friable et d'aspect cristallin. L'analyse qualitative n’y décèle que du phosphate de chaux, à l'exclusion de l'acide urique et de l’oxalate de chaux; la minime quantité de matière ne permet pas un examen plus détaillé, mais le résultat est suffisant pour affirmer que la concrétion rejetée à la suite de l’accès de colique néphrétique est de nature phosphatique et non urique.
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ÉTIOLOGIE — PATHOGÉNIE
On vient de voir que Mialhe a parfaitement défini la gravelle phosphatique primitive :
C'est une gravelle, dit-il, «uniquement composée par les phosphates terreux, c’est-à-dire de chaux et de magnésie. »
Et il ajoute :
« Or, cette gravelle est diathésique. Elle reconnaît pour cause une lésion du système nerveux qui préside aux fonctions chimiques
s'accomplissant dans les glandes rénales pendant l’excrétion de l'urine. »
Prout avait déjà dit que « les passions débilitantes, les maladies graves ou prolongées, les fatigues excessives... un état nerveux, l'anxiété, une commotion de la moëlle, peuvent provoquer souvent l'apparition de sédiment phosphatique. »
Pour cet auteur, ces causes déterminent «une diminution des facultés acidifiantes des reins, ainsi que la formation d’une quantité plus grande de matières alcalines. »
Rosenstein pense aussi qu'il s'agit d'un fonctionnement anormal du système nerveux :
« Par suite d’une excitation anormale du système nerveux, dit-il, les phosphates, en excès dans l’intérieur du corps, s'accumulent dans les canalicules urinifères et les bassinets. »
Dès 1854, Neubauer s’exprimait ainsi :
« La cause doit être cherchée dans la constitution du sang. Dans les circonstances ordinaires, une urine acide est sécrétée aux dépens du sang alcalin. Les reins, c’est-à-dire les cellules sécrétantes de ceux-ci, doivent, par conséquent, avoir la propriété de séparer du sang alcalin des sels acides ou de les produire aux dépens de ce liquide et de les faire passer dans l'urine. Mais si le sang est excessivement alcalin, l'urine formée aux dépens de ce liquide n’est pas en général plus acide, mais neutre ou alcaline..….
« Certains phénomènes organiques, résultats de la métamorphose secondaire de la matière, exercent probablement une influence sur la réaction de l'urine, en modifiant l’alcalinité du sang. La nature de ces phénomènes est encore très obscure... mais on peut désigner comme exerçant une influence probable: les arrêts partiels dans la métamorphose des muscles et les affaiblissements du système nerveux. »
M. le D' Lavaux a dit également, à propos des deux malades dont il a publié les observations :
« Voilà done deux malades, d'un tempérament nerveux, très impressionnables, tous les deux dyspeptiques, qui sont manifestement atteints de gravelle phosphatique primitive. Chez ces deux malades, l'urine est toujours peu acide; elle devient immédiatement neutre et même alcaline sous l'influence d’une violente émotion ou à la suite d’une fatigue musculaire, d'un excès de travail. I se produit alors des troubles dyspeptiques et il se forme dans l'urine un dépôt de phosphate de chaux. »
Cherchant ensuite à préciser la pathogénie de la gravelle phosphatique primitive, M. le D' Lavaux ajoute :
« Mais les malades ne souffrent pas dans ces conditions ou ils éprouvent seulement pendant la miction une légère sensation de brûlure dans l’urètre. Cet état de l’urine et la phosphaturie sont d’ailleurs fréquents chez les névropathes, chez les neurasthéniques, qui pourtant n’ont pas ordinairement de gravelle phosphatique proprement dite. De plus, l’analyse de l'urine à montré que le second malade n’est pas atteint de phosphaturie, ou du moins que celle-ci n’est pas constante, puisque M. Leclerc a trouvé une quantité d'acide phosphorique inférieure à la normale.
« À quelle cause faut-il donc attribuer chez ces deux malades la formation des graviers et même des calculs rénaux phosphatiques primitifs, dont l'expulsion a produit l’hématurie et les symptômes classiques de la colique néphrétique ? On sait que les recherches de Ultzmann (1875) et de Ebstein (1884) tendent à faire admettre une altération, souvent légère, du rein ou des voies urinaires dans là production de toutes les variétés de calculs urinaires. Une substance organique serait nécessaire à la formation des calculs phosphatiques primitifs et elle pourrait être fournie par les canalicules urinaires ou les canaux d’excrétion.: calices, bassinets, uretère, vessie. Ce serait par des cellules épithéliales nécrosées ou par les substances albuminoïdes qui sont la conséquence de leur destruction que serait
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