‹ La Gravelle Phosphatique PrimitiveChapitre 9 sur 16 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

(Docteur LaAvaux, 9° Congrès de Chirurgie)

G... Emile, 43 ans, maréchal, est inscrit sur mon registre d'observations sous le numéro 1.035.

Père mort à 71 ans.

Mère morte à 72 ans. Etait d'un tempérament nerveux.

Deux frères et une sœur bien portants.

Aucun n’a été atteint de gravelle.

Le malade, marié depuis 16 ans, a deux enfants bien portants.

D'un tempérament nerveux, ce malade à beaucoup travaillé et il a fait autrefois quelques excès de boisson. Il ne buvait que du vin.

Aucune maladie grave. À eu cependant, il y a 18 ans, alors qu’il

habitait Sèvres, des fièvres intermittentes, qui ne disparurent qu’au bout de 15 mois environ, lorsqu'il vint à Paris, où il fut soigné à l'hôpital de la Charité.

Pas de syphilis.

Quelque temps avant le début des fièvres intermittentes, première blennorrhagie, qui n’était pas encore complètement guérie lorsqu'il entra à l'hôpital de la Charité.

Un peu plus taÿd, en 1878, il vint à la clinique. Mallez lui prescrivit des suppositoires et du bromure de potassium. La légère sensation de brûlure qu'il éprouvait en urinant disparut et le malade se maria l’année suivante.

Pendant 12 ans, sa santé resta bonne ; il éprouvait seulement de temps en temps un peu de brûlure en urinant.

En 1890, le malade ressent des douleurs assez vives au niveau des reins: ces douleurs irradient du côté de l’uretère, de la vessie et même au niveau du périnée et du serotum. Elles s’accompagnent de ténesme vésical. En même temps le malade constate que ses urines sont troubles et qu’elles contiennent de petits graviers blancs. Il prend du lait, différentes tisanes, il se purge et les douleurs cessent; mais depuis cette époque, les crises se sont répétées tous les six mois d’abord, puis tous les trois mois et même plus fréquemment, malgré un régime sévère, dit le malade, qui a fait la même remarque que le précédent; ce serait toujours à la suite de grandes fatigues, d’excès de travail, qu'apparaîtraient ces crises, ou encore à la suite de vives contrariétés. Du reste, il se produit dans ces cas des troubles dyspeptiques très accusés et souvent de la constipation.

Le 10 juillet 1893, le malade vient à la clinique. Il est très effrayé ; il urine du sang depuis quelques jours et il souffre beaucoup plus qu'aux précédentes crises.

Je constate que l’urine est alcaline mais qu’elle est aseptique et qu'elle ne contient pas de pus ni de phosphate ammoniaco-magnésien. On y trouve, au contraire, un dépôt abondant de phosphate de chaux amorphe et une petite quantité de sang. En faisant uriner le malade dans trois verres, je trouve, dans le troisième verre, comme chez le premier malade, les sels de chaux agglomérés par une substance analogue à du blanc d'œuf et striée de sang. Certaines de ces masses ont le volume d’une noisette et causent une sensation de brûlure très vive dans le canal au moment de leur émission. Le ténesme vésical ne cesse que quelques minutes après l'expulsion complète de ces dépôts contenus dans la vessie.

Je prescris au malade un purgatif, de la tisane de queues de cerises et des calmants. Au bout de quelques jours tous les accidents avaient disparu.

Le 24 octobre 1894, le malade revient à la clinique, mais pour une autre affection : il venait de contracter une urétrite. J'appris alors que depuis le mois de juillet 1893, il n'avait pas eu de véritables coliques néphrétiques. De temps en temps, il avait un peu souffert cependant et il avait remarqué alors que son urine était trouble et présentait un dépôt abondant d'une poudre blanche.

Le traitement de l’urétrite fut exclusivement médical et le 19 novembre l'écoulement était supprimé.

Le 28 décembre 1894, je constate que la guérison de l'urétrite se maintient, bien que le traitement soit supprimé depuis plusieurs semaines. Le malade me fait remarquer que, depuis qu’il souffre de la gravelle il n’a jamais éte aussi bien que pendant le traitement de son urétrite. J'avais constaté en effet que les urines étaient alors constamment acides, tandis que, depuis la suppression du traitement, elles sont parfois neutres et même alcalines et laissent alors déposer du phosphate de chaux amorphe.

Néanmoins, le malade s’est trouvé très bien durant cinq mois pendant lesquels il à pourtant travaillé énormément, dit-il.

Au mois de juin 1895, nouvelle crise plus violente encore que celle de 1893. Mêmes particularités.

Le 24 juin, le malade vient à la clinique. Je lui preseris le même traitement qu'en 1893.

Le 18 juillet, la crise était terminée : l’urine était redevenue acide, claire, d'aspect normal ; en l’examinant quelques heures après son émission, je pus constater qu'il ne s'était pas formé de dépôt dans le vase.

Le 23 juillet, les accidents reparaissent. L'analyse de l'urine donne le lendemain les résultats suivants :

« L’urine à une couleur jaune citrin.

Aspect trouble.

Réaction alcaline au papier de tournesol.

Dépôt abondant d’une matière blanchâtre.

Elle marque 1027 au densimètre.

« Soumise à l’action de la chaleur, elle nous à fourni la réaction de l’albumine ; seulement, après un contact suffisamment prolongé avec l’'ammoniaque, nous avons vu que ce précipité était entièrement dû aux hématies et leucocytes que nous observerons plus loin.

SN

« De même, la potasse, la liqueur cupro-potassique et le saccharimètre nous ont montré qu'elle ne renfermait pas de glucose.

« Enfin, après avoir constaté l'absence de pigments biliaires, à l'aide des réactifs de Gmelin et de Pettenkofer, nous avons dû passer à l'analyse quantitative qui nous a donné, par litre :

37 gr. 16 de matières dissoutes ou extrait à 100°.

20 gr. 16 d’urée. |

0 gr. 37 d'acide urique.

1 gr. 68 d'acide phosphorique.

12 gr. 03 de chlorures.

16 gr. 19 d'éléments minéraux ou sels anhydres.

« Au microscope on trouvait :

1° Des cellules épithéliales ; (

2 Des hématies ;

3°, Des leucocytes :

4° Des cristaux de phosphate de chaux. » |

Je n'ai revu le malade que le 14 octobre. Il m'a raconté qu’au mois d'août il à été à la campagne, où il a eu une crise violente et prolongée de coliquesnéphrétiques. L'hématurie aurait été abondante et le malade aurait expulsé plusieurs graviers blanchâtres, irréguliers, du volume d’une lentille.

EDnS l'influence de tisanes légèrement purgatives et du repos, tous les ‘accidents ont cessé peu à peu et depuis un mois et demi il va bien. Cependant le 14 octobre 1895 j'ai pu constater que l'urine était neutre. Le malade travaillait beaucoup depuis quelques jours.

Le malade n’a pas été revu depuis cette époque.

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