DIAGNOSTIC
Si l’on n’est pas prévenu, si l’on ne connait pas l'existence de cette variété de gravelle phosphatique, on fera certainement une erreur de diagnostic et l'on instituera un traitement irrationnel, qui n'aura par suite aucune efficacité et nuira même au malade. Nos deux premières observations le prouvent surabondamment.
Si l’on connaît au contraire l'existence de cette variété de gravelle, le diagnostic est assez facile: On ne trouve dans les antécédents aucun signe d’inflammation des voies urinaires et l'examen de l’urine lève tous les doutes, à condition de pratiquer cet examen aussitôt après l’émission de l'urine. On constate, en effet, que cette urine est alcaline, mais non ammoniacale, qu’elle ne contient pas de pus, que le dépôt est formé surtout de phosphate de chaux, qu’il ne contient pas de phosphate ammoniaco-magnésien.
Lorsque les voies urinaires sont infectées au moment où le malade vient consulter pour la première fois, comme dans l'observation I, il faut interroger avec soin le patient et l’on apprend alors que ces accidents se sont manifestés après le début de la gravelle phosphatique et sont dus, comme dans le cas en question, à un cathétérisme pratiqué avec des précautions antiseptiques insuffisantes, ou à une autre cause accidentelle, une urétrite compliquée de cystite, par exemple. D'ailleurs, un traitement rationnel permet d'obtenir bien vite la guérison de cette complication et de reconnaître que les voies urinaires supérieures ne sont point infectées, qu'il s’agit bien par suite d'une gravelle phosphatique primitive.
L’infection des voies urinaires, la présence de l'ammoniaque dans l'urine et l'existence du phosphate ammoniaco-magnésien dans le dépôt permettent de reconnaître la gravelle phosphatique secondaire et de la différencier de la forme primitive.
Les kystes hydatiques des voies urinaires seront faciles, en général, à différencier de la gravelle phosphatique primitive. La marche de l'affection diffère de celle qui vient d’être indiquée. Du reste, on trouve généralement dans l'urine des débris de membranes
d'hydatides, qu'on ne peut confondre avec la matière gluante qui agglutine le précipité de phosphate de chaux dans la gravelle phosphatique primitive. Enfin, on trouve presque toujours dans l'urine des crochets d’échinocoques, ce qui lève tous les doutes.
Il est encore à noter que lorsque l'urine contient chez ces malades un précipité de phosphate de chaux, elle est souvent purulente, ce qui n’a pas lieu lorsqu'il s’agit de la gravelle phosphatique primitive.
La tuberculose des voies urinaires ou limitée au rein présente une
symptomatologie et une marche qui différent complètement de celles de la gravelle phosphatique primitive.