‹ La Gravelle Phosphatique PrimitiveChapitre 15 sur 16 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

Grave, si la cause ne peut être supprimée ou si un traitement irrationnel est institué, le pronostic est au contraire assez bénin lorsqu'on peut bien saisir la cause des accidents, la faire disparaître et prescrire un traitement basé sur la pathogénie qui vient d’être développée dans l’un des chapitres précédents. C'est ce qui ressort nettement de la lecture de nos deux premières observations. Aïnsi le malade qui fait le sujet de l'observation I présentait un état général inquiétant lorsqu'il vint consulter M. le D' Lavaux. Or, après un mois et demi de traitement rationnel, une véritable transformation s'était opérée dans l’état de ce malade, dont le poids avait augmenté de quinze kilos. On remarquera également que nous avons revu ce malade en décembre 1897 et qu'il allait bien. La guérison se maintient donc depuis près de quatre ans.

Quant aux accès de coliques néphrétiques dus à la gravelle phosphatique primitive, l'observation II montre qu'ils présentent parfois une très grande intensité. Cet accident est cependant relativement bénin, parce que les voies urinaires ne sont pas infectées.

Peut-il se produire de l’anurie par obstruction persistante des uretères dans cette variété de gravelle? Aucun fait ne permet jusqu'à présent de l’affirmer.

PRAITEMENT

Le traitement de la gravelle phosphatique primitive est un traitement essentiellement médical et pathogénique. Il faut se hâter de supprimer la cause des accidents. Le malade doit éviter, par exemple, les fatigues musculaires excessives, les excès de travail de toute sorte. L'entourage du malade devra -lui épargner toute émotion violente ou chercher à atténuer les effets fâcheux de secousses morales contre lesquelles il est parfois bien difficile de réagir.

Un travail modéré, surtout en plein air, à la campagne, dans un milieu calme, est au contraire favorable.

Mais, ainsi que l’a fait remarquer M.le D' Lavaux, en 1895, au neuvième Congrès français de Chirurgie, « il ne suffit pas de combattre avec plus ou moins de succès la cause de l’alcalinité de l'urine ; il faut encore éviter ou combattre les intoxications et les infections générales sous l'influence desquelles se forme la substance organique nécessaire à l’agglomération des sels terreux, à la formation des graviers et même des calculs dont il s’agit. Cette indication est d'autant plus nette qu'il est logique de se demander si l’alcalinité de l'urine n'est pas elle-même causée, au moins dans certains cas, par un trouble que produiraient ces intoxications et ces infections dans le fonctionnement de l’épithélium rénal. »

Il faut donc agir du côté de l’appareil digestif, combattre la constipation ou ce que l’on désigne sous le nom d'embarras gastrique fébrile ou non à l’aide de purgatifs légers et répétés. C’est un point sur lequel à beaucoup insisté M. le D' Lavaux, qui attribue à cette médication une large part dans les deux beaux succès qu'il à cités au neuvième Congrès français de Chirurgie et qui confirment l'ingénieuse théorie pathogénique qu'il a développée à cette époque.

On avait cru agir d'une facon rationnelle en prescrivant à ces malades des acides dans le but de rendre acides les urines alcalines ; mais l'expérience à prouvé que cet espoir est illusoire. Dès 1854, Vogel avait dit:

« Une très mauvaise pratique est celle qui, basée sur des raisons chimiques erronées, consiste à donner des acides dans tous les cas

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où l'urine à une réaction alcaline... L'assertion si souvent répétée que l'acide benzoïque, pris à l’intérieur, rendrait acide l'urine alcaline plus facilement et plus sûrement que les autres acides n’a pas été confirmée par les nombreuses expériences que j'ai faites à ce sujet. »

En effet, M. le D' Lavaux à constaté chez le malade de l’observation IT que les acides ne produisaient aucun soulagement et il a fait remarquer que c’est surtout un traitement semblable qui avait tant aggravé l’état du premier malade avant qu'il vint le consulter.

C'est là une remarque très importante. Il faut bien retenir que l'administration des substances acides signalées par les anciens Auteurs est,non seulement inefficace chez les malades atteints de gravelle phosphatique primitive, mais encore qu'elle peut singulièrement aggraver l’état de ces malades.

Nous n'avons pas besoin de dire que l'usage des alcalins est absolument contre-indiqué. Une réserve est cependant nécessaire. Lorsqu'il existe des troubles gastriques très accusés, l'absorption d'üne toute petite dose de bicarbonate de soude est souvent plus utile que nuisible. :

Nous n'insisterons pas sur le traitement des crises de coliques néphrétiques que l’on peut observer chez ces malades. Ce traitement ne diffère pas sensiblement de celui que l’on emploie dans les cas de gravelle urique s’accomnagnant de coliques néphrétiques. On se rappellera seulement qu'il faut éviter de prescrire des boissons alcalines.

En résumé, le traitement de la gravelle phosphatique primitive est surtout un {raitement pathogénique et un trailement préventif. Il est basé sur les données pathogéniques développées par M. le D" Lavaux, en 1895, au neuvième Congrès français de Chirurgie et confirmées précisément par les deux succès qu'il cita à ce Congrès. On voit que ce traitement doit répondre à deux indications, puisque deux ordres de causes concourent à la production de cette gravelle. Il faut tout d’abord supprimer les causes qui produisent lalcalinité de l'urine : fatigues musculaires excessives, fatigue nerveuse, excès de travail, quel qu’il soit, émotions vives, violents chagrins, etc...

En second lieu, si cette alcalinité de lurine se produit, ce qui entraîne immédiatement un précipité dans l'urine de phosphate de chaux, il faut surveiller les fonctions de l'intestin, prescrire des purgatifs légers et répétés, afin d'éviter la formation et l'absorption des poisons microbiens en quantité suffisante pour produire en s'éliminant par l'urine les lésions épithéliales, la substance organique nécessaire à la production des graviers et des calculs phosphatiques primitifs.

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