‹ La Gravelle Phosphatique PrimitiveChapitre 6 sur 16 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Le premier auteur qui ait affirmé nettement l'existence de deux gravelles phosphatiques, l'une catarrhale ou secondaire, et l’autre primitive, est Mialhe. Il le fit dans un mémoire adressé à l'Académie de médecine. « L'une, dit-il, est une gravelle contenant, outre « les phosphates terreux, une certaine quantité d'ammoniaque : c’est « la gravelle phosphatique catarrhale des auteurs; l’autre est une « gravelle uniquement composée par les phosphates terreux, c’est- « à-dire de chaux et de magnésie. Or, cette dernière est diathésique. « Elle reconnaît pour cause une lésion du système nerveux qui « préside aux fonctions chimiques s’accomplissant dans les glandes « rénales pendant l’excrétion de l'urine. »

Bien avant Mialhe, cependant, il s’est trouvé des auteurs qui reconnaissaient d'autres causes de formation des calculs phosphatiques que celle généralement admise: le catarrhe des voies urinaires.

Les causes de cette affection peuvent être, d’après Prout (!}, sénérales ou locales. Parmi les causes générales on peut mentionner les passions débilitantes, les maladies graves ou prolongées, les fatigues excessives. «Je ne puis admettre comme vraie l'explication « qu'on donne ordinairement de la formation du calcul phosphatique, « par le moyen d’un corps étranger. S'il était exact que le contact « des corps étrangers fit toujours éprouver à l'urine un commence- «ment de décomposition, toutes les espèces de calculs seraient «immédiatement recouvertes de phosphates. »

Quant à la cause prochaine de cette maladie, on peut supposer qu’elle consiste dans la diminution des facultés acidifiantes des reins, ainsi que dans la formation d’une quantité plus grande de matières alcalines. Mais cette explication n'étant que la simple expression des faits évidents, il s'en suit qu’elle ne peut répandre un grand jour sur la cause immédiate de ces phénomènes morbides. « J'ai vu, » dit plus loin l’auteur, « des exemples, et notamment un,

(1) ProurT. — Traité de la gravelle, Paris, 1822. — (Trad, Mourgué).

« dans lequel cette précipitation des phosphates était très abondante « quoiqu'il n'y eût, ni calcul dans la vessie, ni quantité de mucosités «plus grande que normalement, ni affection apparente des parois «internes de l'organe. » Un état nerveux, l'anxiété, une commotion de la moëlle peuvent provoquer souvent l'apparition de sédiment phosphatique. L'usage des remèdes alcalins longtemps continué peut également disposer à la surahbondance des phosphates et même provoquer leur précipitation.

Magendie (1) nomme gravelle blanche, la gravelle phosphatique. Sa nature chimique est facile à reconnaître : cette pierre se dissout facilement dans l’acide hydrochlorhydrique faible et le phosphate de chaux en est précipité sans effervescence par l’ammoniaque. « Quant « à l'origine de cette gravelle, si l’on se rappelle ce que nous avons « dit de l'influence d’une nourriture très azotée sur la composition de « l'urine, on trouvera que sa présence dans l'urine saine est évidem- «ment liée avec la nourriture animale ou azotée. En outre, toutes «les circonstances que nous avons signalées comme propres à «favoriser la production de la gravelle rouge ([urique) s'appliquent « également à la gravelle blanche. »

Beale (2) ne précise pas. Il dit que les phosphates se forment dans un milieu alcalin, mais le noyau esttoujours, ou-un Corps étranger, ou de la mucine.

Selon Leroy-d’Etiolles (3), la gravelle phosphatique proprement dite, formée dans le rein et dépendant d’un excès de sécrétion de chaux et de magnésie est rare. « Je ne connais qu'un petit nombre « d'exemples de malades affectés de ce genre de gravelle : ceux-là sont plutôt d'une constitution délicate et disposés à l’anémie. »

Pour Bence Jones, la formation du sédiment phosphatique aurait, dans certaines circonstances, pour cause immédiate une augmentation de la-proportion des phosphates contenus dans l'urine. C'est cet excès qu'il appelle la vraie diathèse phosphatique.

Rosenstein (4) parle d’une diathèse phosphatique en vertu de laquelle, par suite d’une excitation anormale du système nerveux, les phosphates, en excès dans l’intérieur du corps, s'accumuleraient dans les canalicules urinifères et les bassinets.

(1) MAGENDIE. — Recherches physiologiques el médicales sur les causes, les symplômes et le trailement de la gravelle. Paris, 1828.

2) BEALE. — De l'urine, des dépôts urinaires el des calculs. (Trad. Ollivier). Paris, 1865, 3) LEROY -D’ETIOLLES. — Trailé de la gravelle. Paris, 1866. 4) ROSENSTEIN, — Traité des maladies des reins, (Trad. Labadie- Lagrave). Paris, 1874,

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Bouchardat admet, lui aussi, l'existence possible d’une diathèse phosphatique qu'il appelle phosphyostase, mais il conclut toutefois que, pour lui, la véritable maladie est dans l’inflammation des voies urinaires.

« Nous avons vu, » dit Ch. Robin (1) «en étudiant le sang, quelles «sont les conditions de la dissolution dans les humeurs, des « phosphates....... et autres principes immédiats insolubles dans « l'eau. Nous avons vu le rôle que jouent à cet égard les substances . « coagulables : elles en retiennent et en fixent toujours de 1 à 3 « parties p. 100 de leur poids qu'elles rendent ainsi liquides comme « elles-mêmes. »

Or, quand, par les actes d'exosmose dialytiques, ces principes passent, du sang qui les tient en dissolution, jusque dans un autre liquide, et cela en quantité absolue ou relative plus grande que ne passent en même temps ceux qui leur servent de dissolvants, ils reprennent inévitablement l’état solide. «Ils reviennent ainsi à « l’état solide, quelles que soient les conditions d'alimentation, de « circulation, ou relatives à l’état du parenchyme, qui ont amené le « passage en excès du principe peu soluble qui se dépose, ou le « passage en moindre proportion qu'à l'ordinaire de ceux qui leur « servent de dissolvants. »

D'après Lecorché (2) c’est lorsque l’alcalinité de l'urine devient permanente qu'existe réellement la lithiase phosphatique, et, par suite, la tendance à l'apparition des graviers.

Comme l'acidité qui préside au développement de la diathèse urique, cette alcalinité serait de provenance générale ou locale. Lorsqu'elle paraît tenir à l’état général, elle dépendrait « d'un état « diathésique spécial, analogue à celui qu’on décrit sous celui de « diathésique urique. Cet état diathésique que Prout à décrit sous « le nom de diathèse phosphatique, serait caractérisé par une alca- « calinité exagérée des humeurs de l’économie et surtout du sang. » En vertu de cette alcalinité exagérée, filtrent à travers les canalicules une plus grande quantité de bases qu’à l'état physiologique. « Mais, malheureusement, » conclut l’auteur, « cet état diathésique, « être de raison, n’a jusqu’à présent été démontré, ni chimiquement, «ni cliniquement : il se manifesterait dans le cours de certaines «affections osseuses, lors de l’alimentation insuffisante ne permet- « tant pas l'entrée, dans l’économie, d’une quantité assez considéra- « ble de phosphore. »

(1) CH. RoBin. — Leçons sur les humeurs normales el morbides du corps de l'homme. Paris, 1874.

(2) LecorcHÉ, — Traité des maladies des reins, Paris, 1875.

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Keyes (1) admet deux groupes de calculs: les primaires et les secondaires. Il fait rentrer dans le groupe des calculs primitifs, les pierres de phosphate de chaux cristallisé qui se développent dans une urine acide, ou, du moins, non alcaline, sous l’influence des colloïdes.

Pour Debout d'Estrées (2), la gravelle phosphatique, qui comprend les graviers de phosphate de chaux, de magnésie et de phosphate ammoniaco -magnésien, est primitive ou secondaire, « Souvent « décrite, la gravelle phosphatique secondaire est admise par tous, «tandis que l'existence de la gravelle phosphatique primitive est « fortement discutée. Nous pensons que si, dans la gravelle urique, « on peut dire qu'il y a excès de recette sur les dépenses, on peut « dire, avec non moins de raisons, que, dans la gravelle phosphatique « primitive, il y à excès de dépense sur les recettes... »

L'auteur présente ensuite deux observations de gravelle phos$phatique primitive : dans l'une, il s'agit d'un calcul rénal phosphatique chez une femme tuberculeuse dont les voies urinaires n'avaient pas présenté de traces de catarrhe. Voici, en résumé, la deuxième observation: une femme tuberculeuse: succombe à une hernie étranglée. Peu avant sa mort elle expulse des graviers phosphatiques, alors que jusque là, ses urines n'avaient présenté aucune altération (3).

Selon lui, la gravelle phosphatique primitive peut se produire dans les conditions suivantes :

1° Chez des individus anémiés, qui, par suite d’une véritable dénutrition, brülent leurs matières organiques et laissent déposer les matières minérales de leur économie.

2 Elle pourrait exister chez des individus affectés d’une lésion du système nerveux présidant aux fonctions éliminatoires des reins.

3° Exceptionnellement, elle se rencontre chez des malades atteints de la diathèse urique et chez lesquels se montrent une gravelle alternante, avec production, d'un jour à l’autre, d'acide urique dans une urine acide, et de phosphate de chaux dans une urine alcaline.

Voici comment s'expriment Voillemier et M. Le Dentu (4) au sujet de la gravelle phosphatique : « Par cela même qu’il se produit, chez

) KEYEs. — Urinary calculus. Edit. américaine.

) ) Id. . — Annales de la Sociélé d'hydrologie médicale de Paris, 1871-1872. e )

« certains individus, une gravelle blanche constituée en grande «partie par des sels calcaires, comme l’état anatomique du rein ne «peut pas toujours être mis en cause, il faut bien admettre qu'il y à « dans l'urine, au moment même de son excrétion, un excès de sels «et que le sang lui-même est modifié dans la proportion de ses -« éléments constitutifs. La phosphaturie joue donc aussi un rôle « dans l’étiologie chimique des calculs, soit que le mode d’alimenta-. « tion introduise dans l'organisme un excès de phosphates, soit que «des influences morbides diverses empêchent les fixations de ces «sels dans les tissus et provoque leur élimination dans des pro- « portions exagérées. »

M. le professeur Bouchard (1) distingue la gravelle diathésique et la gravelle catarrhale. La gravelle diathésique est la gravelle urique et aussi quelquefois la gravelle oxalique. Quant à la gravelle phosphatique, voici quelle est son opinion :

La gravelle phosphatique est le plus souvent liée à une affection locale des voies urinaires. Toutefois elle peut dépendre d'un trouble nutritif général; elle exige, en effet, pour se produire, que les urines soient alcalines, et cet excès d’ eee peut dépendre d'un excès de carbonates de soude ou de potasse. « Bien que je n’admette « pas l’ammoniaque normale des urines, on voit très souvent cette « substance apparaître dans une vessie saine par le fait des maladies « générales et très souvent aussi par le fait de l'alimentation. »

En général, l’alcalinité des urines produit un précipité qui trouble l'urine, mais qui ne se concrète en calcul que s'il y à un noyau {corps étranger). Cependant, si la vessie se vide incomplètement, s'il y a stagnation de l'urine, les dépôts restant stationaires soit dans le bas-fond de la vessie, soit dans quelque cellule vésicale, il peut se former une masse boueuse ou même des concrétions.

« Ces derniers calculs sont relativement rares. On peut donc dire que les troubles nutritifs qui engendrent l’alcalinité des urines sont rarement la cause des calculs phosphatiques. »

« Au contraire, l'excès d’alcalinité du sang, qu'il résulte d'un « trouble nutritif général ou de l'abus des eaux alcalines, pourra «amener très souvent le dépôt de sels phosphatiques sur des « calculs préexistant. »

Enfin une autre condition de la formation des calculs est la fermentation. Celle-ci se ferait le plus souvent sous l'influence d'une bactérie bacillaire analogue au bacterium lermo qui, se trouvant sur le prépuce, serait introduit dans la vessie par la sonde.

(1) BoucxarRD. — Les maladies par ralentissement de la nulrilion. Paris, 1882.

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