OBSERVATION I
{Docteur Lavaux, 9 Congrès de Chirurgie )
. T.., 46 ans, est inscrit sur môn registre d'observations sous le numéro 977.
Père, âgé de 72 ans, bien portant.
Mère, âgée de 68 ans, bien portante.
Deux frères bien portants.
Aucun n'est atteint de gravelle, mais père et frères d'un tempérament nerveux.
Le malade est lui-même d'un tempérament nerveux. De violents chagrins, des privations, des excès de travail ont encore augmenté son impressionnahilité.
Aucune maladie grave.
Pas de syphilis.
Première blennhoragie à l’âge de 18 ans. Elle guérit complètement et elle ne présenta aucune complication.
Deuxième blennorrhagie en 1867. Guérison complète.
Troisième blennorrhagie en 1878. Pas de complications; mais blennorrhée consécutive et qui dura plusieurs années.
Il y à 12 ans, environ, grands ennuis, privations, excès de travail. Le malade éprouve des troubles dyspeptiques très accusés et un jour il constate qu'à la fin de la miction l'urine est toute blanche. Comme il ne souffre pas et qu’il n’y à point d'hématurie, il n'attache aucune importance à cette particularité.
Jusqu'en 1893, même état. Tantôt les urines étaient claires, tantôt elles étaient au contraire troubles au moment de l’émission. Dans ce dernier cas, il se formait au fond du vase qui les contenait un dépôt abondant d’une poussière blanche,
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Il y à deux ans, à la suite d'un excès de travail et de troubles dyspeptiques très accusés, premières coliques néphrétiques suivies d'hématurie et de l'expulsion de graviers blancs, irréguliers, du volume d’un grain de chenevis.
Il consulte alors un médecin. Ce confrère lui prescrit des acides, diverses eaux minérales etle régime que l’on conseille habituellement aux malades atteints de gravelle urique: suppression des viandes noires, etc... De plus, il pratique divers cathétérismes et il infecte la vessie.
Quand je vis le malade pour la”première fois, le 6 avril 1894, il avait beaucoup maigri et 1lse plaignait d’être tellement faible qu'il lui était impossible de travailler.
Son urine était neutre ; elle ne présentait point d'odeur ammoniacale ; mais elle contenait du pus et laissait déposer une couche abondante de poussière blanche. Les mictions étaient fréquentes et douloureuses.
Grâce à l’anesthésie directe de la muqueuse urétro-vésicale et aux lavages antiseptiques de la vessie pratiqués sans sonde, l’urétrocystite fut rapidement guérie. J’eus soin alors de soumettre le malade à un régime tonique et de lui prescrire quelques purgatifs. Son état général s'améliora très vite : au bout d’un mois et demi, il constatait qu'il avait augmenté de quinze kilos. Néanmoins, le 14 juin 1894, l'examen de l'urine de ce malade donnait encore les résultats suivants :
Couleur jaune pâle.
Aspect trouble.
Réaction alcaline au papier de tournesol.
Elle à laissé déposer une forte proportion de matière blanchâtre.
Elle marque 1023 au densimètre.
Soumise à l’action de la chaleur et de l’acide azotique, elle ne nous a pas fourni les réactions de l’albumine.
De même, la potasse, la liqueur cupro-potassique et le saccharimètre nous ont montré qu'elle ne renferme pas de glucose.
Enfin, après avoir constaté la présence de traces de pigments biliaires à l’aide des réactifs de Gmelin et de Pettenkofer, nous avons dû passer à l’analyse quantitative qui nous à donné par litre :
40 gr. 37 de matières dissoutes ou extrait à 100°.
20 gr. 49 d’urée.
10 gr. 32 d'acide phosphorique.
6 gr. 82? de chlorures.
0 gr. 64 d'acide urique.
19 gr. 34 d'éléments minéraux ankydres.
D A Au microscope, on a trouvé :
1° Des cellules épithéliales ;
2° Quelques leucocytes ;
3° Une très forte proportion de phosphate de chaux ;
4° Du phosphate ammoniaco-magnésien ;
5° De l’urate d’ammoniaque.
Voilà ce qui a été constaté par un chimiste distingué, M. Leclerc. Mais je dois faire remarquer que l'urine qui lui avait été remise par le malade était restée probablement assez longtemps au contact de l'air. Voici, en effet, ce que je trouve dans mes notes :
L'urine de la miction, recueillie dans trois verres, présente les particularités suivantes immédiatement après son émission :
Dans le premier verre,urine trouble ;
Dans le deuxième verre, urine presque claire ;
Dans le troisième verre, dépôt abondant de matière blanchâtre formée de sels agglomérés par une substance ayant l'apparence du blanc d'œuf.
Dans les trois verres, l’urine examinée aussitôt après l'émission est légèrement alcaline ; il n'y a pas de trace de fermentation ammoniacale. Cette urine est d’ailleurs aseptique et l’on ne trouve quelques rares leucocytes que dans l'urine du premier verre.
L'examen microscopique du dépôt des trois verres permet de constater l’absence complète de cristaux de phosphate ammoniacomagnésien. On n’y trouve que du phosphate de chaux à l’état amorphe.
Voici maintenant le résultat de l’analyse d’un calcul, analyse faite par M. Leclerc :
« Ce calcul avait une couleur blanchâtre.
« Il se dissolvait dans l'acide azotique, soit directement, soit après l'action d’une haute température, sans donner lieu à la moindre effervescence : il ne renfermait donc ni carbonates ni oxalates.
« L'action combinée de l'acide azotique et de l’ammoniaque nous a fourni la coloration rouge pourpre de l'acide urique.
« Quant à la solution acétique, obtenue avec le résidu de la combustion de ce calcul, elle nous a montré que ce corps renfermait :
« De l'acide phosphorique,
« Et de la chaux. |
« Enfin, après avoir constaté la présence de matières organiques, nous avons vu que ce calcul ne renfermait ni cystine, ni xanthine.
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« Il résulte donc de nos recherches que le calcul en question était composé d’un mélange :
« D'acide urique,
« De phosphate de chaux,
« Et de matières organiques. »
Depuis le mois de juillet 1894, le malade a continué à prendre du quinquina assez régulièrement, à suivre un régime tonique et à se purger de temps en temps. Il n’a plus eu de coliques néphrétiques et depuis un an il va bien ; mais l'urine est toujours peu acide. Je l'ai prié il y a quelques jours de venir à ma clinique et j'ai pu constater, le 15 octobre 1895, que l'urine était même neutre. Le malade m'a raconté que lorsqu'il travaille beaucoup ou qu’il éprouve une vive contrariété, l'urine devient encore immédiatement trouble et présente les mêmes dépôts qu'autrefois ; mais il ne rend plus de calculs ni de graviers.
Il est à noter qu’un exercice modéré en plein air lui est, au contraire, favorable.
Revu en décembre 1897, ce malade allait bien. La guérison s’est maintenue. Nous avons constaté que l'urine était légèrement acide aussitôt après l'émission. Depuis plusieurs mois, il ne suit aucun traitement, mais il surveille son régime. Il faut ajouter que la cause des chagrins qui avaient provoqué ces différents troubles n'existe plus.