Duc de Luynes, Numismatique des Satrapies, pi. XIII
3. Perrot et Chipiez, Hist. de l'art, t. III, p. 645, fig. 446.
Fig. 41.
Un type divin, aussi d'origine pharaonique, qui revient fréquemment sur les intailles de la Phénicie, c'est le dieu nain, difforme, auquel on donne les noms de Bès, Bésa, Pygmée ou Pouma, et qui a été le prototype du Papposilène de Part grec. Sa figure grimaçante ornait la proue des vaisseaux de Tyr et de Sidon; sur un scarabée en jaspe vert (fig. 41; collection de Luynes) ; il lutte contre des lions comme Isdubar et Héraclès. La classe de gemmes phéniciennes la plus nombreuse est celle où se trouvent accolés côte à côte des éléments égyptiens et assyriens. Tel est le cas d'un scarabée du Cabinet des médailles (fig. 42) sur lequel figure Astarté, la grande déesse syrienne, à tête de vache, assise sur un trône et flanquée de deux sphinx égyptisants ; elle tient un sceptre, et devant elle on voit le pyrée d'origine assyrienne ; la scène tout entière enfin est posée sur la corbeille égyptienne. Dans cet accouplement hybride de l'art égyptien avec l'art assyrien, l'observateur le moins expérimenté pourrait discerner ce qui revient à l'un ou à l'autre des deux éléments constitutifs. La disposition des ailes s'allongeant l'une en haut, l'autre en bas, devant et non derrière les figures, les uraeus, le pschent, la schenti, les dieux à têtes de chien ou d'épervier, le lotus, le sphinx, la croix ansée, voilà ce qui appartient en propre à l'Egypte. La longue robe frangée des prêtres, les cheveux et la barbe frisés, la
mitre cylindrique, le pyrée, l'arbre de vie, les lions, voilà, entre autres particularités, la part de PAssyrie, de la Chaldée et, plus tard, de la Perse; Pécriture seule est nationale : araméenne ou phénicienne.
Les populations sémitiques de la Palestine et des contrées avoisinantes, les Juifs en particulier, ont eu leurs graveurs en pierres fines tout aussi bien que les Phéniciens et les Araméens. Ce n'est pas seulement par les monuments, c'est aussi par les textes historiques que nous connaissons l'usage des gemmes gravées et des cachets chez les Israélites. Dans la Genèse, il est raconté que Juda remet en gages à Thamar son bâton, son collier et son cachet. L'éphod du grand-prêtre Aaron était orné de douze pierres précieuses sur lesquelles Béséléel, de la tribu de Juda, avait gravé les noms des douze tribus, et l'on croyait que ces gemmes sacrées rayonnaient ou s'obscurcissaient suivant que Jehovah exauçait ou rejetait les prières du grand-prêtre.
Les produits de la glyptique de la Judée et des autres contrées de la Syrie du Sud ne comportent guère de remarques particulières, et on doit les classer, sans distinction au point de vue artistique, avec les pierres gravées de la Phénicie. C'est seulement le lieu de provenance, les formes de certaines lettres et surtout l'étude des noms propres gravés sur ces pierres qui en font déterminer la patrie^.
D'après ces principes, on attribue aux Juifs un certain nombre de gemmes qui sont, d'ailleurs, en
I. ClQrmont-Ganneau, Sceaux et cachets Israélites, etc., p. lo.
général, plutôt des monuments épigraphiques que des
œuvres d^art. Quelques-unes pourtant méritent d^être
signalées, parce qu'elles reflètent Pinfluence
égyptienne et assyrienne au même degré
que les intailles de provenance araméenne
ou phénicienne. Celle-ci, au nom de A:{a
(fig. 43 ; collection de Luynes), a pour
type une figure dMnspiration chaldéenne. pig ^^^
Un cône en calcédoine, de la collection de M. de Vogué, mentionne le nom de « Semaias, fils d'Azarias », à côté d'un taureau passant. « Il n'y a, dit M. de Vogué ^, aucun doute sur la nationalité de ce petit monument. Quant à sa date..,, il aura été gravé sur les bords de TEuphrate par un Juif déporté qui, tout en conservant le nom et l'écriture de la mère-patrie, s'est laissé aller à enfreindre la loi mosaïque sur la représentation des animaux vivants. Cette loi, d'ailleurs, n'a jamais été rigoureusement observée, Je crois, avant les temps pharisaïques. Salomon avait donné l'exemple du relâchement en introduisant les lions et les taureaux dans la décoration du temple et du trône royal ; ses successeurs, moins orthodoxes encore, quelques-uns mêmes tont à fait idolâtres, tels que Achaz et Manassé, les rois d'Israël, presque tous adonnés aux cultes phéniciens et syriens, habituèrent les yeux du peuple juif au spectacle des symboles figurés et des représentations animales. Il faut donc s'attendre à trouver sur les monuments Juifs de ces époques des figures d'animaux et des images empruntées aux croyances des peuples voisins :