‹ La gravure en pierres finesChapitre 22 sur 75 · Murray et Smith, Catal. ofengr. geins, n · texte numérisé non relu

Murray et Smith, Catal. ofengr. geins, n

Nous entrons dans le domaine de la certitude avec le nom de Tartiste Syriès : sur une stéatite du Musée britannique, on lit Supr/jç sTroiece ^ (fig. 71). Le dos du scarabée est remplacé par un masque de Silène en relief; sur le plat, on voit en creux un homme qui Joue de la lyre. La délicatesse du travail per- /-rr^r-^ met de Tanalyser dans tous les détails, f'^^ ^\ depuis la barbe en coin, les pommettes et P \{W^^; les yeux saillants du personnage, iusqu^à C\l\/^^- Tossature de son torse maigre, de ses \l.M}&~l bras, de ses jambes et de ses pieds, jus- \^^y qu'aux ornements du diadème, aux cordes

^ . Fig. 71.

et à la clef de la lyre. Vous pouvez ici étudier à loisir les caractères de la plastique grecque au vi"^ siècle : les hanches serrées, la poitrine bombée et sillonnée de côtes en relief, le jeu exagéré des muscles, la transparence enfin de ce voile qui, épousant les contours du corps, laisse deviner autant de science anatomique que d'habileté technique.

Le lieu des trouvailles, la forme des noms propres, le style des images, tout proclame que les gemmes dont nous venons de parler ont pour patrie la côte occidentale de l'Asie Mineure. Et, en effet, nous savons, par les sources littéraires, que l'île de Samos était, au vi« siècle, le siège d'une école de graveurs en pierres fines aussi bien que de sculpteurs. Jusqu'ici, la glyptique grecque n'avait pas marché de pair avec la sculpture. Préoccupée surtout d'imiter les œuvres de l'Egypte

I. Murray et Smith, Catal. ofengr. gems, n''479; W. F'rœhner, Mélanges épigraphiques, p. i4-i3; S. Murray, //andèoo/c of greek archœology, p. i52.

et de l'Assyrie que lui apportaient les Phéniciens, elle n'a jamais songé à reproduire les xoana^ ces rudimentaires essais de la sculpture grecque, ni ces œuvres un peu moins primitives attribuées à Dédale, que les Grecs des temps classiques trouvaient si maladroites, ni même enfin aucune de ces statues à figure niaise, aux membres rigides, qu'on a exhumées à Délos et dans diverses parties du monde hellénique.

Il n'en est plus de même dès que le génie grec cesse de regarder exclusivement l'Orient, dès qu'il s'affranchit des entraves de l'imitation pour prendre son libre essor. La glyptique est étroitement liée à la sculpture, et il est à noter que les artistes d'alors, comme ceux de la Renaissance italienne, sont à la fois sculpteurs, ciseleurs, architectes, toreuiiciens, médailleurs, graveurs en pierres fines.

Au nombre des maîtres qui ont illustré l'école samienne figure au premier rang Mnesarchos, le père du philosophe Pythagore; il est qualifié f^axT'j>.io"j?\.uçoç, c'est-à-dire graveur de cachets ; comme il mourut au commencement de la tyrannie de Polycrate, son activité se place au moment de la grande floraison des toreuticiens de Samos. « C'est, dit M. Collignon, sous le gouvernement de Polycrate, depuis 532 et peut-être plus tôt, jusqu'en 522, que la richesse de l'île arrive à son apogée. L'éclat d'une cour qui attire des poètes comme Anacréon et lbycos,des savants comme Demokédès de Crotone; les grands travaux d'art entrepris par le tyran, les embellissements de l'Héraion, la construction de l'aqueduc d'Eupalinos, entretiennent à Samos une activité féconde. Retranché dans sa forteresse

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imprenable d'Astypalée, Polycrate peut caresser le rêve d'un empire gréco-ionien dont Samos serait le centre. Ajoutez que ses relations amicales avec Ahmès II, l'Amasis des Grecs, contribuent à ouvrir largement l'Egypte au commerce des Samiens^ »

Ainsi s'explique-t-on que les œuvres samiennes soient encore imprégnées de Fart oriental et égyptien. Des deux Samiens, Rhœcos et Theodoros, qui eurent, les premiers en Grèce, l'idée de couler les statues de bronze comme le faisaient les Égyptiens, le second vit encore Polycrate et grava pour lui un cachet auquel une anecdote fameuse est attachée. Suivant Hérodote, l'opulent et trop heureux maître de Samos, convaincu que les hommes ne sont point nés pour le bonheur parfait, aurait voulu interrompre le sien en Jetant à la mer le cachet auquel il attachait tant de prix; mais le Destin, qui lui réservait une douleur bien plus grande que celle qu'il pouvait ressentir de la perte de son anneau, refusa d'agréer ce sacrifice volontaire et minime. Il lui fit retrouver son cachet dans le corps d'un poisson péché pour les honneurs de sa table. Au temps de Pline, on conservait à Rome une sardonyx trouvée à Samos, sur laquelle était représentée une lyre et qui passait pour être l'anneau de Polycrate. A la fois sculpteur, architecte, graveur, écrivain, Theodoros avait coulé en bronze sa propre statue qui le représentait tenant une lime et un scarabée plus petit qu'une mouche, sur lequel il avait réussi à graver un quadrige d'une perfection inimitable.

I. M. Gollignon, Histoire de la sculpture grecque, t. I, p. i5o.

Fig. 72.

A Pépoque de Polycrate et jusque vers Pan 5oo, les artistes grecs visent à atteindre Phabileté technique et non pas encore la forme idéale. De là un extrême souci du détail et ces chefs-d'œuvre de minutie dont on fait gloire à Théodoros. Les gemmes gravées de cette époque sont nombreuses, et nous n'avons que l'embarras du choix pour donner ici quelques exemples. Au Musée britannique, nous rencontrons, entre autres, ce scarabéoïde (fig. 72) qui représente Apollon agenouillé et jouant de la lyre. Au Cabinet des médailles, nous contemplerons surtout deux œuvres anonymes, encore empreintes d'un reste d'archaïsme, mais qui, par la vigueur de leur style, font présager la grande floraison artistique que personnifie Phidias. L'une (fig. 73) appelle déjà l'attention par sa nouveauté, car c'est un camée à deux couches; en voici l'explication.

Prœtos, roi de Tirynthe, avait trois filles, Lysippé, Iphinoé et Iphianassa, qui faisaient beaucoup parler d'elles et parcouraient le Péloponèse en poussant des cris et en se livrant à toute sorte d'actions indécentes. Leur père, désespéré, appela le devin Mélampos, qui avait trouvé l'art de guérir par les médicaments et les purifications, et il lui demanda de rendre à ses filles la

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raison et la sagesse. Mélampos accepta, mais à la condition que Prœtos lui céderait en payement une partie de son royaume. Le camée représente Mélampos au moment où il guérit les vierges folles. Elles sont là, dans des attitudes diverses, les vêtements en désordre. Mélampos tient la victime expiatoire, un petit porc, dont il fait dégoutter le sang sur les têtes des Jeunes filles. On voit encore l'acolyte du pontife et la nymphe de la source dont les eaux doivent servir à la lustration. Ce camée, que nous reproduisons très agrandi, est une merveille de Part hellénique.

Le sujet gravé sur une intaille de la collection de Luynes (fig. 74) n^est pas moins intéressant. « Lorsque les Héraclides, dit ApoUodore, furent maîtres du Péloponèse, ils élevèrent trois autels à Zeus Patroos, et après avoir offert un sacrifice, ils tirèrent les villes au sort. Argos formait le premier lot, Lacédémone le second et Messène le troisième. On apporta un vase plein d'eau et il fut convenu que chacun y mettrait son suffrage. Témenos et les deux fils d'Aristodème (Proclès et Eurysthénès) y déposèrent des pierres; Cresphonte, voulant avoir Messène, y mit une boule de terre, pour qu'elle se fondît et que les deux autres sortissent les premières. Celle de Témenos sortit d'abord, ensuite celle ^^* ^'^'

des fils d'Aristodème, et Cresphonte eut Messène par ce moyen... » Nous reconnaissons ici les trois rois tirant au sort les villes du Péloponèse.

En comparant avec les monuments de la sculpture le camée et l'intaille que nous venons de décrire, on

peut en fixer l'exécution à la fin de la pe'riode dite de l'archaïsme avancé, c'est-à-dire celle qui va depuis environ le temps où Antenor exécutait son fameux groupe des Tyrannoctones, peu après 5io, jusqu'à la ruine d'Athènes par les Perses, en 480,

Dès cette époque, le goût des pierres gravées faisait fureur dans le monde élégant des villes grecques, comme le prouve l'anecdote d'Isménias rapportée par Pline. Cet Isménias était un Joueur de flûte qui paraissait toujours en public couvert de pierreries; un jour il proposa à un roi de Cypre cent statères d'or pour une émeraude sur laquelle était gravée la nymphe Amymone. En vain le prince cypriote, trouvant ce prix trop élevé^ voulut-il le diminuer de deux pièces d'or ; Isménias, l'acheteur, ne voulut pas consentir à payer la gemme moins que son estimation première, pour ne pas déprécier la valeur du joyau. C'était alors une mode parmi les musiciens de se couvrir de gemmes, et Dionysodore et Nicomaque furent les émules d'Isménias, aussi bien comme amateurs de pierreries que comme joueurs de flûte.

Les Étrusques, ce peuple dont la civilisation était déjà vieille, tandis que le reste de l'Italie se trouvait encore dans la barbarie, furent de bonne heure en relations commerciales avec l'Orient, par l'intermédiaire des Phéniciens; aussi les nécropoles de la Toscane ont-elles livré en abondance aux archéologues des

pierres grave'es qui, sauf de très rares exceptions, affectent la forme de scarabée que nous savons originaire de l'Egypte. Il semble même que les Étrusques aient attaché à cette forme plus d'importance que les Grecs, soit qu'ils eussent, mieux que ces derniers, conservé le souvenir des vertus talismaniques attribuées au scarabée par les anciens Égyptiens, soit qu'il existât entre l'Étrurie et la vallée du Nil un courant commercial direct qui aurait contribué à maintenir plus longtemps et plus vivaces, en Étrurie, les traditions égyptiennes dont les Grecs eurent, au contraire, de bonne heure une tendance à s'affranchir. Cette dernière hypothèse paraît corroborée par la présence, dans les tombes les plus anciennes de la Toscane, de scarabées en faïence émaillée et en pierres dures, dont le plat est orné de figures qui n'appartiennent qu'à la symbolique égyptienne : le dieu Horus, la barque sacrée, des cartouches royaux, entre autres celui de Khofrou (Chéops), le constructeur de l'une des grandes pyramides. De tels monuments, que rien ne distingue de ceux qu'on recueille dans la vallée du Nil, ont été certainement importés d'Egypte en Etrurie. Au contraire, les scarabées qui ne sont que des contrefaçons plus ou moins habiles de ceux de l'Egypte, sur lesquels les signes hiéroglyphiques défigurés sont devenus indéchiffrables, où les attributs des dieux, le costume des personnages ne sont que sommairement et inintelligemment reproduits, ces scarabées, disons-nous, ne sauraient être les produits d'ateliers égyptiens. Ce sont nécessairement des œuvres étrangères, sorties des mains d'artistes qui ne comprenaient pas le sens symbolique

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des images qu'ils s'appliquaient à copier. On ne peut, dans ce cas, que les attribuer aux Phéniciens ou aux Carthaginois, ou bien aux Etrusques eux-mêmes.

Les Phéniciens, dont les ateliers orientaux fabriquaient des cônes et des scarabées n'ont pu manquer d'exporter une partie de leurs produits jusqu'en Etrurie; en effet, les pierres gravées des tombes étrusques sont ornées des mêmes motifs assyriens et égyptiens, tantôt isolés, tantôt combinés ensemble, que nous avons relevés sur les produits des ateliers de Cypre et de la côte de Phénicie; et ceci est entièrement -d'accord avec ce que nous apprennent les autres monuments d'origine phénicienne trouvés en Etrurie, tels que la célèbre coupe de Palestrina, dans l'ornementation de laquelle l'artiste phénicien a si curieusement associé les éléments assyriens et égyptiens.

Mais lorsque Carthage devient maîtresse du commerce de la Méditerranée occidentale, c'est elle qui se substitue aux marchands de Tyr et de Sidon dans l'approvisionnement des ports de l'Étrurie.

Nous avons vu, tout à l'heure, que Carthage était le centre principal de la fabrication de ces scarabées pseudo-égyptiens dont l'Etrurie faisait une si grande consommation. Mais si, comme on l'a constaté, des scarabées trouvés en Sardaigne ont dû être gravés sur place, dans des ateliers sardes, nous pouvons croire aussi que les Etrusques, race éminemment industrieuse, avaient des artistes qui copiaient les gemmes apportées chez eux par le commerce carthaginois, de même qu'ils s'appliquaient dans le même temps à imiter et à contrefaire les intailles et les vases peints de la Grèce.

La glyptique étrusque était entièrement tributaire de rOrient et de Carthage, lorsqu''au milieu du vii'' siècle, le chef des Bacchiades, à Corinthe, Démarate, fuyant la tyrannie de Cypselos, alla fonder en Etrurie la ville de Tarquinies. Il avait déjà été précédé dans cette contrée par quelques émigrants hellènes; d^autres devaient le suivre. Entre la mère-patrie et ces nouvelles colonies s^établirent les relations commerciales les plus actives, si bien que Tindustrie et l'art des Etrusques, à partir de cette époque, apparaissent à nos regards comme le prolongement de rindustrie et de Fart de la Grèce. Est-il besoin de rappeler, par exemple, que les vases peints trouvés, depuis 1828, dans les vastes nécropoles de Tarquinies et de Caeré, présentent une similitude frappante avec les vases de Corinthe? Il est aujourd'hui démontré qu'une grande partie d'entre eux ont été fabriqués en Grèce ou dans les colonies grecques du bassin méditerranéen, puis apportés en Etrurie par le commerce maritime. Eh bien, l'étude des pierres gravées qu'on recueille en si grande abondance dans les tombeaux étrusques, à côté de ces produits de la céramique, conduit à des conclusions parallèles.

Les pierres gravées étrusques de style archaïque sont des scarabées ou des scarabéoïdes, comme dans les pays grecs eux-mêmes. Les gemmes du type mycénien ou Cretois qu'on a signalées en Italie sont si rares que leur présence isolée ne saurait être due qu'à des causes accidentelles. Mais les pierres de style grec sont, au contraire, extrêmement nombreuses. On les a recueillies surtout dans les tombes de Corneto, de Vulci, de Bologne et dans les environs de Chiusi, accompagnant

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des vases à figures noires dont la fabrique se place entre 5oo et 440 environ, ou bien des vases à figures rouges qui ne sont pas antérieurs au iii'^ siècle avant notre ère. Les unes, principalement parmi les plus archaïques, représentent des figures d'animaux : lions, chevaux, taureaux, bouquetins, aigles, sangliers; on voit aussi le griffon terrassant un cerf, la Chimère, le sanglier ailé, des centaures portant une branche d'arbre (fig. 3); des guerriers; des athlètes tenant le strigile; des vainqueurs dans leur quadrige; des tisserands à l'ouvrage, des forgerons martelant des casques sur une enclume; des sculpteurs, l'ébauchoir à la main, et d'autres scènes des jeux publics ou de la vie privée. De nombreux types sont empruntés à la mythologie, et surtout aux cycles troyen et thébain, comme les sujets gravés sur les miroirs. Les dieux qu'on y voit le plus fréquemment dans toutes les phases de leur légende sont : Hercule et ses multiples travaux, par exemple, ce scarabée (fig. yb] qui le représente traversant la mer sur des outres gonflées; Minerve, Neptune, Mercure, Apollon, Niké; les centaures et les satyres, l'hydre. Cerbère, la nymphe Amymone; parmi les héros, nous citerons : Ulysse, Diomède, Ajax, Achille, Philoctète et Palamède (fig. jô)^ Adraste, Tydée, Capanée, Castor et Pollux, Thésée, Jason, Admète. Sur un gemme de la collection de Luynes (fig. jy) nous voyons le devin Polyidios qui retire le jeune Glaucos d'un vase de miel. Le

Fig. 7S-

Fig. 76.

Fig- 77.

fils de Minos et de Pasiphaé était tombé dans un tonneau de miel en poursuivant une souris, et il y était mort étouffé. Minos força le devin Polyidios à ressusciter son enfant; sur notre scarabée, Polyidios est en train d'opérer le miracle : il tient la baguette magique qu'il enfonce dans le vase, duquel émerge la tête de Glaucos. Minos et Pasiphaé assistent à l'opération théurgique.

La plupart du temps, la ressemblance des gemmes étrusques avec celles de la période grecque archaïque est telle qu'il est impossible de les distinguer, soit par la forme ou le style, soit par le sujet ou la matière. Pourtant nous essayerons de fixer quelques règles générales qui autorisent à considérer certaines intailles comme véritablement étrusques. Ce sont d'abord les gemmes sur lesquelles le sujet est accompagné d'une inscription étrusque, à l'imitation de ce qui était pratiqué sur les vases peints, les cistes et les miroirs de bronze. Cette mode, qui consiste à graver dans le champ des scarabées une légende explicative ou tout au moins le nom des personnages représentés, est étrangère à la glyptique grecque. On est certain de l'origine étrusque des gemmes fort nombreuses sur lesquelles on lit, par exemple, à côté d'une scène représentant le combat d'Hercule et de Cycnos, Hercle et Kukne; à côté d'un héros fabriquant un navire, Easun (Jason); à côté de Tydée blessé, Tute; de Capanée foudroyé, Kapne; d'Ajax se suicidant, Aivas (fig. 78. Cabinet des médailles); à côté de

Fig. 78.

Fig. 7^.

Castor puisant de l'eau à la fontaine des Bebryces, Kastur; à côté d'Ulysse, Uthii^e ; de Minerve, Afe/zrra; de Philoctète et Palamède, Talmethi (fig. ^6). Voici une intaille agrandie du musée de Berlin où est gravé

le conseil de guerre des héros devant Thèbes :

Adraste [Airesthe], Tydée [Tute] ^ Polynice [Phulnicé], Parthénopée {Parthanope) et Amphiaraus (Amphtiare)

Il y a présomption

qu'on se trouve en présence d'un scarabée étrusque lorsque le sujet, anépigraphe, est de ceux qu'affectionne particulièrement Part étrusque, tels que les mythes des guerres de Thèbes et de Troie, des Argonautes, de la Gorgone, du Destin, de Minerve ailée. Ces dernières divinités mêmes sont inconnues dans la glyptique grecque. Comme pour les vases peints, toutes les intailles d'un style net et franc sont plutôt grecques, tandis que celles qui paraissent des imitations ou des copies sont sûrement étrusques. Les thèmes exploités par la glyptique étrusque, même dans la dernière période de la vie autonome de l'Etrurie, ne varient pas ou plutôt ne se renouvellent pas, tandis que la glyptique grecque progresse avec le temps, puise à de nouvelles sources, s'inspire de sujets modernes : ceci tient à ce que l'Etrurie, une fois qu'elle a cessé ses rapports directs avec la Grèce, en est réduite à son inspiration personnelle et se contente d'exploiter

LA GLYPTIQUE ÉTRUSQUE. m

toujours et par routine le vieux fonds de mythes et de légendes que lui ont apporté les anciens Grecs.

En dépit de la justesse de ces observations, de cette minutieuse analyse des types et de la technique, qui prouvent que PÉtrurie avait ses ateliers nationaux de graveurs, Pidentité des gemmes étrusques et des gemmes grecques est souvent si complète, qu'on est forcément amené à conclure que la plupart des ateliers de lithoglyphes, comme ceux des céramistes, travaillaient à la fois pour les Grecs et pour les Étrusques. Que ces ateliers fussent établis les uns en Grèce, les autres en Etrurie, on ne saurait guère en douter ; mais leurs ouvriers voyageaient des uns aux autres. Il y avait, ce nous semble, comme une corporation de lapidaires ayant des établissements en Grèce et en Italie, et les communications entre ces officines étaient fréquentes, leurs artistes étudiant sous les mêmes maîtres, copiant ou imitant les mêmes modèles, s'inspirant des mêmes traditions, ayant recours aux mêmes procédés techniques, travaillant sur les mêmes matières et avec le même outillage. Et d'ailleurs, ainsi que l'a remarqué M. J. Martha *, les pierres gravées étrusques sont en cornaline, en agate, en sardoine et même en calcédoine, matières dont aucune n'est indigène en Etrurie, et qui supposent nécessairement le commerce d'importation des pierres fines.

Il est fort difficile de classer chronologiquement les intailles étrusques, bien qu'elles soient loin d'avoir toutes la même valeur artistique. Sans doute, il en est

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