‹ La gravure en pierres finesChapitre 28 sur 75 · I. Ghabouillet, Catalogue des camées, etc., n · texte numérisé non relu

I. Ghabouillet, Catalogue des camées, etc., n

gler compare au type remarquable de cette gemme les archers d^une coupe de Duris, et la figure d'Ulysse sur un vase du musée de Berlin, qui paraît reproduire une composition picturale de Polygnote. De belles monnaies d'Arcadie, qui ne sauraient être antérieures à Tan 870, ont pour type de revers un Pan assis sur une montagne au pied de laquelle on lit le nom de Tartiste, OAVM. Le graveur du coin monétaire et celui de la gemme sont-ils le même personnage? Ce que nous avons raconté de la parenté de la glyptique et de l'art monétaire, aussi bien que l'exemple de Phrygillos, rend cette conjecture très vraisemblable.

Onatas. — Le Musée britannique possède un scarabéoïde signé de ce nom (fig. 97). Le sujet, la Victoire érigeant un trophée, est inspiré d'un bas-relief bien connu du temple d'Athéna-Niké, à Athènes, aussi imité sur diverses monnaies. La Niké d'Onatas et l'Eros d'Olympios sont du même style et doivent figurer côte à côte dans la série des monuments de la glyptique grecque du iv« siècle.

En comparant les œuvres signées que nous venons d'énumérer avec celles de Syriès, de Semon et de quelques autres artistes qui représentent en glyptique l'ancienne Ecole ionienne, vous constaterez sans peine des progrès analogues à ceux qui se sont accomplisdanslagrande sculpturedurantlamême période. Mais ce n'est pas tout : tandis que les écoles de sculpture se multiplient, les ateliers de glyptique se propagent parallèlement dans les mêmes pays. Athénadès nous

Fig- 97.

transporte à Panticapée, Phygillos en Sicile, Olympios nous ramène au cœur du Péloponèse, au moment où s'illustrent les maîtres de Sicyone et d'Argos; Dexamenos personnifie pour nous la nouvelle école atticoionienne. L'engouement pour les œuvres d'art, qui caractérise les v*^ et iv'^ siècles, donne à la glyptique comme un regain de popularité, et les monuments abondent. Les inventaires du trésor du Parthénon, de l'an 400, contiennent la mention de nombreuses bagues d'or et d'argent munies de chatons qui servaient de sceaux. On conserve au musée de Berlin un petit bloc d'argile cuite avec l'empreinte d'une pierre gravée du iv siècle (fig. 98); nous y reconnaissons le buste de '^' ^ ■ Gé, posé sur un chariot chargé d'épis; la déesse de la terre se renverse en arrière pour contempler le ciel; elle porte la main gauche à son visage, tandis que, de la droite, elle saisit les tresses de sa chevelure 1. Voilà, mis en pratique chez les Grecs comme dans les anciennes civilisations orientales, l'usage de la gemme sigillaire. Chaque médecin avait son anneau, (^a/',Tu>.ioç çap[j.ax.ixr(Çj à l'aide duquel il cachetait les drogues et autres produits pharmaceutiques qu'il vendait à ses clients. Les pâtes de verre coloré par lesquelles les pauvres gens remplaçaient les gemmes trop chères pour leur bourse sont désignées sous le nom de Gçpayî(^s; ûaT^ivai; l'usage en était très répandu au temps d'Aristophane.

I. Furtwaengler, Meistenverke der griedi. Plastik, p. 257-258.

LA PÉRIODE HELLENISTIQUE.

Le siècle de Scopas, de Praxitèle, de Lysippe et d'Apelle, est illustré en glyptique par un artiste dont Pantiquiié tout entière célèbre la gloire, mais dont il ne nous est parvenu aucune œuvre signée : c'est Pyr-

Fig. 99.

Fig. 100.

gotèle. Pline, après beaucoup d'autres, le proclame le plus habile des graveurs de tous les temps, et comme il le place au même rang que les sculpteurs et le peintre dont nous venons de prononcer les noms, il est permis de croire qu'il les égalait en mérite. Alexandre ordonna qu'aucun autre que Pyrgotèle n'aurait le droit de reproduire ses traits sur une pierre précieuse, privilège qu'il avait aussi accordé à Lysippe et à Apelle dans leurs arts respectifs.

Parmi les camées et les intailles de nos musées qui représentent la tête d'Alexandre, y en a-t-il qu'on

laS LA GRAVURE EN PIERRES FINES.

puisse attribuera Pyrgotèle ou qui soient des copies ou des imitations de ses œuvres? C'est probable; mais qui pourra jamais l'affirmer avec certitude? Au Cabinet des médailles, la tête d'Alexandre paraît sur trois camées qui méritent de fixer l'attention : au point de vue artistique, ils sont dignes de Pyrgotèle. Sur le premier (fig. 99), Alexandre a les cornes d'Ammon, comme sur les tétradrachmes de Lysimaque. Sur le second (fig. 100), la tête d'Alexandre est coiffée d'un casque ceint d'une couronne de laurier et orné d'une figure de lion : c'est, plus que le premier peut-être, un portrait idéalisé, qui se rapproche du type classique des monnaies où Alexandre est en Hercule, coiffé de la dépouille du lion de Némée. Le troisième camée (fig. loi), entouré d'une riche monture du xvn® siècle, et remarquable par ses grandes dimensions, donne en très haut-relief un buste coiffé d'un casque corinthien : c'est le type même de l'Athéna des statères d'or d'Alexandre, dont les traits sont ainsi rapprochés intentionnellement de ceux de la déesse guerrière.

Pyrgotèle a dû graver plusieurs portraits différents d'Alexandre : est-ce à dire pour cela que les trois gemmes remarquables que nous venons de décrire soient l'œuvre de cet artiste ou des reproductions de ses camées ? Il serait téméraire même de le conjecturer, puisque aucun indice ne nous met sur la voie. Une réflexion pourtant s'impose : jusqu'au iv® siècle de notre ère, on ne cessa d'attacher une idée talismanique aux portraits d'Alexandre répandus à profusion dans tout l'empire romain; hommes et femmes les portaient au cou comme amulettes, et l'on a continué à placer

l'effigie traditionnelle du conquérant macédonien sur des médaillons tels que ceux du fameux trésor de Tarse, qui sont du temps de Sévère Alexandre. Eh bien, est-il absurde de supposer que les types créés par

Fig. 101.

Pyrgotèle, si célèbres encore au temps de Pline, ont dû être ainsi reproduits et propagés de préférence à d'autres moins dignes de la faveur populaire ?

Quoi qu'il en soit, quelques graveurs du m'' et du ip siècle, mieux favorisés de la Fortune que le protégé d'Alexandre, ont inscrit leurs noms sur des gemmes

ijo LA GRAVURE EN PIERRES FINES.

qu'un heureux hasard nous a conservées. Voici leurs noms et leurs principaux ouvrages ^

Pheidias. — L'inscription 0EIAIAZ ETTOEI se lit sur une hyacinthe du Musée britannique qui représente un jeune homme nu, assis sur un rocher, type qui rappelle la statue de Munich connue sous le nom de Jason ou d'Alexandre.

Lycomède. — Une tête de femme, vraisemblablement la première Bérénice, le front surmonté de la coiffure d'Isis, est signée ATKOMHAHZ. Calcédoine de la collection Tyskievickz.

Philon. — Sur un chaton de bague de la même collection, trouvé à Athènes, un excellent portrait d'homme imberbe, de profil, est signé OIAflN ETTOEI.

Onesas. — On lit ONHCAC €nOI€l à l'exergue d'une pâte de verre antique du musée de Florence, qui a pour type une Muse appuyée sur un cippe et jouant de la lyre; sur le cippe, une statuette debout. Une cornaline du même musée porte aussi la signature d'Onesas, à côté d'une tête d'Héraclès jeune, de profil, pareille au type de monnaies d'argent frappées par les Romains en Campanie, environ 3oo ans avant notre ère.

Athenion. — La signature AOHNIflN est en relief à l'exergue d'un camée du musée de Naples, qui représente Zeus dans un quadrige, foudroyant les Géants anguipèdes (fig. 1 02). Au point de vue du style, M. Furtwaengler a reconnu entre ce camée et le grand bas-

I. Sur tous ces artistes, voyez principalement l'étude déjà citée de M. Furtwasngler : Studien ûbev die Gemmen mit Kunstlerinschriften, dans le lahrbiich des kais. dent, archœol. Instituts, 1888 et 1889.

Fis. 102.

LA PÉRIODE HELLÉNISTIQUE. iji

relief de l'autel des Géants, à Pergame, une parenté si étroite, qu'il est vraisemblable qu'Athenion travaillait à la cour d'Eumène II (197-159). Il existe au Cabinet de Vienne un autre camée où l'on voit aussi Zeus foudroyant les Géants du haut de son char; sa seule différence avec le camée de Naples, c'est qu'il est sans signature.

Que conclure de là? Athénien avait-il exécuté deux camées semblables, l'un signé, l'autre anonyme? Un autre artiste a-t-il pris à tâche de copier servilement son œuvre ? Le même modèle sculptural a-t-il été reproduit en glyptique par deux artistes différents?

Le Musée britannique possède enfin, avec la signature d'Athenion, un camée qui représente Eumène II dans un bige dirigé par Athéna : c'est sans doute une allusion au triomphe du roi de Pergame sur Prusias de Bithynie ou sur Persée de Macédoine.

Athenion représente en glyptique l'école de Pergame; les deux camées qui nous restent de lui attestent qu'il était digne de figurer à la cour des Attalides, à côté de sculpteurs tels qu'Isigonos, Phyromachos, Stratonicos et Antigone; comme eux il traite de préférence les sujets qui célèbrent la gloire des rois pergaméniens ou les épisodes mythologiques qui y font une allusion emblématique; comme les sculptures de Pergame, les camées d'Athenion portent l'empreinte d'un style fougueux et mouvementé servi par une habileté technique que l'on retrouve, d'ailleurs, dans la plupart des

œuvres de Tépoque hellénistique. Nous sommes loin des scènes calmes, tranquilles et majestueuses traitées par les lithoglyphes comme par les grands sculpteurs du V® siècle.

Seleucos. — C'est la signature d'une intaille sur améthyste, de la collection Garlisle, représentant Philoctète ' .

Protarchos. — Un camée du musée de Florence représente un Éros Jouant de la lyre sur un lion en marche ; à l'exergue, l'inscription TTPflTAPXOl ETTOEI (on a lu longtemps IlXwTapjcoç). Le nom de Protarchos se trouve aussi sur un camée représentant Aphrodite et Éros, qui fait partie d'une collection privée-.

Anaxilas. — On a souvent qualifié de portrait de M. Junius Brutus la tête qui figure sur un chaton de bague du musée de Naples signé ANAIIAA2 EFTOEI. C'est une œuvre plus ancienne, qui peut remonter jusqu'au temps des guerres d'AnnibaP.

Scopas. — Ce nom est inscrit au nominatif, à côté d'une tête d'homme imberbe, intaillée sur une belle hyacinthe de la bibliothèque de Leipzig. 11 n'est pas probable que le graveur soit le même personnage que le sculpteur fameux des bas-reliefs du Mausolée.

Boethos. — La signature BOH0OT se trouve en relief sur un camée de la collection Beverley qui représente Philoctète assis, pansant la blessure de son pied droit et tenant une aile d'oiseau.

Nicandre. — Un buste de femme, que son style et

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