‹ La gravure en pierres finesChapitre 30 sur 75 · IÎ · texte numérisé non relu

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la glyptique de l'époque hellénistique. Pyrgotèle, Pheidias, Lycomède, Philon, Anaxilas, Nicandre, signent des portraits de princes ou de particuliers, et les œuvres anonymes de cette période conduisent à la même constatation. APimitation d'Alexandre, ses généraux aiment à se faire représenter sur les gemmes aussi bien que sur les médailles avec les attributs des divinités sous la protection desquelles ils se plaçaient ou dont ils se proclamaient les enfants.

La tête de Seleucus Nicator avec le casque d'Achille est sur un beau fragment de camée de la collection de Luynes. Persée, le dernier roi de Macédoine a, sur un camée du Cabi-

Fig. 103.

net des médailles (fig. io3), son buste revêtu de Tégide, la tête coiffée de l'antique causia macédonienne sur laquelle est sculpté un épisode du combat des Centaures et des Lapithes. On reconnaît l'effigie de Ptolémée Soter ou de Démétrius Poliorcète dans l'effigie d'un personnage figuré debout avec les attributs de Zeus, sur une cornaline du musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg.

La pièce maîtresse de la collection impériale de Russie est un camée anonyme de cette même période, aussi remarquable par ses proportions (160™™ X 120)

que par la finesse de l'exécution et la beauté de la matière. Il représente les bustes conjugués de Ptolémée II Philadelphe et d'Arsinoé (fig. 104). Ce camée, connu jadis sous le nom de Camée Gonzaga, parce qu'il a longtemps appartenu aux ducs de Mantoue, a fait partie, au commencement de ce siècle, de récrin de l'impératrice Joséphine qui le donna à l'empereur Alexandre, en 1814, en souvenir d^une visite que ce dernier fit à la Malmaison, lors de l'entrée des alliés à Paris. Ingres a voulu dessiner pour Vlconogra phie grecque de Visconti cette gemme splendide dont la vue avait fait palpiter son âme d'artiste.

Un autre camée qu'on rapproche souvent de celui-ci, bien qu'il soit moins grand et moins beau et qu'il ait subi une restauration maladroite, est au Cabinet impérial de Vienne; il représente aussi deux bustes conjugués auxquels on a donné, sans de bien bonnes raisons, les noms de Ptolémée VI et Cléopâtre. Ces belles reliques de la glyptique égyptienne nous font reconstituer par la pensée le faste inouï de la cour des Lagides,

Fig. 104.

dont les historiens d'ailleurs se sont fait souvent les interprètes.

L'époque ptolémaïque est celle où Ton commença à tailler dans des blocs de pierre fine ces beaux vases aux nuances diapre'es et translucides, qui éblouirent tant les Romains, lors des triomphes de Lucullus et de Pompée, et qu'on désignait, semble-t-il, sous le nom de vases murrhins. La description quelque peu obscure que Pline donne des vases murrhins, en nous apprenant que Pompée, le premier, les fit connaître aux Romains, s^adapte assez bien à la nature des coupes d'agate et peut-être d'ambre et de jade dont quelques échantillons sont le grand attrait de nos musées. « L'éclat de ces vases, dit-il, n'en est pas vif, et ils sont plutôt luisants qu'éclatants; mais on y estime surtout la variété des couleurs se dessinant sur leur contour en veines successives et offrant les nuances du pourpre, du blanc et d'une troisième couleur de feu, où les autres semblent se confondre par transition, comme si la pourpre blanchissait ou que le lait devînt rouge. Quelques amateurs prisent surtout les extrémités et certains reflets, comme dans l'arc-en-ciel; d'autres aiment les taches opaques; pour eux, c'est un défaut que la transparence ou la pâleur d'une partie quelconque. On estime encore les grains, les verrues qui ne font pas saillie, mais qui sont sessiles, comme parfois celles du corps humain. L'odeur que cette pierre exhale est aussi appréciée. » Pline ajoute que ces vases venaient d'Orient, surtout de la Carmanie, et qu'on les croyait « formés d'une humeur qui s'épaissit sous terre par la chaleur». Philostrate prétend qu'ils venaient de l'Inde, et il en

cite d'assez grands « pour que le contenu d'un seul puisse fournir copieusement à boire à quatre personnes alte'rées pendant l'été ».

Le plus remarquable des vases murrhins qui nous soient parvenus est le célèbre canthare dionysiaque du Cabinet des médailles, vulgairement désigné sous le

Fig. 105.

nom de coupe des Ptolémées ou de Mithridate (fig. io5). Nous avons dit plus haut le temps qu'il fallait aux anciens pour user l'agate par un frottement à la poudre d'émeri, qui pouvait durer des années entières; on a évalué à trente ans l'espace de temps nécessaire à l'exécution de la coupe des Ptolémées; mais aussi quel résultat! Toutes les générations n'ont eu qu'une voix pour célébrer les sensations raffinées, le ravissement que procure la contemplation de ce vase, dont le moyen âge émerveillé fit le plus précieux des calices. L'artiste paraît s'être, comme à plaisir, joué des diffi-

cultes et avoir en quelque sorte provoqué la nature en multipliant les détails, en affouillant la matière avec rage pour la contraindre à incorporer les capricieuses conceptions de son génie. Au milieu de ces fines découpures de branches et de feuilles, ciselées à jour, en couches superposées, nous retrouvons tout Tattirail des pompes dionysiaques : tables sacrées, hermès priapiques, rhytons, masques, voiles, guirlandes, torches, boucs et panthères. Sur les deux faces, c'est un tableau champêtre encadré de vieux chênes et de pommiers au tronc noueux et au feuillage touffu auquel se marient des lianes grimpantes, des branches de lierre ou des ceps de vigne chargés de raisins. Douze masques riants ou grimaçants, glabres ou hirsutes, cornus, voilés, couronnés de lierre ou de laurier ou ceints de la torsade de laine blanche, sont accrochés au hasard dans le feuillage ou répandus sur le sol. Un grand voile noué aux branches s^étend mystérieusement audessus d'un abaque chargé d'offrandes, d'ex-voto à Bacchus et de vases de toutes formes, cratères, cylix, œnochoés, canthares, qui servent d'ordinaire aux libations orgiastiques. Dans ce sanctuaire rustique du dieu de Nysa, nous voyons encore, au milieu des oscilla, les statues de Demeter et de Priape, des syrinx, des cymbales, un tympanon, un thymiatérion, le serpent qui s'échappe de la ciste mystique, deux torches renversées, un céras ou corne à boire, le pedum, la nébride et la besace des bergers et des satyres, le van sacré, puis deux oiseaux qui tressaillent et battent des ailes, des boucs, une panthère qui s'enivre de vin. Pour célébrer la fête joyeuse, on n'attend plus que le pon-

tife de Bacchus et son cortège. Comment parler des chatoiements diaprés de la gemme, de sa limpidité, de sa transparence, de ses tons doux ou éclatants, qui passent du brun foncé ou clair aux nuances rouges, jaunâtres, laiteuses, grises, cendrées, rappelant, par places, cette couleur de la corne ou de Pongle d'où est venu à la pierre le nom d'onyx ? J'aimerais à voir la coupe des Ptolémées étinceler sous un rayon de soleil, telle qu'elle paraissait dans les orgies champêtres, aux mains du roi d'Egypte, pontife de Bacchus, et non plus, comme aujourd'hui, dans la demi-obscurité d'une vitrine mal éclairée.

On a coutume de rapprocher de la coupe des Ptolémées celle du musée de Naples, connue sous le nom de Tasse Farnèse (fig. io6 et 107). Cette dernière est une cylix sans pied, sculptée sur ses deux faces : sur la partie convexe, une tête de Gorgone en relief; à l'intérieur, un sujet égyptien d'une interprétation malaisée. Est-ce Triptolème instruit par Cérès, Bacchus, Antoine et Cléopâtre ? ou bien Isis, la terre d'Egypte, appuyée sur le sphinx et accompagnée du Nil et d'Horus ? ou enfin tout simplement une représentation rurale de l'Egypte après la moisson ? De cette incertitude dans l'interprétation, on aurait tort de conclure que la Tasse Farnèse n'a été exécutée qu'à l'époque de la Renaissance. Laurent de Médicis la possédait déjà en 147 1, et, à cette époque, la glyptique du xv" siècle eût été impuissante à exécuter une œuvre semblable ^

L'histoire de ces précieux monuments, qui sont

I. E. Muntz, Hist. de l'art pendant la Renaissance, t. I, p. 696.

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passés de main en main à travers les âges et dont nous ne sommes pas redevables à d^lieureuses découvertes archéologiques, est enveloppée de nuages et se perd

Fie. io6.

dans des légendes apocryphes jusqu'au jour où nous les trouvons utilisés dans le culte chrétien. Les vases murrhins,qui figuraient dans la pompe dionysiaque de Ptolémée Philadelphe, étaient sans doute analogues à ceux-ci, mais à cette constatation doivent s'arrêter les conjectures. Mithridate, ce demi-barbare, élevé chez les Grecs, eut aussi la passion des pierres gravées.

LA PÉRIODE HELLÉNISTIQUE. i^i

Il donna son portrait nîonté en bague au sophiste Aristion, et sa collection de gemmes est la première dactyliothèqiie que mentionnent les auteurs. Quand

Fig. 107.

les Romains mirent la main sur son trésor de Taulara, dont Tinventaire dura trente jours, on y compta Jusqu'à deux mille tasses d'onyx serties dans des montures en or. Tout ce riche butin figura dans le triomphe de Pompée et fut déposé en ex-voto dans le temple de Jupiter Capitolin,

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