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Fis
Satyres, des Bacchantes, Cybèle, la Fortune, Bonus Eventus, tous sujets simples, types de statues, pareils à ceux qui forment les revers les plus ordinaires des monnaies romaines. Les groupes de deux ou trois personnages, les scènes mythiques deviennent rares ; comme types intéressants, nous citerons, au Musée britannique, le satyre assis à terre avec deux flûtes devant lui, copie du revers d'un denier d'Auguste; la Minerve assise qui a servi de cachet au médecin Hérophile, comme en fait foi rinscription : HEROPHILI OPOBALSAMVM; le groupe qui représente l'assemblée des douze dieux, avec la légende grecque explicative : £/>/.>/;Gia 6sôov ev Ôlu[Axw; enfin, cette autre gemme où l'on voit Mars et Vénus debout se regardant (fig. 114) : la pose et le vêtement de la déesse rappellent la Vénus de Milo; Mars écoute complaisamment sa compagne; l'Amour est derrière lui. Une inscription gravée après coup dans le champ (MGIAETCS ERSS) paraît fournir les noms abrégés du possesseur du cachet ou une formule magique dont le sens nous échappe. Parmi les sujets de genre, extrêmement nombreux, nous relevons presque au hasard, dans les vitrines du Cabinet des médailles : des athlètes, des cavaliers, des gladiateurs, des masques comiques ou tragiques, des chasseurs. Voici une cornaline qui représente un sculpteur assis sur le sol. à l'ombre d'un arbre, et creusant au ciseau les cannelures d'un vase de marbre (fig. ri 5).
iS8 LA GRAVURE EN PIERRES FINES.
ii. les pierres gravees avec signatures
d'artistes
Durant la période romaine comme dans les siècles antérieurs, il est rare de rencontrer des signatures sur les pierres gravées. D'où vient cette omission si regrettable pour nous ? cette modestie excessive d'artistes si dignes de l'immortalité? Pourquoi quelques œuvres privilégiées nous ont-elles, seules, conservé les noms des maîtres auxquels on les doit? Un singulier hasard veut, d'autre part, que les historiens célèbrent l'habileté de certains graveurs, tels que les Grecs Cronios et Apollonidès, qui ne nous ont laissé aucun témoignage de leur talent, tandis que la plupart des artistes dont nous allons énumérer les œuvres signées n'ont même pas été remarqués par les écrivains de leur temps. Comme la Fortune, la Renommée est une déesse aveugle, et il faut nous incliner devant ses caprices.
Dioscoride. — Le nom de Dioscoride domine le siècle d'Auguste, comme Pyrgotèle personnifie celui d'Alexandre. Mais plus heureux que son émule en renommée, Dioscoride nous a laissé des pierres gravées qui portent son nom. et nous n'en sommes pas réduits à l'admirer seulement de confiance, d'après la réputation que les anciens lui ont faite. Pline et Suétone le signalent comme un maître hors de pair dont le chefd'œuvre fut un portrait d'Auguste. Ce portrait ne nous est pas parvenu, ou plutôt, parmi les gemmes qui reproduisent les traits d'Auguste, aucune ne porte son
nom *. La signature authentique de Dioscoride se trouve seulement sur les pierres suivantes :
1. Hermès domptant Cerbère; camée sur sardonyx du musée de Berlin. La tête du dieu rappelle celle de FHercule Farnèse ; Tinscription AIOCKOTPIAOT est à Pexergue, en lettres très ténues.
2. Hermès debout de face, vêtu de la chlamyde, coiffé du pétase et tenant le caducée; intaille sur cornaline de la collection Marlborough. C'est manifestement la copie d'une œuvre sculpturale; M. Furtwœngler en rapproche la statue du Vatican connue sous le nom de Phocion 2.
3. Hermès debout portant le caducée et une tête de bélier sur un plateau; intaille sur cornaline de l'ancienne collection Carlisle.
4. Diomède enlevant le Palladium et descendant précipitamment les degrés de l'autel, le glaive à la main ; dans le champ, AIOCKOTPIAOT, comme sur les deux pierres précédentes. Intaille sur cornaline, de la collec-
1. Plusieurs gemmes, parmi lesquelles il faut citer le camée de la collection Ludovisi, à Rome, avec la tête d'Auguste, portent la signature AIOCKOTPIAOT, gravée par un faussaire moderne. Nous croyons devoir avertir le lecteur, une fois pour toutes, que nous avons pris à tâche de ne citer, dans les ciiapitres consacrés à Tantiquité, que des œuvres et des signatures que nous croyons pouvoir considérer comme authentiques. Le nombre des gemmes sur lesquelles des graveurs modernes ont inscrit des noms d'artistes de l'antiquité est extrêmement considérable; le crédit que ces pierres fausses ont trouvé auprès des collectionneurs des derniers siècles a fait prendre rang dans les musées à la plupart d'entre elles.
2. Furtwaengler, Studien ûber die Gemmen mit Kiinstlerinschriften dans le lahrbuch des hais. dent, archœol. Instituts, t. III (1888), p. 219.
Fig. 11(5.
Fig. 117.
tion du duc de Devonshire (fig. 116). L'enlèvement du Palladium est un des thèmes favoris de Part gréco-romain. Dioscoride n'a fait que copier un modèle de peinture ou de sculpture qu'il avait sous les yeux; d'autres graveurs ont non seulement suivi son exemple, mais reproduit son
œuvre, qu'on retrouve même sur des pâtes de verre.
5. Buste de Démosthène, de face (fig. 1 17); intaille sur améthyste de la collection du prince de Piombino, à Rome. Copie de la tête du Démosthène attribué à Polyclète.
6. Buste de lo ou d'Artémis Tauropole, diadémée, avec de petites cornes aux tempes, les cheveux épandus sur le cou; cornaline du musée de Florence.
7. Tête de Cicéron; améthyste du Cabinet des médailles (fig. 118). La signature AIOCKOTPIAOT est dans le champ. Ce beau portrait de vieillard chauve,
imberbe, a été appelé tour à tour Solon et Mécène : c'est sous ce dernier nom qu'il est généralement connu. Mais récemment M. Furtwaengler, en le comparant au buste en marbre d'Aspley House, à Londres, a démontré que c'est le portrait de Cicéron dans les dernières années de sa vie ^.
Solon. — Cet artiste, que l'on ne connaît que par ses oeuvres, fut le contemporain et l'émule de Dioscoride.
I. Furtwaengler, op. cit., p. 297 et suiv. Ce savant conteste à tort l'authenticité de cette gemme.
PIERRES GRAVEES AVEC SIGNATURES. i6i
Les gemmes sur lesquelles sa signature paraît authentique ^ sont les suivantes :
1. Diomède enlevant le Palladium; à l'exergue, COACON €rTOI€l. Le style et Texe'cution technique peuvent soutenir la comparaison avec la gemme de Dioscoride qui représente le même sujet. Signalée en Italie en Tan 1600, cette pierre est aujourd'hui perdue, mais une reproduction moderne, faite d'après l'antique, est au musée de Berlin.
2. Buste de Bacchante, avec l'inscription COAflN. Gemme aussi égarée, et qu'on ne connaît que par une pâte de verre du musée de Berlin. Copie probable d'une statue grecque du v® siècle.
3. Tête de Cicéron, signée COAflNOC. Ce portrait est pareil à celui qui porte la signature de Dioscoride. La gemme était déjà en iS/o dans la collection de Fulvio Orsini, et l'on prenait à cette époque le nom de l'artiste pour celui du personnage représenté : c'est ainsi que le nom du législateur Solon fut appliqué à cette belle intaille et à celle de Dioscoride. Le régent Philippe d'Orléans reconnut l'erreur dans laquelle on était tombé, et proposa de substituer le nom de Mécène à celui de Solon. Mais l'attribution qui, désormais, ne peut plus être changée, est due à M. FurtWEengler. 11 existe de nombreuses reproductions modernes des gemmes de Solon et de Dioscoride.
Aspasios. — Nous avons eu déjà l'occasion de signaler l'intaille de Vienne, signée de cet artiste, qui reproduit le buste de l'Athéna Parthenos (fig. 119), de
I . Voyez ci-dessous la célèbre Méduse Strozzi, avec la signature moderne ZOAflNOC (p. 295, fig. 198).
Fig. iip.
Phidias. Par le souci minutieux du détail, cette copie tardive mais sincère du plus fameux des chefs-d'œuvre
du V® siècle fournit des éléments essentiels pour la reconstitution de la statue; aussi les historiens de l'art grec l'ont-ils maintes fois invoquée et analysée.
Un hermès de Dionysos Pogon, au Musée britannique, et un fragment, du musée de Florence, qui ne comporte plus qu'une poitrine drapée et l'extrémité d'une barbe épaisse (Jupiter ?), telles sont les seules gemmes signées ACnACIOT, qui nous révèlent un artiste du temps d'Auguste, envers lequel nous ne serons Jamais assez
reconnaissants de nous avoir légué les traits fidèles de la Parthenos d'Athènes.
Glycon. — Un beau camée du Cabinet des médailles (fig. 120) représente Amphitrite ou plutôt la néréide Galéné emportée sur les flots par un monstre marin, à corps de taureau, dont la croupe est recourbée en replis tortueux. Un
Fig. 120.
PIERRES GRAVÉES AVEC SIGNATURES. i<îj
dauphin et des amours jouent autour de la nymphe ; dans le champ, la signature FATKCON, qui paraît suspecte à quelques critiques.
Rufiis. — Victoire dirigeant un quadrige; en creux, l'inscription POT0OC €11061 ; camée du musée de l'Ermitage. Le graveur Rufus a copié un tableau de Nicomachos, ainsi désigné par Pline : Victoria quadrigam in sublime rapiens. Cette peinture, que L. Munatius Plancus rapporta de Grèce pour la faire placer au Capitole, a aussi été interprétée dans le revers d'un denier qu'un de ses parents, L. Plautius Plancus, fit frapper à Rome vers l'an 45 avant notre ère.
Agathopus. -~ On lit AfAGOnOTC €17061 sur une aigue-marine de Florence, qui donne le portrait d'un Romain, imberbe et âgé, de la fin de la république; on a voulu y reconnaître à tort Cnaeus Pompée.
Sosos. — Une tête de Méduse ailée, de profil, les yeux baissés, sur une calcédoine signalée par Brunn * dans la collection Blacas, mais égarée aujourd'hui, porte à l'exergue l'inscription CCO- COCA (?) qui est peut-être authentique.
Pamphile. — La plus belle des intailles du Cabinet des médailles est une améthyste qui nous révèle le nom de l'artiste Pamphile (fig. 121). Elle représente Achille assis sur un rocher, pleurant l'enlèvement de Briséis et cher- ^'S- '^'• chant une consolation dans les doux accords de sa lyre; ses armes sont à ses pieds. L'attitude et les pro-
I. H. Brunn, Geschichte der griech. Kiinstler, t. II, p. 583.
i64 LA GRAVURE EN PIERRES FINES.
portions du héros font penser au Mars Ludovisi, qui lui est peut-être contemporain. L'éclat si doux et si pur de la gemme vient ici s'ajouter à l'inimitable perfection de la gravure. C'est un ancêtre du cardinal Fesch qui donna cette améthyste au roi Louis XIV.
Sur une autre améthyste du Cabinet des médailles, qui représente une tête de Méduse de profil, pareille à celle de Sosos, on lit en deux lignes le nom de Pamphile ; la pierre est antique, mais la signature de l'artiste a pu être ajoutée par une main moderne.
Apollonios. — Au musée de Naples, on lit la signature ATTOAAflNIOT sur une améthyste qui représente Artémis chasseresse, debout sur un rocher; c'est une œuvre remarquable, peut-être inspirée de l'Artémis de Praxitèle à Anticyre, dont nous connaissons le type par les monnaies de cette ville.
Eiitychès. — Dioscoride eut trois fils qui s'illustrèrent après lui dans la gravure en pierres fines : Eutychès, Hérophile et Hyllus. Le premier, Eutychès, a gravé un cristal de roche déjà signalé au commencement du xv^ siècle par Cyriaque d'Ancône, et qui vient d'entrer au musée de Berlin (fig. 122). Cette gemme célèbre représente un buste d'Athéna, de face, sans doute d'après une statue ;
Fig.*'l22. ... . . . ,.
1 inscription en trois lignes est :
€TTTXHC AIOCKOTPIAOT Air€AIOC €n(oi£t). Nous apprenons par là qu'Eutychès était fils de Dioscoride et originaire d'Aegae en Cilicie, patrie probable de Dioscoride lui-même.
Herophile. — Un camée de Vienne représente la tête laurée de Tibère de profil, avec Tinscription gravée en creux HPOOIAOC AIOCKOTP(uW).
Hyllus. — Le troisième fils de Dioscoride, Hyllus, a parfois été confondu avec un autre graveur du nom d'Aulus, dont nous parlerons bientôt. Les œuvres d'Hyllus qui nous sont parvenues sont les suivantes :
1. Camée du musée de Berlin, représentant le buste d'un Jeune satyre riant, les cheveux en désordre, de profil à droite. A gauche de la tête, on lit en trois lignes : TA AOC AIOCKOTPI AOT ŒOKI (fig. 1 23).
2. Thésée debout, nu, dans une attitude conforme au canon de Polyclète, et s'appuyant sur sa massue; dans le champ, TA AOT ; sardonyx du musée de Berlin.
3. Buste d'Apollon de profil, la poitrine drapée; devant le cou, la signature TAAOT. Cornaline du musée de l'Ermitage. Cette gemme a appartenu à Laurent de Médicis, ce qu'indique l'inscription LAVR. MED. que ce prince y fit graver comme sur toutes les
gemmes qu'il avait rassemblées.
4. Tête barbue d'un barbare, de profil, ceinte d'une couronne ; sous le cou, l'inscription TAAOT. Cornaline du musée de Florence, ■^'s- '**• 5. Taureau dionysiaque grat-
tant le sol de ses pieds de devant et foulant un thyrse; la signature est dans le champ. Calcédoine du Cabinet des médailles (fig. 124).
i66 LA GRAVURE EN PIERRES FINES.
Alexas. — La seule gemme signée de ce nom est un fragment de camée du Musée britannique qui représente un hippocampe armé d^un aviron, type copié sur des monnaies grecques; le mot AAEEA est en relief.
Des intailles que nous allons passer en revue établissent qu' Alexas avait deux fils, Aulus et Quintus, qui sMUustrèrent comme leur père dans la glyptique; les fils du Grec Alexas prennent des prénoms romains, ce qui ne les empêchera pas, suivant l'usage général, de signer leurs œuvres en grec.
Aldus j fils d? Alexas. — Le nom d' Aulus se rencontre sur de nombreuses gemmes, parmi lesquelles les suivantes semblent authentiques.
1. Deux pâtes de verre exécutées dans l'antiquité, d'après un camée représentent Poséidon et Amymone; l'une appartient au Musée britannique, l'autre à un particulier. L'inscription ATAOC AAEZA €nOI€l nous apprend qu' Aulus était fils d'Alexas.
2. Éros clcmant un papillon à un tronc d'arbre; dessous, ATAOC. Hyacinthe aujourd'hui égarée, qui faisait
partie de la collection de Fulvio Orsini; on en a des répliques, sans signature.
3. Éros, les pieds enchaînés, condamné au travail comme un esclave; il pleure, la tête dans ses mains, qui reposent sur le manche de sa houe; à ^'«- '^5- l'exergue, ATAOC (fig. i25). Camée publié au siècle dernier par Bracci* et égaré aujourd'hui. 4. Aphrodite assise sur un rocher, les jambes en-
t. Bracci, Memorie degli antiqui incisori, pi. xxxiii.
Fie. 12(3.
veloppées dans une draperie et jouant avec un Éros qui voltige devant elle; à l'exergue, ATAOC (fig. 126). Le sujet, remarquablement gravé, paraît être la reproduction d'une composition picturale.
Cornaline du Musée britannique.
5. Personnage dans un quadrige au galop; la signature est au génitif, ATAOT. Il s'agit ici vraisemblablement de la copie d'une statue grecque de la bonne époque ou d'un type monétaire comme ceux des monnaies syracusaines du iv« siècle. Pâte de verre moderne, mais coulée sur l'antique, du musée de Berlin.
6. Cavalier armé de la lance et du bouclier; à l'exergue, ATAOT. Sardonyx du musée de Florence.
7. Tête d'un jeune satyre de face, publiée par Winckelmann * ; la signature est ATAOT.
8. Buste d'Artémis, signé ATAOT. Copie d'une statue d'ancien style grec ; le travail est remarquable. Hyacinthe de l'ancienne collection Ludovisi, à Rome.
9. Sur une cornaline du musée de Berlin, on voit un coq et une poule, avec la signature fragmentée ... AOT, qui peut être le nom d'Aulus ou celui d'Hyllus. On a d'ailleurs souvent confondu ces deux artistes.
Qiiintus, fils d^Alexas. — Son existence et sa filiation nous sont révélées par un fragment de camée en sardonyx, conservé au musée de Florence. Il ne reste malheureusement de ce monument que les jambes bien musclées d'un homme vigoureux, en marche, comme le