I. Chabouillet, Catalogue des camées, etc., n
la gravure des pierres fines se ressent de cette prédilection et elle a produit parfois de petits chefs-d'œuvre d'éle'gance et de bon goût. On raconte que Tamerlan entretenait à sa cour un grand nombre de graveurs; le plus habile se nommait Altoun, et, au dire des historiens arabes, il exécuta des prodiges de calligraphie.
Le luxe des bagues, chez les Arabes et les Persans, était aussi grand que chez les Orientaux d'autrefois. Chacun avait son anneau, et Ton en portait parfois non seulement à tous les doigts, mais Jusqu'à cinq ou six dans le même doigt; le même individu pouvait en avoir jusqu'à quinze ou vingt à ses mains, sous ses vêtements ou dans sa bourse.
Pour tout musulman, le cachet est en même temps un talisman, et l'on attribue des vertus surnaturelles à la fois à la gemme en elle-même et à la formule pieuse dont elle était souvent ornée. Suivant les lapidaires arabes, le rubis fortifie le cœur, garantit de la peste, de la foudre et de la soif, arrête les hémorragies ; l'émeraude guérit de la morsure des vipères, chasse les démons, préserve des attaques d'épilepsie ; la cornaline, l'hématite, l'onyx ont aussi des propriétés spéciales qu'il serait superflu de rapporter.
Par suite de préjugés du même genre, la perte du cachet était considérée comme un présage de mauvais augure. Le calife Osman ayant laissé tomber dans un puits le sceau de Mahomet, on vit dans cet accident l'annonce des calamités publiques qui survinrent peu après, et cette année-là fut appelée « l'année de la perte de l'anneau ».
Souvent les talismans arabes ont la forme de cœurs
et contiennent des lettres ou des chiffres mystérieux et cabalistiques. Les plus efficaces des porte -bonheur
sont les cachets sur lesquels figure le roi Salomon. Certains d'entre eux, investis de la même vertu que le fameux anneau de Gygès, ont la re'putation de rendre invisibles ceuxqui les portent.
Sur celui-ci, en cornaline, conservé au Cabinet des médailles (fig. i54), on voit le roi Salomon, assis sur son
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trône, entouré de démons ; à ses pieds, les hommes et les animaux qui lui sont soumis. A droite vole vers lui la huppe, son fidèle messager dans ses entretiens avec Balkis, la reine de Saba; dans le champ, on lit : Soliman, fils de David, et dans la bordure qui sert de cadre à cette composition, le vet'set du trône (256 de la surate II du Coran).
Les Persans, les Syriens, les Arméniens, les Turcs eurent et ont encore aujourd'hui, dans leurs langues respectives, des cachets analogues à ceux des Arabes. Mais, en dehors du point de vue calligraphique, ces œuvres de glyptique n'offrent pas grand intérêt. Il y a pourtant quelques exceptions à signaler, par exemple cette intaille sur cristal de roche (fig, r55. Cabinet des Médailles), qui représente un personnage armé d'une lance et accompagné d'une légende en
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écriture estranghelo du haut moyen âge. Une autre exception est toute moderne, et nous la considérerons comme la dernière étape de Tart de graver les agates en relief dans ces régions de la haute Asie, qui, jadis, virent éclore tant de merveilles. Il s'agit d'un magnifique camée (fig. i56. Cabinet des médailles), de tra-
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vail persan ou hindou, qui porte le nom du grandmogol Chah-Djihan, père d'Aureng-Zeib, prince qui monta sur le trône des Timourides en 1627. C'est une belle sardonyx à trois couches sur laquelle est figuré Chah-Djihan coupant en deux avec son sabre un lion qui dévore un homme terrassé sous ses griffes puissantes. On ne saurait s'y tromper : c'est le souvenir d'Hercule et du lion néméen, interprété par un artiste hindou ou persan qui, d'ailleurs, a signé son œuvre : « Fait par Kan-Aten ». N'est-il pas étrange
ao<5 LA GRAVURE EN PIERRES FINES.
de voir la glyptique perpétuer dans ces lointaines régions, jusqu"'au seuil de Tépoque contemporaine, non seulement les traditions de la mythologie hellénique, mais les procédés techniques introduits là-bas par Finvasion macédonienne trois siècles avant notre ère ? Arrêtons-nous sur ce dernier souvenir classique, car l'extrême Orient n'est plus de notre domaine. Les merveilles artistiques que les ouvriers chinois exécutent sous nos yeux, avec le jade et l'onyx, constituent un monde à part, un chapitre hétéroclite de la gravure en pierres fines, qui ne se rattache ni par ses origines, ni par les formes variées de ses produits, à l'art que nous avons vu naître et se développer dans l'Asie antérieure et le bassin de la Méditerranée i.