I. M. Paléologue, VArt chinois, p. i55 et suiv
tenue par le luxe et l'opulence des temps pacifiques. Bien rares sont les gemmes gravées dans l'occident de l'Europe, postérieurement à l'établissement des Barbares sur le sol de l'empire, et la technique de celles qui sont signalées est si rudimentaire qu'on ne saurait hésiter à reconnaître que la tradition antique est perdue. En revanche, s'ils laissèrent s'éteindre dans leurs mains trop rudes le flambeau des arts, les Barbares tombèrent dans une admiration naïve à la vue de ces agates irisées, de ces coupes d'or et d'argent constellées de gemmes, de ces vases murrhins décorés de reliefs chatoyants, merveilles enfantées par le génie de ces Romains qu'ils avaient subjugués. Ils les recueillirent curieusement, comme des talismans, comme les joyaux les plus riches dont on pût se parer, les ex-voto les plus agréables à Dieu et à ses saints. Au surplus, l'exemple séduisant des empereurs byzantins n'était-il pas là, avec tout son prestige? Voilà pourquoi des Barbares comme le roi goth Amalaric [j- 53o) ont des collections de pierres précieuses; pourquoi le Franc Childebert donne à l'église Saint-Germain-des-Prés une croix d'or enrichie de gemmes; pourquoi Brunehaut, lors de son mariage avec Sigebert, en 566, offre à l'église Saint-Etienne d'Auxerre un calice en agate {ex lapide onychino), monté en or, sur lequel était gravée l'histoire d'Enée, avec une légende explicative en lettres grecques; pourquoi enfin, parmi les riches présents que fait la reine des Lombards, Théodelinde (f 625) à l'église de Monza, figure une coupe de calcédoine avec une monture en vermeil rehaussée de pierreries. Comme les temples païens d'autrefois, les
églises reçoivent en cadeau les œuvres de la glyptique, transformées en pieux ex-voto, et utilisées par les orfèvres chrétiens dans la décoration des croix, des châsses, des reliquaires, des vases sacrés, des vêtements sacerdotaux, des couvertures des manuscrits liturgiques. Les ais de la couverture de Tévangéliaire de Théodelinde, aujourd'hui dans le trésor de Monza, sont encore ornés de camées romains. Non seulement saint Éloi et ses émules s'ingénient à embater des cabochons, des camées, des intailles sur les plus précieux produits de leur industrie, mais ils incorporent dans les chatons des bagues les intailles romaines, qui conservent ainsi leur destination première, tout en passant dans des mains plus grossières. Il y a peu d'années, on a trouvé à Saint-Chamont (Corrèze) l'anneau sigillaire d'un certain Donobertus, qui vivait au vji" siècle (fig. i5y). Le chaton de cette bague en or est une cornaline antique dont le sujet est la Fortune debout. Sur le rebord métallique qui forme l'encadrement de la gemme, on lit : + DONOBERTVS FEET MDICMT [Dojîobertiis fecit medicameittum) ^ On n'en saurait douter, le médecin Donobertus apposait ce cachet sur les boîtes
I. M. Deloche, dans la Revue archéologique, nouv. sér.,t. XL, 1880), p. 19-20; Lecoy de la Marche, les Sceaux, p. tS.
Fig- ïS7-
OU les fioles renfermant ses médicaments. Le Cabinet des médailles possède un anneau du même temps, trouvé près de Saintes : le chaton est aussi une sardoine antique; deux chevaux à Tabreuvoir Y sont gravés, et sur le pourtour métallique on lit le nom mérovingien CRODOLENO. Enfin, un autre anneau (fig. i58), trouvé près de Compiègne vers 1880, est formé d'un cercle d'or enchâssant un grenat décoré d'une '^* '^ '
colombe ; la monture porte la formule chrétienne : + LEODENVS VI VA DO [Leodenus vivat Deo)'. Des empreintes en cire, plaquées en guise de sceaux au bas de diplômes carolingiens parvenus jusqu'à nos Jours, permettent de saisir sur le vif l'usage que l'on faisait alors des intailles antiques. Des actes des rois Pépin et Garloman sont ainsi scellés d'empreintes de gemmes qui représentent les têtes d'Auguste, de Diane, de Bacchus. Le premier sceau de Charlemagne est une tête de Marc-Aurèle enchâssée dans une monture sur laquelle est inscrite cette légende :
GHRISTE, PROTEGE KAROLVM, REGEM FRANGORVM. Sur le second figure une tête de Jupiter Sérapis : l'empreinte en est apposée sur un diplôme de l'an 812 (fig, iSq). Louis le Débonnaire,
Fig. 159.
I. C. de Marcy, Notes sur un anneau mérovingien, in-S", 1882.
Pépin, roi d'Aquitaine, Charles le Chauve, Pempereur Lothaire et la plupart des princes carolingiens se servent aussi de pierres gravées antiques pour sceller leurs actes publics.
A partir du x'' siècle, Tusage des sceaux de métal, qui d'ailleurs n'avait jamais été complètement abandonné, devient prépondérant, sans toutefois faire renoncer aux intailles antiques. Celles-ci sont réservées pour les cachets de petite dimension et surtout pour les contre-sceaux. Les chancelleries royales, celles des prélats, des barons, des monastères, nous offrent par centaines, jusqu'au xvi® siècle, des exemples de ces adaptations sigillaires des gemmes grecques et romaines. Le sujet qu'elles représentent importe peu aux gens du moyen âge, qui se trouvent ainsi naïvement prendre à témoin dans leurs engagements les dieux de l'Olympe et les personnages de la Fable. « De graves prélats, dit M. Lecoy de la Marche^, d'austères religieux n'ont pas craint d'apposer eux-mêmes, sur les chartes de leur abbaye ou de leur cour épiscopale, l'effigie des divinités du paganisme, voire même des plus court vêtues : l'un d'eux, un archevêque de Sens du xii^ siècle, a employé à cet usage un buste de Vénus remarquable par son élégance. Mais, pour concilier les convenances avec leurs goûts artistiques, ils ont affecté, la pliipart du temps, de prendre ces figures mythologiques pour des sujets appartenant à la théodicée ou à la symbolique chrétienne, ou du moins ils ont essayé de les faire passer pour tels. Ainsi, sur le contre-sceau de