Gerspach, la Verrerie, p
2. Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie, t. I, pi. XXXI; j. Labarte, Histoire des arls industriels, t. III, p. 202.
LES ARTISTES DU MOYEN AGE. ajj
tant des Crucifixions. Les plus importants sont : la Crucifixion du Tre'sor de Conques, sertie au sommet du fauteuil d'une statuette de sainte Foy ; la Crucifixion du musée de Rouen; celle plus ancienne et plus barbare du Trésor de Guarrazar, à Madrid; une autre du . Musée britannique; enfin, la plus belle peut-être, celle que possède M. Tabbé Muller, de Senlis. Mentionnons aussi deux vases en cristal de roche, Tun et l'autre du x" siècle, qui sont conservés au musée du Louvre et à Saint-Marc de Venise.
On doit à présent considérer comme erronée l'opinion de J. Labarte, qui voulait faire honneur de ces précieux monuments aux artistes de Byzance. Tout ce qu'il est permis d'affirmer avec assurance, c'est que ce sont les graveurs de Constantinople qui ont initié les Barbares aux procédés de la glyptique. Les présents apportés par les ambassadeurs orientaux aux rois carolingiens, ceux en particulier qu'offrirent à Lothaire les envoyés de l'impératrice Théodora; les artistes grecs qu'amena à la cour d'Allemagne la reine Théophanie, fille de l'empereur Romain II et femme d'Othon II, en plein x« siècle, voilà des faits qui attestent, il est vrai, l'influence de l'art byzantin dans l'occident de l'Europe, mais ils n'autorisent point à attribuer aux artistes de Constantinople tous les curieux cristaux gravés que nous avons cités : le style, les inscriptions, le choix des sujets, le lieu des trouvailles, tout proclame qu'ils sont sortis des mains d'artistes occidentaux, et, comme on vient de le constater, ils sont loin de mériter l'oubli et le dédain.
A la fin duxn" siècle, le moine allemand Théophile
signale l'Italie comme possédant des artistes qui s'étaient acquis une grande célébrité dans l'art de graver les pierres fines. Ici surtout, sans doute, on retrouverait l'influence de Byzance. Mais nous ne connaissons pas d'œuvres qu'on puisse en toute assurance considérer comme représentant la glyptique italienne au xii" siècle. En France, Suger, qui appela de Lorraine à Saint-Denis toute une pléiade d'orfèvres, pouvait d'autant moins se montrer indifférent à la glyptique, qu'il faisait enchâsser dans des montures en or les gemmes et les beaux vases antiques en pierres dures qu'il recherchait avec passion. Aussi, la galerie d'Apollon, au musée du Louvre, possède un beau calice en cristal de roche, œuvre du xif siècle, qui a bien pu être exécuté sur la commande de l'abbé de Saint-Denis. Les rinceaux et les enroulements qui le décorent sont gravés en creux : rien n'autorise à attribuer ce remarquable travail à l'art oriental,
A partir du xiii'^ siècle, nous voyons organisée à Paris une corporation de lapidaires ou cristalliers, dont les statuts sont insérés dans le Livre des métiers d'Etienne Boileau. Leur métier consiste à tailler le cristal de roche naturel et les autres pierres fines, en bijoux, en coupes et en flacons, et à y graver des sujets en creux. Ils tiennent surtout à honneur de se distinguer des pierriers de voirre ou voirriniers, c'est-à-dire des verriers, qui fondent, teignent le verre et les pâtes de verre, et fabriquent des pierres précieuses artificielles ^. Ce sont ces derniers que désigne saint Thomas
I. R. de Lespinasse, les Métiers et corporations de la ville de Paris, u II, p. 81-82.
d'Aquin : « Il y a, dit-il, des hommes qui fabriquent des pierres précieuses artificielles. Ils produisent des hyacinthes qui ressemblent aux hyacinthes de la nature, et des saphirs pareils aux vrais saphirs. Ils obtiennent des émeraudes en employant de la poudre d'airain de bonne qualité. Le rubis s'obtient par l'intervention du crocus de fer (oxyde de fer) de bonne qualité. Pour obtenir la topaze, il faut agir ainsi: prendre du bois d'aloès et le poser sur le vase qui renferme le verre en fusion. On peut, en un mot, colorer le verre de toutes les manières possibles. » Il est fréquemment question, dans les documents du moyen âge, de « pierres de voirre, vouarre vers, esmeraudes de vouarre, rubis de vouarre, vairre teint en manière d'agathe, etc. » Il paraît que l'on pouvait facilement se laisser tromper par la ressemblance de ces pâtes avec les véritables gemmes : « Aulcunes foys, dit l'ouvrage intitulé le Propriétaire des choses, les faulces pierres sont si semblables aux vreyes, que ceux qui myeulx si cognoissent y sont bien souvent déceulz i. » C'est surtout à cause de ces confusions que les cristalliers furent amenés à introduire des changements dans les règlements de leur corporation en i33i. En dernier lieu, les nouveaux statuts qui leur furent octroyés en 1584 portent que « les cristalliers s'appelleront désormais lapidaires, tailleurs, graveurs en camées et pierres fines ».
C'est une œuvre de ces cristalliers graveurs que nous avons sous les yeux, dans cette belle amé-