‹ La gravure en pierres finesChapitre 48 sur 75 · I. Darcel et Molinier, Notice des émaux, etc. D- ySS · texte numérisé non relu

I. Darcel et Molinier, Notice des émaux, etc. D- ySS

des camées reproduisant les traits de ce grand Mécène du XV*' siècle :

c( Un annel d'or ou quel est le visage de Monseigneur (le duc de Berry) contrefait en une pierre de camahieu. — Un annel d'or où il a un camahieu fait à la semblance du visage de Monseigneur, dont le col est de balay. — Un petit tableau d'or longuet, sur la façon de fons de cuve^ de la grandeur du fons de la mainou environ, ou quel a un petit ymage de N.-D. qui a le visaige et mains de camahieux, le corps jusque à la ceinture d'un saphir, tenant son enfant nu, fait de camahieu, et est ledit tableau garny de 3 balais, 3 saphirs et 6 perles, et pend à un crochet. »

En 1420, l'Inventaire du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, contient les mentions suivantes:

« Ung gros saphir sur lequel est entaillé d'un costé l'image de N. S. bordé d'or, et y a escript : J H S. X P S.

ce Une autre petite croix d'or faicte sur le rond en laquelle a, ou milieu, ung camahieu du cruciffiement N. S. et a 4 bonnes perles autour. »

Il serait superflu de multiplier les citations de même nature. La conclusion à tirer de ce qui précède, c'est que le moyen âge occidental a eu des graveurs en pierres fines; dès lors, parmi les nombreuses gemmes des inventaires 1, représentant V Annonciation Nostre Dame, V Ymage de Nostre-Dame tenant son Enfant, V Ymage de Nostre Seigneur, le Cruciffiement Nostre

I. Voir de nombreuses citations dans L. de Laborde, Glossaire des émaux, v° Camahieu. Sur l'influence des artistes byzantins dans l'Europe latine, du v® au xv* siècle, voyez E. Muntz, dans la Revue de Vart chrétien, mai, 1893.

Seigneur, etc., il en est assurément qui ne sont pas byzantines, mais qu'on doit regarder comme des œuvres françaises que l'art byzantin a seulement inspirées ou influencées.

Quant aux vases, coupes, aiguières, hanaps en agate ou cristal de roche, ils sont sans nombre dans les inventaires du roi Jean, du duc d'Anjou, de Charles V, du duc de Berry, des ducs de Bourgogne. Sans doute, une bonne partie d'entre eux, comme dans les trésors d'églises, sont antiques, mais il s'en trouve aussi que peuvent revendiquer les cristalliers du xiv" siècle, a Et en effet, dit J. Labarte, les comptes d'Etienne de la Fontaine, argentier du roi Jean, pour l'année i352, nous apprennent que dès cette époque on savait, en France, tailler et creuser le cristal de roche. Le trône que le roi s'était fait faire figure dans ce compte pour la somme fort importante de 774 écus d'or. Plusieurs artistes avaient concouru à son exécution : Jehan Lebraellier, orfèvre du roi, avait été l'ordonnateur de l'œuvre; Guillaume Ghastaingue, peintre, y avait peint quatre sujets des jugements de Salomon, des figures de prophètes et les armoiries de France; enfin on y trouvait « douze cristaux, dont il y avait cinq creux pour les bastons, six plaz et un ront plaz pour le moyeu qui furent faits par la main de Pierre Gloet^»,

Retenez ce nom de Pierre Gioet : c'est le seul cristallier, c'est-à-dire lapidaire ou graveur en pierres fines, que nous puissions citer pour la France au moyen âge.

I. J. Labarte, Histoire des arts industriels, t. P"", p. 216.

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