I. Maspéro, l'Archéologie égyptienne, p
Fis. 10.
Il y a aussi des cœurs, des doigts, des colonettes, des équerres, des chevets, des âmes à visages humains, en cornaline, en hématite, en feldspath, en turquoise, en lapis-lazuli, ciselés parfois avec une dextérité sans égale.
Tout ce petit monde de merveilles était adapté à des colliers, à des bracelets, enchâssé dans le chaton des bagues; les morts les emportaient avec eux dans la tombe.
Parmi les pierres gravées de Pancien empire auxquelles on peut assigner une date relative, une des plus intéressantes nous paraît être celle qui forme le chaton d'une bague du musée du Louvre : c'est une sardoine gravée sur ses deux faces (fig. ir). D'un côté, on voit en relief, comme un camée, un personnage assis devant un autel près duquel est son nom : Ha-ro-bes. Sur l'autre face est gravé, en intaille, un roi qui assomme un ennemi à coups de massue: son nom se lit Ra-enma^ c'est-à-dire Amenemhat III, ce prince fameux de la XII'^ dynastie, qui creusa le lac Mœris. Le beau style de cette bague, la souplesse de la gravure indiquent que déjà depuis un temps immémorial la glyptique en relief et en creux était en possession de tous les secrets de la technique ^ Un grand
I. G. Perrot et Ch. Chipiez, Histoire de Vart dans l'antiquité, t. I, p. 738.
L'EGYPTE
Fig. 12.
nombre de siècles séparent ce bijou de cet autre char ton de bague en jaspe vert (tig. 12. Musée du Louvre), qui offre sur ses deux plats une double représentation du roi Thoutmès II de la XVII P dynastie (1800 ans avant notre ère). D''une part, Thoutmès {Rdââ-kheper) saisit par la queue un lion qu'il va assommer avec sa massue; de l'autre côté, le Pharaon sur son char tue ses ennemis à coups de flèche.
Il y a, ainsi qu'on peut s'en rendre compte aisément, une grande différence de style entre le sceau d'Araenemhat III et celui de Thoutmès II ; comme les autres branches de l'art, la glyptique égyptienne a eu ses tâtonnements primitifs, son apogée et son déclin. Dans la dernière période de l'empire pharaonique, quand la civilisation égyptienne s'affaisse sous le poids des siècles, chaque citoyen tient, comme par le passé, à son sceau et à ses amulettes, mais à peine peut-on les classer parmi les œuvres d'art : ce sont de vulgaires produits industriels, pastiches altérés et plus ou moins grossiers d'œuvres plus anciennes qu'on copie sans les comprendre; le scarabée lui-même perd jusqu'à sa forme animale et devient une pierre rhomboïdale, allongée, dont l'un des flancs est aplati et préparé pour la gravure d'une inscription.
Comme les Chaldéo-Assyriens et à leur imitation, les Egyptiens eurent quelquefois, à la place des cachets plats dont nous venons de parler, des cylindres sur le pourtour desquels est gravé en creux le sujet destiné
à produire des empreintes. Par exemple, un cylindre de basalte porte le cartouche du roi Pepi (VP dynastie), avec ses titres religieux et sa bannière royale ^ ; l'exécution de la gravure en est d'une finesse remarquable. Un autre cylindre de la collection de M. de Ravestein donne le nom du roi Osorkon II, de la XXIP dynastie 2. Mais, malgré ces monuments empruntés, à dessein, à des temps fort éloignés l'un de Pautre, les cylindres égyptiens sont rares; le cachet plat, surtout de forme scarabéoïde, prévaut à toutes les époques de Thistoire dans la vallée du Nil, et nous le verrons bientôt, grâce à l'extension de la puissance égyptienne, se répandre en Palestine, en Syrie, à Cypre, en Asie Mineure, en Grèce, à Carthage et jusqu'en Etrurie.
Quelque habiles que fussent les lapidaires égyptiens à graver les pierres fines en ronde bosse ou en creux, il est curieux de constater qu'ils n'ont jamais su exécuter un camée proprement dit, c'est-à-dire tirer parti des couches superposées d'une agate pour produire les variétés de tons et de couleurs que comporte un sujet polychrome : cette découverte, à laquelle les Chaldéens non plus n'ont pas su atteindre, était réservée au génie hellénique.