I. E. Muntz, Histoire de l'art, t. I,p
Le Cabinet des Médailles possède une riche série de camées italiens des xv® et xvi*= siècles dont les types sont inspirés par la religion : Jésus enseignant sa doctrine à ses disciples, PAdoration des Mages (fig. 175), la Vierge et TEnfant Jésus, Adam et Eve, Moïse et le serpent d'airain, le Jugement de Salomon (fig. 176). Le plus remarquable, peut-être, est celui qui est connu sous le nom de Parallèle entre TAncien et le Nouveau Testament (fig. 177). Un arbre, desséché du côté de
l'Ancien Testament et verdoyant du côté du Nouveau, sépare en deux cette grande composition. Parmi les personnages, on distingue Moïse, qui reçoit les tables de la loi ; le Saint- Esprit, qui, sous la forme d'une colombe, descend sur la Vierge. Au milieu, Eve tenant la pomme; en pendant, l'agneau immaculé. Le serpent d'airain est en face du Christ en croix ; un ange annonce la naissance du Sauveur aux bergers. En bas, un tom-
Fig. 17(5.
beau avec un squelette symbolise la mort; Jésus-Christ sortant du tombeau et foulant aux pieds le globe terrestre. L'homme est assis sur un rocher; un prophète
Fig. 177-
vient lui annoncer la venue du Messie et saint Jean- Baptiste lui montre l'agneau pascal. Ce vaste tableau symbolique se rencontre, reproduit avec plus ou moins de détails, en estampe sur des bibles luthériennes du XVI® siècle *.
- I. Chabouillet, Catalogue des camées, p. 6i (n° îi8) et p. 622.
Cependant, malgré ces exemples, il n'en est pas moins vrai qu'à partir de Paul II et de Laurent de Médicis, les sujets païens jouissent de la préférence chez les amateurs. L'engouement pour la Grèce et Rome l'emporte sur la tradition du moyen âge, en glyptique comme dans les autres branches de l'art. Amateurs et graveurs veulent des gemmes imitées de l'antique aussi bien par le choix du sujet que par la perfection du travail.
Telle est, d'ailleurs, la faveur dont jouit la glyptique, que ses produits sont copiés et imités partout, par les sculpteurs, les peintres, les médailleurs, les enlumineurs de manuscrits. Un manuscrit enluminé par Attavante nous offre la reproduction de l'intaille de Laurent de Médicis, V Apollon et Marsyas^ aujourd'hui au musée de Naples et dont une réplique est conservée au Cabinet des médailles (fig. 174); la même gemme est copiée au revers d'une médaille de Nicolas Schlifer, par Boldu, ainsi que sur diverses plaquettes de bronze et des médaillons en marbre. U Enlèvement du Palladium, gemme inspirée de celle de Dioscoride, a servi de modèle à Donatello pour un médaillon de la cour du palais des Médicis ; on retrouve le même motif sur une médaille de Niccolo Fiorentino et sur plusieurs plaquettes^. Par un contraste assez singulier, si nous connaissons les imitateurs et les copistes, il est rare que nous puissions nommer les auteurs des compositions originales, car les produits de la glyptique, pendant la Renaissance comme dans l'antiquité, sont le