I. E. Muntz, Histoire de l'art, t. I, p
plus -souvent sans signature. Les sources littéraires plus que les monuments eux-mêmes vont nous fournir quelques noms.
- Au milieu du xv'= siècle, le premier que nous rencontrons parmi les graveurs en pierres fines n'est autre que le grand Donatello lui-même. Il paraît, au témoignage de Philarète, qu'il grava des pierres fines. Ce qui est certain, c'est qu'il aimait beaucoup cet art et qu'il reproduisit en grandes dimensions, dans la cour du palais des Médicis, huit pierres gravées antiques qui devinrent ainsi d'admirables médaillons de marbre. Après Donatello, on cite comme graveurs en pierres fines Antonio de Pise, qui florissait à Foligno en 1461, et Pietro di Neri de' Razanti, qui travaillait à Florence en 1477*. A la cour de Paul II, nous trouvons Giuliano di Scipione Amici, et Gaspare de' Tozoli, ce dernier peut-être seulement comme marchand plutôt que comme graveur de gemmes. Auprès de Ferdinand d'Aragon, roi de Naples, nous rencontrons Andréa di Masnage en 1487, et Battisto Taglia, de Gênes, qui, chargé, en 1488, de graver le sceau du roi des Deux-Siciles, est qualifié « maestro di fare cammei ».
Dans le derniers tiers du xv^ siècle, deux artistes surtout se dégagent de la foule et concentrent tous les regards: c'est Domenicode' Cammei et Giovanni délie Corniole.
^ Domenico Compagni, surnommé de' Cammei, avait son atelier à Milan ; son chef-d'œuvre fut un por-
I. E. Muntz, Histoire de Vart pendant la Renaissance, t. I, p, 241 et 258; le même, les Arts à la cour des papes, t. I, p. 6, et t. Il, p. ii3 et suivantes.
trait de Ludovic Sforza, le More, qu'il avait gravé en creux sur un rubis balais, Giovanni délie Corniole, dont le nom, comme celui de Domenico, atteste la spécialité, fut le protégé favori de Laurent le Magnifique; il travaillait à Florence, et l'on admirait surtout son portrait de Savonarole, qu'il avait intaillé sur une cornaline, aujourd'hui dans la Galerie des Offices, à Florence. Giovanni délie Corniole, qu'il ne faut pas confondre avec son contemporain et son émule Prospero délie Corniole, eut pour principal élève Domenico di Polo, qui grava à la fois des médailles et des pierres fines. Son contemporain, Giovanni Bernardi, de Castelbolognese (i495-i555), cumulait aussi les deux professions, dans lesquelles il s'appliqua surtout à imiter les anciens. Alfonse, duc de Ferrare, lui commanda sur cristal de roche l'attaque du fort de la Bastie, où ce prince avait été blessé. Paul Jove fit venir à Rome Giovanni de Castelbolognese, et il le recommanda aux cardinaux Hippolyte de Médicis et Jean Salviati, qui devinrent ses protecteurs et le présentèrent à Clément VII, pour lequel il grava des gemmes et des médailles. Après la mort du cardinal Hippolyte de Médicis, Giovanni entra au service du cardinal Alexandre Farnèse. On cite parmi ses œuvres les plus remarquables : la chute de Phaéton; Titius dévoré par un vautour; un Bacchus et son cortège; un combat d'Amazones; des scènes de la vie du Christ, en particulier la résurrection de Lazare; le portrait de Marguerite d'Autriche, fille de Charles-Quint. Giovanni Bernardi de Castelbolognese signe ses œuvres tantôt I O A N N E S B., tantôt 10. CASTELBON., et le plus souvent
10. G. B. Il mourut le jour de la Pentecôte de l'année i555, à rage de soixante ans-.
Neuf ans auparavant, en 1546, disparaissait Partiste qui, aux yeux des historiens de l'art, personnifie l'apogée de la gravure en pierres fines au xvi® siècle : c'est Valerio Belli, de Vicence, plus connu sous le nom de Valerio Vicentini. S'attachant surtout à copier des gemmes antiques ou à graver d'après les dessins des plus illustres maîtres, il n'eut peut-être pas une originalité bien grande; mais ce qui fit sa réputation, c'est son habileté technique, son tour de main, en même temps que son extraordinaire fécondité et les belles coupes de cristal qui sont sorties de son atelier ou de ceux de ses nombreux élèves. Le pape Clément VII lui fit exécuter une cassette en cristal de roche, pour laquelle il lui paya deux mille écus d'or. Il grava aussi pour ce pontife des sujets inspirés de l'Ecriture sainte, tels que Moïse s'entretenant avec la Paix (fig. 178); Clément VU fit cadeau de ces ouvrages très admirés à François P'', lors de l'entrevue qu'il eut avec ce prince à Marseille, pour le mariage de sa nièce Catherine de Médicis, en i533. De somptueux reliquaires offerts par ce même pontife à l'église Saint-Laurent de Florence étaient aussi l'œuvre de Valerio. Le pape Paul III (fig. 179) continua à cet éminent artiste la protection éclairée dont il avait joui à la cour de Clément VII, et telle était la réputation de Valerio Vicentini que tous les autres graveurs de son temps tenaient à avoir des empreintes de ses gemmes et de ses médailles, afin de s'en servir comme de modèles. Le Cabi^ net de Vienne possède plusieurs œuvres de Valerio
Vicentini, notamment un Jupiter foudroyant les Géants, imitation du camée d'Athénion (fig. 102). Dans la Galerie de Florence, on admire le coffret en cristal de roche, décoré de scènes de la Passion, qu^il grava pour
Fig. 178.
Clément VII, et auquel, paraît-il, sa fille collabora, Valerio Vicentini a signé VALE ou VA. VI. F. Mais, comme la plupart de ses contemporains, il produit surtout des œuvres anonymes que nous ne saurions plus reconnaître aujourd'hui. Est-ce à Valerio que nous sommes redevables de ce beau portrait du pape Paul III (Alexandre Farnèse),son protecteur (fig. 179)?
Fig. 179-
de celui de la grande poétesse Victoria Colonna, marquise de Pescaire, disciple de Pétrarque, qui se présente à nous le front orné de la couronne des poètes, le sein à découvert comme une Amazone (fig. 180)? A qui enfin devons-nous attribuer ce portrait de Barbara Borromeo, femme de Camillo Gonzaga, comte de Novellara (i538-r572), dont les cheveux et les draperies sont arrangés avec une grâce exquise ? la guirlande de fleurs en or émaillé qui forme la monture de ce camée est digne de la gemme ellemême (fig. 181).
Si, au xvi'^ siècle, chaque ville de l'Italie a ses écoles de sculpteurs,, de peintres, d'architectes, de médailleurs, elle a aussi ses ateliers de graveurs en pierres fines. La glyptique n'est pas la plus mal partagée dans ce concours d'artistes en tout genre, dans cet engouement universel d'un peuple follement épris des arts. Une femme, Properzia de' Rossi, morte en i533, se signale dans la gravure des gemmes, comme la fille de Valerio Vicentini. A Vérone, nous rencontrons Galeazzo Mon-
2SJ
Fig. i8i.
délia et Niccolo Avanzi : ce dernier, qui travailla aussi
à Rome, grava sur un lapis-lazuli une célèbre Nativité
du Christ que voulut à
tout prix posséder Isabelle
de Gonzague, duchesse
d'Urbin. Mais sa plus
grande gloire est peut-être
d'avoir été le maître de
Matteo dal Nassaro, que
nous retrouverons bientôt
à la cour de François P''.
Giov. Giacomo Caraglio, qui naquit aussi à Vérone, fut appelé à la cour de Sigismond P"", roi de Pologne; il y était déjà en i53g; nous Py trouvons encore en i56g, et telle est Padmiration qu'on professe pour son talent de graveur dans cette cour du Nord, que pour le retenir on le comble de richesses et de présents; il nous reste de lui le portrait en intaille de la reine Bona Sforza.
A Parme, travaillait le Marmita, qui fut, comme tant d'autres, à la fois peintre, graveur en pierres fines et médailleur; on signale son habileté à imiter les gemmes antiques. Son fils, Louis Marmita, fut protégé par le cardinal Jean Salviati; une de ses œuvres les plus célèbres était un camée représentant la tête de Socrate. Antonio Dordoni, né à Bussetto, dans l'État de Parme, mourut à Rome en i584, à l'âge de cinquante-six ans; il eut, lui aussi, un grand renom comme graveur en pierres fines, ainsi qu'Antonio Masnago, de Milan, dont
le fils, Alessandro, passa au service de l'empereur Rodolphe IL
Pescia, en Toscane, fut la patrie d^un des plus fins graveurs du pontificat de Léon X (i5i3-i522), Pier Maria da Pescia; il vécut à Rome, sous la protection de cet illustre pape, en même temps que Raphaël et
Fig. 182.
Michel-Ange. C'est à lui que Ton doit une intaille célèbre du Cabinet des médailles (fig. 182), qu'une tradition, qu'on aimerait à justifier, désigne commeayantservi de cachet à Michel-Ange, l'intime ami de notre artiste. Cette cornaline, de dimensions exiguës, est la plus remarquable peut-être de toutes les intailles qu'a produites le xvi" siècle. Le sujet en est une bacchanale, composée d'une quinzaine de satvres, de ménades et autres personnages bachiques qui célèbrent la fête des vendanges. Le tableau n'a pas plus de quinze milli-
mètres sur onze de large. L'artiste a fait un véritable prodige d'habileté technique en groupant tout ce monde dans un cadre aussi restreint; c'est merveille de contempler à la loupe ce petit chef-d'œuvre de dessin et de gravure, où les détails microscopiques sont si délicatement traités, où tout est proportionné avec tant d'harmonie et de souplesse. A l'exergue, un pêcheur à la ligne est l'emblème parlant du nom de Pierre-Marie da Pescia * .
Micheiino, l'émule de Pierre-Marie, était avec lui à la cour de Léon X. Luigi Anichini, de Ferrare, avait installé son atelier à Venise, et il gravait aussi bien les médailles que les gemmes. Ambrogio Foppa, surnommé le Garadosso, né à Milan, s'établit à Rome, et, au rapport de Benvenuto Cellini, il excellait à la fois comme orfèvre, médailleur et graveur en pierres fines. Il eut pour élève Francesco Francia, de Bologne (1450i5i8). Citons encore deux autres graveurs bolonais, Matteo de' Benedetti (f i523) et Marco Attio Moretti.
Alessandro Cesati (non Gesari), médailleur et graveur en pierres fines, imitait si bien les anciens qu'on Pavait surnommé// Grechetto^. Il travailla longtemps à Rome. « Michel- Ange, dit Mariette % ayant vu la médaille qu'il avait faite du pape Paul III, dont le revers représente Alexandre le Grand prosterné aux pieds du souverain pontife des Juifs, s'écria que Part ne pourrait aller plus loin, et qu'il était même à