‹ La gravure en pierres finesChapitre 53 sur 75 · E. Babelon, le Cabinet des antiques, p. 87 à · texte numérisé non relu

E. Babelon, le Cabinet des antiques, p. 87 à

2. Ou peut-être parce qu'il avait Gypre pour patrie. A. Armand, les Médailleurs italiens, 1. 1, p. 171; Muntz, Histoire de Vart, t. II, p. 292.

3. Mariette, Traité de la gravure en pierres fines, t. I, p. 128.

craindre qu'il ne rétrogradât. Mais de quelles expressions se serait donc servi ce grand sculpteur, si on lui eût montré cet admirable portrait de Henri second, roi de France, gravé en basse-taille sur une cornaline, lequel était dans le cabinet de M. Crozat? Ne serait-il pas convenu que l'antique ne fournit rien de plus accompli? Il a fallu beaucoup d'art pour faire paraître saillant un ouvrage qui, par lui-même, est extrêmement plat; aussi le graveur, content de son travail, n'a pas craint de s'en avouer l'auteur, en mettant au revers de cet excellent morceau son nom, ainsi écrit en grec :

AAEZANAPOC EnOIEI ».

Il faut peut-être attribuer à Alessandro Cesati quelques-unes des pierres qui sont signées AAEZA, et que leur style moderne ne permet pas de faire remonter à l'artiste grec Alexas. On connaît aussi quelques gemmes avec la signature EAAHN, qui, loin d'être, comme d'aucuns l'ont cru, le nom d'un artiste de l'antiquité, n'est que la traduction du surnom il Grechetto, sous lequel on désignait vulgairement Alessandro Cesati.

Giovanni Antonio de' Rossi, Milanais, probablement établi à Florence, grava des gemmes et des médailles pour Catherine de Médicis; il signe G. ROSSI. Son ouvrage le plus célèbre était le plus grand camée qu'on eût jamais vu : il avait sept pouces de diamètre et représentait Cosme P'' et Eléonore de Tolède, sa femme, avec leurs enfants. On ne sait ce qu'est devenue cette œuvre, qui n'était probablement qu'un bas-relief de marbre fin, de schiste ou d'albâtre, ou peut-être une simple pâte vitreuse comme le camée Carpegna, au musée du Louvre, qui représent le triomphe de Bac-

chus et de Cérès sur un char traîné par des centaures et des centauresses.

Les frères Sarrachi se firent un nom par leurs intailles, coupes, gondoles en cristal, montées en or; ils travaillèrent surtout pour l'empereur Maximilien II et le duc Albert III de Bavière.

Annibale Fontana, mort à Milan en 1587, à l'âge de quarante-sept ans, fut un maître graveur et médailleur qui fit pour Guillaume II, duc de Bavière, une cassette en cristal, qui lui fut payée six mille écus; il signe ANNIBAA. Citons encore parmi les autres graveurs en pierres fines: Jacopo Tagliacarné, de Gênes; Severo, de Ravenne; Giuliano Taverna et Francesco Tortorino, de Milan. Une mention aussi pour Filippo Santa-Croce, dit Pippo, qui exerçait son art non seulement sur des gemmes, mais sur des noyaux de prunes ou même de cerises, où il représentait des figures presque imperceptibles à l'œil nu. Il n'était d'abord qu'un simple berger qui s'amusait à sculpter de ces petits bibelots rustiques, lorsque le comte Filippino Doria, l'ayant rencontré dans le duché d'Urbin, l'emmena avec lui à Rome, puis à Gênes, où le Pippo put, à l'abri du besoin, développer les talents dont la nature l'avait doué. Ses nombreux enfants, les Pippi, suivirent la carrière de leur père, et furent aussi des graveurs de talent à la fin du xvi^ siècle, s'appliquant surtout, comme leurs contemporains, à copier les antiques.

Les Milanais Jacopo da Trezzo et Clémente Birago furent les protégés du roi d'Espagne Philippe IL Birago est célèbre surtout pour avoir gravé sur un diamant le portrait de l'infant don Carlos, et Jacopo da Trezzo

sïllustra par le tabernacle en pierres fines quUl exécuta pour le maître-autel de la chapelle de TEscurial. Il grava nombre de camées, d^intailles, de coupes et d'autres bijoux en jaspe et en onyx : on lui attribue un camée de la collection impériale de Vienne, représentant Charles-Quint, Isabelle et leur fils Philippe 1, et il est présumable qu'il est aussi Tauteur de la gravure d'une belle topaze du Cabinet des médailles qui nous donne les effigies de Philippe II et de son fils don Carlos (Charles-Quint) 2.

Deux élèves de Jacopo, Gasparo et Girolamo Misse-

roni, exécutèrent, comme lui, surtout des vases en cristal, en agate, enlapis-lazuli. La famille nombreuse des Misseroni entra au service de la cour d'Autriche, où nous la retrouverons au xvii*^ siècle. Déjà nous avons vu un autre Italien, le fils d'Antonio Masnago, Alessandro, trouver une protection éclairée à la cour de Rodolphe II, à la fin du xvi® siècle. Parmi les

1. J. Arneth, Die cinque cento Cameen, pi. I, n" 7, et pp. Sy-SS.

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