‹ La gravure en pierres finesChapitre 56 sur 75 · L. de Laborde, Glossaire des émaux, p. 19 r · texte numérisé non relu

L. de Laborde, Glossaire des émaux, p. 19 r

2. Voyez Bretagne, dans les Mémoires de la Société d'archéol. lorraine, 3*= sér., t. I" (iSyS), pp. 364-365.

artiste consommé, n'est-il pas naturel de penser qu^il s'essaya en ce genre d'ouvrage comme dans tous les autres? L'Inventaire du château de Pau, rédigé en i56i, renferme la mention d'un camée avec son portrait : « Une agathe où est enlevé le roy René de Cécyle, et douze petis esmerauldes alentour. »

La glyptique n'était donc pas abandonnée en France au XV® siècle. Néanmoins, elle demeurait comme par le passé un art peu accessible et peu répandu, tant à cause des difficultés techniques et de l'insuffisance de l'outillage que par suite de la rareté excessive de la matière première.

Aussi trouve-t-on plus commode de s'ingénier à adapter aux idées chrétiennes les camées ou les intailles de l'antiquité, et les cristalliers n'hésitent pas à en reprendre le travail au ciseau, pour donner plus de ressemblance au sujet avec la scène chrétienne qu'ils veulent y voir.

Une retouche de ce genre se distingue

aisément sur une belle et grande sardonyx à trois couches, du Cabinet des médailles, qui originairement représentait un épisode mythologique populaire

Fis. 186.

dans les temps antiques, la dispute d'Athéna et de Poséidon pour la fondation d'Athènes^ (fig. i86).

Voyez Atiiéna et Poséidon debout en face Pun de l'autre, séparés par un arbre. Le dieu de la mer est nu, la chlamyde sur le dos, le pied gauche posé sur un rocher; il s'appuie de la main droite sur son trident; dans la gauche, il tient une grenade qu'il présente à Athéna. La déesse paraît casquée; vêtue d'une robe laiaire et d'un ample péplos, elle regarde à terre, indiquant du doigt le sol d'où elle vient de faire surgir l'olivier. Au pied de l'arbre, le serpent Erichthonius et un cep de vigne avec un chevreau. Des sarments de vigne sur lesquels sont perchés des oiseaux sont mêlés aux branches. A l'exergue, divers animaux : deux chevaux et deux lions séparés par un taureau. Le bord de la gemme est taillé en biseau, et sur la tranche on lit en caractères hébraïques le commencement du 6« verset du .chapitre 111 de la Genèse : « Et la femme considéra que le fruit de l'arbre était bon à manger, qu'il était agréable à la vue et appétissant. » Cette inscription du xv' siècle nous apprend qu'on voulut voir ici Adam et Eve dans le Paradis terrestre, en dépit du costume et des attributs des deux personnages.

L'inscription hébraïque n'est pas la seule modification qu'on ait fait subir à notre pierre. En l'étudiant attentivement, nous avons reconnu les retouches du lithoglyphe de la Renaissance, quelque habile qu'il se soit montré. Le trident de Poséidon, devenu absurde dans la main du père du genre humain, a disparu; on

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