V. Gay, Glossaire archéol., \° Camahieu
aiguières, les drageoirs, les coupes aux formes élégantes, creusés dans les agates, le jade, le cristal de roche, le lapis-lazuli, — renferment la plus grande partie des trésors en ce genre rassemblés par ces princes éclairés. L^Inventaire rédigé sous François II, le i5 janvier i56o, « des joyaulx d'or et autres choses précieuses trouvées au Cabinet du Roi, à Fontainebleau », constate l'existence d'une admirable galerie d'objets d'art en pierres fines que les guerres de religion ne parvinrent heureusement pas à disperser totalement. Le camée de la page suivante (fig. 191. Cabinet des médailles), dans lequel on a voulu reconnaître Marie Stuart, a vraisemblablement fait Fig. ipo. partie de cette collection.
Fia.
Charles IX hérita le goût des antiquités à la fois des rois ses prédécesseurs et de sa mère Catherine de
Médicis, et, sans les malheurs de son temps, il eût porté la collection royale à un degré de splendeur inconnu jusque-là. Sous son règne et plus tard, sous Henri IV, trois graveurs en pierres fines sont honorés de la faveur et de la protection royales : Olivier Codoré, Julien de Fontenay et Guillaume Dupré.
Longtemps on a cru que le nom de Codoré ou Coldoré n^était que le pseudonyme ou le sobriquet de Julien de Fontenay. Mais un document émané de la chancellerie du roi Charles IX a récemment permis d'établir entre les deux graveurs contemporains une distinction formelle. Olivier Codoré vécut jusque sous le règne de Louis XIII.
Julien de Fontenay figure comme graveur en pierres fines sur TÉtat de la maison du Roi en iSgo. On le trouve ensuite nommé dans des lettres patentes de Henri IV, du 22 décembre 1608, portant privilèges en faveur des artistes logés sous la grande galerie du
Fig. 191.
Fig. 192.
Louvre. Henri IV, qui le qualifie son « valet de chambre et graveur en pierres précieuses », porta ses gages à cent livres. Telle était sa renommée qu'il fut appelé en Angleterre par la reine Elisabeth, pour graver le portrait de cette princesse.
Enfin, Guillaume Dupré, qui, comme médailleur, atteignit une si grande célébrité, cultiva aussi Part de la glyptique, M. Chabouillet, qui l'a démontré % cite quelques intailles signées de ses initiales. Celle-ci (fig. 192) est le portrait de Maurice de Nassau, prince d'Orange; sur la tranche du buste on lit les trois initiales G. D. F. [Guillelmus Dupré fecit).
La collection royale n'ayant pas été dispersée depuis Henri IV, il est hors de doute que la plupart des
camées et intailles du Cabinet des médailles, qui furent gravés par ordre du Roi, à la fin du xvi'' ou au commencement du xvii'^ siècle, sont des œuvres de Codoré, de J. de Fontenay ou de G. Dupré (fig. igS et 194).
Mais comment attribuer à l'un ou à l'autre de ces maîtres éminents ces gemmes nombreuses, parmi lesquelles il s'en trouve qui méritent d'être
Fig. 19J.
considérées comme les chefs-d'œuvre de la glyptique
I. chabouillet, Guillaume Dupré , graveur en pierres fines (in-8°, 1873; supplément en 1880).
française? L'histoire de la gravure en pierres fines dans notre pays est encore à écrire, et les documents qui
iP-t.
doivent la constituer sont restés, pour la plupart, enfouis dans les archives : peut-être nous aiderontils, un jour, à reconstituer Tœuvre personnelle de
chacun des artistes dont nous n'avons guère fait que prononcer les noms.
Après avoir mis fin aux horreurs de la guerre civile, Henri IV put donner un libre essor à sa passion pour les arts et ce qu'on appelait alors les curiosités. 11 manifestait un goût particulier pour les pierres gravées : la poignée de son épée était ornée de camées sur coquilles, et l'on peut voir encore, au Cabinet des médailles, douze petits camées sur sardonyx, qui représentent les douze Césars : ces pierres formaient les boutons du pourpoint royal.
En l'année 1602, dans le but de reconstituer la collection de médailles, gemmes gravées et autres antiquités qu'avaient formée François P% Henri II, Catherine de Médicis et Charles IX, et que les troubles civils avaient en partie démembrée, Henri IV fit venir de Provence, pour l'attacher à sa personne, le sieur Rascas de Bagarris, avocat au parlement d'Aix, qui possédait déjà un cabinet de curiosités et avait initié Peiresc à la connaissance des antiquités et médailles^. Le roi nomma ce gentilhomme son ciméliarqiie^ et il retint ses gemmes et médailles pour les réunir aux débris de la collection royale, dans le château de Fontainebleau : les pierres gravées de Bagarris étaient au nombre de 957, dont 200 camées; on y voyait entre autres notre buste de Cicéron, signé de Dioscoride (fig. 118). De beaux projets furent élaborés, que la mort du Roi, en 16 10, vint soudain réduire à néant : ils ne devaient être repris qu'un demi-siècle plus tard.
I. Tamizey de Larroque, les Correspondants de Peiresc XI I^ Pierre Antoine de Rascas, sieur de Bagarris (in-8°, 1887).
28o LA GRAVURE EN PIERRES FINES.