CHAPITRE IX
Après la mort dç Henri IV, la glyptique cessa, pour un temps, d'être encouragée en France, et peu après 1611, le ciméliarque du roi, Bagarris, remercié de ses services, reprit tristement, avec ses gemmes et ses médailles, le chemin de la Provence. Quelques camées d'un style assez banal, à Teffigie de Louis XIII, d'Anne d'Autriche, du cardinal de Richelieu, de Louis XIV enfant et de Mazarin sont à peu près les seules œuvres qui représentent, au Cabinet des médailles, cette période d'abandon.
Sans doute, les amateurs de pierres gravées ne manquent pas en France au xvir siècle, mais ils recherchent surtout les œuvres anciennes. A leur tête figure Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII : ce prince avait réuni, outre des médailles, des antiques et des curiosités de toute sorte, une très remarquable collection de gemmes, qu'il tenait en majorité du président de Mesmes, lequel les avait acquises de Louis Chaduc, conseiller au présidial de Riom, qui lui-même les avait recueillies en Italie. En mourant, en 1660, le duc d'Orléans légua ses collections à son neveu, le roi Louis XIV, et c'est en partie grâce à cette libéralité
princière que le Cabinet des médailles se trouve être aujourd'hui la plus importante des collections de camées et d'intailles qui existent.
Devenu possesseur d'un riche cabinet de gemmes, Louis XIV sut se mettre à la hauteur des circonstances : guidé par Golbert, il prit goût à ces collections, ne négligeant aucune occasion de les accroître, faisant venir du Levant et d'Italie des médailles et des pierres gravées, en achetant de tous côtés sans relâche et sans compter. La plus importante de ses acquisitions fut celle du cabinet de Lauthier, d'Aix, qui avait rassemblé les débris des cabinets de Peiresc et de Bagarris.
En 1684, on transféra au palais de Versailles les médailles et les pierres gravées de la collection royale, et on les installa dans de magnifiques meubles, auprès des appartements privés du Roi, qui venait les visiter tous les jours, au sortir de la messe. Plusieurs églises ou monastères, notamment les bénédictins de Saint- Evre de Toul, furent sollicités de céder au Grand Roi les plus belles gemmes de leur trésor. Fesch, un professeur de Bâle, lui donna l'Achille citharède de Pamphile (fig. 121); les collections du président de Harlay, d'Oursel et de Thomas Lecointe furent acquises vers le même temps. Mais si Louis XIV se montra ainsi un véritable amateur, au goût fin et judicieux, nous ne voyons point se grouper autour de lui des artistes comme il s'en est rencontré à la cour des Médicis, de Paul II, de Léon X, de François P'', et même de Henri IV. On ne connaît pas l'auteur de ce beau camée de la collection nationale (fig. igS) où l'effigie royale ressemble à celle des médailles de la fin du xvn'= siècle.
28a LA GRAVURE EN PIERRES FINES.
C^est plutôt, semble-t-il, à la cour d^ Autriche que les rares graveurs, héritiers des maîtres de la Renaissance, paraissent s^être assuré un dernier refuge.
Fig. 195.
Misseroni, qui, nous l'avons vu, avait quitté l'Italie, appelé à la cour de Rodolphe 11, se fixa définitivement à Vienne, et ses enfants y vécurent, continuant les traditions de leur père : nous y trouvons Ambroise, Octave et Denis Miseron au commencement du xvii^ siècle. Plus tard, Ferdinand-Eusèbe Miseron, fils de Denis, anobli et devenu seigneur de Lisom, fut
LES XVir ET XVIII'^ SIÈCLES. 283
confirmé dans les privilèges de ses ancêtres comme graveur de la cour, par Tempereur Léopold V\
Un autre Italien, Alessandro Masnago, fils du graveur inilanais Antonio Masnago, également attiré à la cour d'Autriche par Rodolphe II, grava de nombreux camées et intailles, qui sont encore aujourd'hui dans la collection impériale de Vienne ^. Vers le même temps, nous rencontrons, en Allemagne, Lucas Kilian, surnommé pompeusement « le Pyrgotèle allemand », Christophe Schwargen (fi6oo); Georges Hœfler; Daniel Engelhard; Gaspard Lehmann, qui inventa des machines pour graver le verre dit cristal de Bohême; Georges Schweiger, de Nuremberg, qui grava, en 1643, un beau portrait de Ferdinand III; on cite aussi de lui divers sujets religieux; une de ses principales oeuvres fut vendue 60,000 florins en Russie^.
En Italie, d'assez nombreux artistes, bien que fort inférieurs à ceux du xvi*^ siècle, jouissent de la protection des papes et des empereurs, en particulier de Paul V (Borghèse) et de Ferdinand II. Ce sont, entre les plus remarquables : Perriciuoli, à Sienne; Chiavenni et Vaghi, à Modène; Carrione, à Milan; Adoni, à Rome; Castrucci, Giaffieri, Monicca, Gasparini. Un Français, Suson Rey, alla s'établir à Rome, où il acquit une certaine réputation : on vantait beaucoup son portrait de Carlo Albani, le frère du pape Clément XI *.
Une œuvre remarquable valut à son auteur, Calabresi, de la part du pape Grégoire XIII, la remise de