‹ La gravure en pierres finesChapitre 62 sur 75 · I. C.-W. King, op. cit., p · texte numérisé non relu

I. C.-W. King, op. cit., p

doine un buste d^Auguste que lui avait commandé le marquis de Fuentes, ambassadeur du Portugal auprès du Saint-Siège.

Giovanni Costanzi et son fils Carlo Costanzi sont les graveurs romains les plus en vogue au xviii^ siècle. Le second, Carlo, né à Naples en 1703, grava quelques diamants qui témoignent d^une grande habileté technique. Ses chefs-d'œuvre sont le portrait en camée du cardinal Georges Spinola; le portrait de l'impératrice Marie-Thérèse sur un très grand saphir oriental; enfin celui du pape Benoît XIV sur une belle émeraude qui lui coûta deux ans et demi d'un travail assidu. Les pierres gravées par cet habile artiste, dit Mariette, sont répandues dans toute l'Europe, « et l'on prétend que personne entre les modernes n'a aussi bien gravé que lui la tête d'Antinous, ce qui est cause qu'on la lui a fait répéter une infinité de fois. Ses copies en ont souvent imposé même à des connaisseurs, qui prétendaient être fort clairvoyants; et tel est l'effet qu'a produit cette belle copie de la Méduse, dont l'original, admirablement gravé par Solon, est dans le cabinet de Strozzi * (fig. 198), et qui fut exécutée, en 1729, pour M. le cardinal de Polignac. Combien de gens y ont été trompés, au premier coup d'œil? 11 est vrai que, pour mieux séduire, la copie a été faite sur une calcédoine précisément de même grandeur et de même couleur que l'original, et que tout, jusqu'au nom de l'ancien graveur, est copié dans la plus grande exactitude ».

Dans le cours du xviii*^ siècle, les graveurs italiens

I. Aujourd'hui au Musée britannique. Murray et Smith, Catal. of engrav. gems, n» iib6; cf. ci-dessus, p. 161.

sont si nombreux que nous ne saurions songer à les énumérer tous ; les noms les plus saillants seuls peuvent retenir notre attention. Au milieu du siècle, on mentionne à Florence, L.-M. Weber, A. Santini, Giov. Cavini, A. Ricci; à Livourne, Girolamo Rossi; à Venise, F. -M. Fabii et Masini; à Naples, F. Ghinghi et Antoine Pichler. Ce dernier, né en 1700, à Brixen, dans le Tyrol, s'installa à Naples en iy3o, et fut la souche d'une famille illustre dans l'histoire de la gravure en pierres fines; il excellait à graver des Vénus et des Amours; il signe A'TT., initiales de son nom en grec. M. ASCH ARI, 1725, telle est la signature d'un artiste de mérite, sur lequel nous ne possédons pas d'autres renseignements. Un graveur florentin, Felice Barnabe, a signé des ouvrages de son seul prénom OEAIZ, et ses œuvres ont souvent été confondues avec celles du graveur grec de ce nom qui vivait dans le i^'" siècle de notre ère. Francesco Borghigiani, né à Florence en 1727, commença sa réputation avec une belle tête d'Alexandre. Il était à Rome en 1751, où il exécuta sur camées les portraits de Socrate, de Tibère, de Faustine, et sur intailles Régulus et une tête de nègre. On connaît des gemmes qui portent la signature de sa fille Anna : ANNA BOPriTIANOC 6nOI6l. Passaglia, à la fois graveur et lieutenant dans la garde du pape, dans la seconde moitié du xviii® siècle, signe TTAZAAIAZ. Rega, de Naples, qui florissait à la fin du xvni*^ siècle, est signalé par Visconti comme un éminent artiste qui traitait les sujets mythologiques aussi bien que les anciens; il signe PETA.

A la fin du xviii" siècle et au commencement de

celui-ci, les graveurs italiens qui jouissent de la faveur du public sont : à Rome, Berini, Santarelli, Capperoni, Cerbara, Giuseppe Girometti, dont le fils Pietro soutint noblement la légitime réputation; à Naples, la signora Teresa Talani et Jean Pichler, fils d'Antoine Pichler. Antoine, que nous avons vu venir du Tyrol pour s'installer à Naples en 1730, eut deux fils, l'un, d'un premier lit, Jean Pichler, et l'autre, d'un second lit, Louis Pichler, beaucoup plus jeune, qui devint l'élève de son frère. Jean Pichler, le plus illustre de la famille, mérita d'avoir un biographe^; il signe niXAEP et ses œuvres sont aussi excellentes que nombreuses; en dehors des portraits de contemporains, il travailla généralement d'après l'antique, et il doit compter parmi les graveurs en pierres fines qui réussirent le mieux à se rapprocher du style et de la technique des œuvres gréco-romaines. D'une fécondité extraordinaire, il n'avait pas quatorze ans lorsqu'il mit, pour la première fois, la main au touret, et il exécuta deux de ses plus belles œuvres. Hercule étouffant le lion et domptajit le taureau, lorsqu'il avait dix-sept ans à peine. Il paraît, au dire de son biographe, que n'ayant aucune préoccupation mercantile, il se laissa longtemps naïvement exploiter par un marchand d'antiquités de Rome, « qui lui portait chaque jour des sardonyx, des cornalines, des agates et d'autres pierres orientales qu'il lui faisait graver pour un prix très borné. Pichler répétait le plus souvent les sujets qui trouvent le plus de débit; ces pierres

I. ïi&n& le Magasin encyclopédique, t. III (1797), pp. 472 et suiv.

passaient pour antiques , ce qui occasionnait souvent des disputes entre les proprie'taires, qui taxaient réciproquement leurs pierres de copies, tandis que réellement elles étaient toutes originales, mais modernes. Pichler disait avoir répété plus de douze fois le sujet de Léandre à la nage, avec une tour dans le fond, à laquelle Héro attache un fanal, ainsi que celui d^ Achille traînant le corps d'Hector autour des murs de Troie ». Pichler copjL iui grajid jQiiJiibre-de.s s^^ des musées de Rome ou même d'autres villes; il imita * ^~]5tïïpârt des gemmes antiques les plus célèbres. Bien qu'il ne puisse passer pour un vulgaire faussaire, il est bon cependant de retenir cet aveu de son panégyriste : « Il a fait passer quelques-unes de ses intailles comme antiques pour se moquer de quelque prétendu connaisseur et punir ceux qui avaient critiqué ses ouvrages ; mais jamais il n'en a demandé un plus haut prix que pour un ouvrage qu'il aurait avoué moderne et de sa propre main. »

Telle fut la réputation de Jean Pichler et la vogue de ses oeuvres que des graveurs, ses contemporains, allèrent jusqu'à inscrire son nom sur des gemmes qui n'étaient pas de lui : on le traitait comme un antique. Il mourut à Rome en 179 1. Son frère Louis Pichler, qui signe A- TTIXAER, atteignit aussi une grande réputation au commencement de ce siècle, comme nous le verrons bientôt. Pour le moment, avant de quitter le xviu" siècle, retournons en Allemagne et en France, où nous allons assister à une activité encore plus développée et plus féconde que celle que nous venons de passer en revue trop sommairement.

Philippe-Christophe de Becker, né à Coblentz en 1675, mort à Vienne le 8 mai 1743, est regardé par Mariette comme le meilleur graveur en pierres fines de l'Allemagne; on cite de lui surtout un portrait de l'empereur Charles VI; quand il signe ses ouvrages, c'est sous l'une de ces deux formes : P, C. B., ses initiales, ou D. BECKER.

Christophe Dorsch, de Nuremberg (1676- 1732), artiste médiocre, inonda l'Allemagne de ses gravures : portraits de papes, d'empereurs, de rois de France et d'autres souverains ou personnages célèbres. Un grand nombre de ses œuvres formèrent le cabinet d'Ebermayer, qui les publia. Les deux filles de Dorsch s'adondonnèrent aussi, avec un succès de commerce, à la gravure en pierres fines : l'une, Susanne-Marie Dorsch, mariée à Jean-Justin Presler, de Nuremberg, copia avec habileté la tête de Méduse signée de Solon qui se trouve aujourd'hui au Musée britannique (fig. 1 98). Marc Tuscher, aussi originaire de Nuremberg, travailla successivement à Rome, en Angleterre et en Danemark; il signe parfois en grec, simplement MAPKOC. Jacques Abraham, de Berlin, grava sur cornaline une remarquable tête de Marie-Thérèse conservée dans la collection impériale de Vienne.

L'artiste qui jouit plus particulièrement de la protection de Marie-Thérèse est Louis Siriès , dont le musée de Vienne possède les ouvrages les plus importants. Siriès était un orfèvre français qui alla s'établir à Florence, où, en 1740,11 devint directeur des travaux en pierres dures. Actif et fort habile, dès 1757 ses œuvres étaient si nombreuses qu'on en publiait le cata-

GRAV. EN PIERRES FINES. ip

logue SOUS ce titre : a Catalogue des pierres gravées par Louis Siriès, orfèvre du roi de France, présentement directeur des ouvrages en pierres dures de la galerie de S. M. impériale à Florence. » (Florence, ijSj, in-4''.) Ce catalogue comprend jusqu^à cent soixante-huit numéros. La reine Marie-Thérèse acheta tous ces camées et beaucoup d'autres encore. Le directeur du Cabinet de Vienne, M. de France, en prenant possession de cette imposante collection, Tapprécie en ces termes : « Tous ces ouvrages en gravure en pierres dures sont de M. Louis Siriès, à Florence, âgé de soixante-dix ans, qui a trouvé Fart de graver en relief avec des fonds plats, dans une perfection qui surpasse celle de tous les anciens et modernes ; qui mérite, pour le peu de temps qu^il a employé pour faire toutes ces pièces où il y a quelque mille figures entières, d'être regardé comme un phénomène du genre humain. Écrit à Vienne, en recevant le grand onyx du Trésor impérial, où j'ai fait graver par lui-même, en relief, toute l'auguste famille en portrait entier, qui consiste en Leurs Majestés, quatre archiducs et huit archiduchesses (ainsi 14 portraits). A Vienne, lySô, » Nous reproduisons (fig. 196) l'œuvre considérable dont il est parlé ici, et qui représente l'empereur François I'^'" avec la reine Marie- Thérèse, entourés de toute la famille impériale d'Autriche. Au revers, on lit la signature de l'artiste : LVD. SIRIES SCALP. FLOR. C'est le plus grand des camées que Marie-Thérèse ait fait exécuter par Louis Siriès; elle le lui paya -2,681 florins ^

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