I. Arntth, Die cinque cento Cameen, pp
Louis Siriès signait parfois simplement de ses initiales L. S, Il exécuta non seulement des camées et des intailles, mais des coupes, de petits bibelots et en particulier des tabatières en lapis-lazuli très recherchées par les amateurs contemporains.
Jean-Laurent Natter, né à Biberach, en Souabe, en 1705, mort à Saint-Pétersbourg en 1763, remplit la
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charge de graveur delà monnaie d'Utrech, et fut ainsi, comme tant d'autres, à la fois graveur en médailles et en pierres fines. Assez peu satisfait de son sort, d'humeur chagrine et voyageuse, il travailla successivement en Suisse, en Italie, à Venise, en Angleterre, en Danemark, en Suède, en Russie. La plupart des souverains et des plus puissants personnages de TEurope, en particulier Christian VI, roi de Danemark, Guillaume IV, prince d'Orange, et le cardinal Alexandre Albani, lui firent exécuter des travaux en pierre dure. Il signe de son nom allemand, en lettres grecques, NATTEP, ou
bien du mot grec TAPOT, serpent, parce que Natter signifie serpent en allemand (fig, 197).
Quel que fût son talent de graveur, nous sommes surtout redevables à Natter d^un Traite' de la méthode antique de graver en pierres fines comparée avec la méthode moderne (Londres, 1754). Nous recueillons dans ce livre de précieuses confidences sur les sentiments qui animaient les graveurs en pierres fines des derniers siècles vis-à-vis des œuvres des lithoglyphes grecs et romains. Ainsi, nous avons maintes fois déjà signalé la déplorable manie qu'eurent ces artistes de retoucher les pierres gravées antiques, en y inscrivant un nom célèbre de graveur grec, ou bien en plaçant, sur leurs propres œuvres, un nom illustre dans les fastes de la glyptique gréco-romaine. Natter a pratiqué lui-même cette fâcheuse coutume, et, à propos du blâme que Mariette adresse judicieusement aux artistes à ce sujet, il se justifie comme il suit :
« M. Mariette se fâche presque contre ceux qui mettent aujourd'hui des inscriptions grecques sur les pierres gravées. Mais il n'y a de blâmable que celui qui vend à dessein de telles gravures modernes pour des antiques. A peine étais-je arrivé à Rome, que le chevalier Odam m'engagea à copier la Vénus de M. Vettori, à en faire une
LES XVIie ET XVIIie SIECLES. 29J
Danaé ei à y mettre le nom d'Anliis. Je vendis ensuite cette pièce (que je regarde comme une bagatelle) à M. Shwanav, qui était alors gouverneur d'un jeune prince de Dieterichstein et qui paraissait faire grand cas de cet ouvrage qu'il savait être de ma façon. Je n'ai pas honte non plus d'avouer que je continue encore aujourd'hui à faire de telles copies, toutes les fois qu'on me les commande. Mais je défie toute la terre de me convaincre que j'en aie jamais vendu une seule comme antique... En parlant d'une copie que M. Gostanzi a faite de la fameuse Méduse de Strozzi, Mariette loue fort les lettres grecques du nom de Solonos. qu'il y a gravé, mais qui sont très mal copiées, de même que plusieurs autres de ses copies où il a mis le faux nom de quelque graveur grec. J'ai aussi vu dernièrement à Dresde une tête de jeune Hercule de sa façon, avec le nom de Gnaios. »
Quand bien même on admettrait la sincérité et la bonne foi de Natter et de tous les artistes, il n'en est pas moins vrai que les gemmes fausses, — car nous ne pouvons les appeler autrement au point de vue archéologique, — se sont répandues à profusion dans le monde des amateurs et ont donné lieu, après eux, à des duperies sans fin. Les noms de Phrygillos, de Pergamos, d'Olympios, d'Onatas, de Pyrgotèle, d'Athénion, de Cronios, de Dioscoride, de Solon, d'Aspasios, d'Agathopus, de Pamphile, d'Eutychès, d'Hyllus, d'Aulus, d'Epitynchanus, d'Evodus, de Tryphon et de tous les autres graveurs grecs et romains connus dans les trois derniers siècles, ont ainsi été profanés et prodigués sur des gemmes, les unes antiques, les autres modernes,
ap-i LA GRAVURE EN PIERRES FINES,
qui s'étalent aujourd'hui dans toutes les collections publiques. Il faut lire dans les écrits des meilleurs juges en cette matière, tels que : Raoul Rochette, Panofka, Kœhler, H. Brunn, Chabouillet, King, Furtwaengler, Murray et vingt autres savants contemporains, les embarras et les hésitations qu'on éprouve à se prononcer pour ou contre l'authenticité de la plupart des signatures qu'on relève sur les pierres fines. Nous ne saurions songer à entrer ici dans cet examen délicat, mais nous ne ferons aucune difficulté d'avouer que l'habileté diabolique avec laquelle ces œuvres ou ces signatures sont gravées nous jette dans une perplexité d'autant plus grande que les pierres gravées, à l'inverse des monnaies ou des autres monuments, n'ont jamais de patine, et qu'ainsi aucun caractère extérieur ne révèle, le cas échéant, leur modernité; observez, d'autre part, que les sujets gravés sont souvent des copies d'oeuvres antiques, copies qui peuvent avoir été exécutées à n'importe quelle époque. Pourtant, comme nous l'avons déjà dit, les caractères paléographiques de l'inscription trahissent parfois la main du faussaire, comme sur la Méduse Strozzi (fig. 198), aujourd'hui au Musée britannique; la gemme, trouvée à Rome au commencement du xvin" siècle, est antique % mais Natter ou l'un de ses émules y a gravé la signature ZOAONOC, dont la modernité est révélée, par la forme donnée aux caractères. Parfois, le procédé du faussaire se trouve démasqué d'une manière assez inattendue. C'est ainsi qu'il existe au Musée britannique,
I. Murray et Smith, A Catalogue of engraved gems in the British Muséum, p. 148, n" ia56; cf. ci-dessus, p. 161.
une cornaline représentant un sphinx que son style remarquable permet de classer au iv® siècle avant notre ère ' ; mais, dans le champ, on a inscrit, à répoque de la Renaissance, lasignature GAMTPOT, dans le but d'attribuer Tœuvre à un artiste grec du nom de Thamyras.
Un tel graveur n'a jamais existé. Le nom a été emprunté à une autre gemme antique qui se trouve aujourd'hui également au Musée britannique; seulement ici, étant données la grandeur et la grossièreté des lettres, nous sommes visiblement en présence du nom du possesseur de la gemme. C'est ce nom qui, pris pour une signature d'artiste au xvi'' siècle, a été reproduit sur une autre gemme. Nous connaissons à peu près une dizaine de pierres antiques ou modernes sur lesquelles est gravée la signature AAAION ou AAAIflNOC. Or, ce prétendu graveur Allion n'a dû, semble-t-il, son existence imaginaire qu'à une erreur de lecture commise dans le courant du xvi'^ siècle. La galerie de Florence possède, en effet, une cornaline antique représentant le buste d'un athlète; dans le champ se trouve en deux
Fis. i(