LES CHALDÉO-ASSYRIENS
pèdes ailés qui se dressent contre lui; dans le champ, le poisson et Toeil symbolique. Le second de ces cylindres n^est pas antérieur aux Sargonides, tandis que le premier est de Tépoque la plus reculée des annales de la Chaldée. Sur celui-ci, les traces de la bouteroUe et de la scie sont visibles; le corps du personnage, sa barbe même ne sont qu'une succession de globules juxtaposés en godrons; partout la tyrannie de l'outil s'impose à l'ouvrier. Dans l'autre cylindre, au contraire, les figures ont de la souplesse et du modelé; on sent que l'artiste est maître de la matière et de l'instrument; si l'on surprend encore la morsure des tiges de fer, par exemple aux articulations des griffes, c'est de propos délibéré et pour des effets intentionnels.
L'usage auquel on destinait les cylindres a porté, dès l'invention de l'écriture, à y graver les noms des possesseurs à côté des scènes symboliques qui en décorent le pourtour. Chacun, sauf peut-être dans la basse classe de la société, tient à avoir son cachet [kunuk] pour sceller les actes dans lesquels il est intéressé, son talisman pour être protégé aux jours néfastes, dans les maladies ou les circonstances difficiles de l'existence. Le cylindre s'identifie si bien avec la personnalité que, — les tombes chaldéennes le prouvent, — on enterre chaque individu en le lui fixant au poignet.
Fig. ij.
De même que les scarabées égyptiens sont percés de part en part, dans le sens de la longueur, les cylindres assyro-chaldéens, dont les plus longs ne dépassent pas 4 centimètres, ont un trou longitudinal qui permet à la fois de les suspendre et de leur faire accomplir une révolution sur eux-mêmes. Il existe dans les musées de nombreux monuments en argile cuite, — pour la plupart des contrats d'intérêt privé, — qui portent, à la suite du texte de l'acte, Tempreinte des cylindres ou des cachets qui y ont été apposés lorsque ces gâteaux de terre glaise n'étaient pas encore asséchés. Particularité fort curieuse : quand l'une des parties contractantes n'a pas de cachet, cette exception à la règle est mentionnée à la fin du contrat, et il est stipulé qu'elle doit imprimer sur l'argile l'empreinte de son ongle à la place du sceau. Il n'y a pas longtemps encore que les illettrés, chez nous, signaient en dessinant simplement une croix, et le texte écrit par l'autorité compétente porte la mention : « Un tel a déclaré ne pas savoir écrire. »
A peine la civilisation chaldéenne est-elle sortie des langes de l'enfance que la gravure en pierres fines atteint à un degré de perfection qui étonne. On dirait que les artistes luttent à l'envi d'habileté pour satisfaire les goûts de fins connaisseurs. Outre les roches tendres comme l'hématite, ils ne craignent pas d'attaquer les quartz les plus résistants : un cylindre en calcédoine saphirine est daté du règne de Dunghi; un autre en onyx porte le nom de Kurigalzu. Voyez ce beau cylindre archaïque du musée du Louvre, trouvé par M. de Sarzec à Tello (fig. i6). Les proportions des
LES CHALDEO-ASSYRIENS.
corps, la structure anatomique des animaux sont rendues avec une grande habileté. Toutefois, quand il s'est agi de placer des têtes d'hommes sur des corps de taureaux, l'artiste s'est montré d'une maladresse qui trahit son inexpérience : les corps des taureaux sont de profil, mais leurs têtes humaines sont de face, et, comme leur longue barbe tressée serait venue masquer
Fig. 1(5.
le corps, le graveur n'a su se tirer d'embarras qu'en allongeant démesurément le cou et en lui faisant subir une contorsion disgracieuse.
Mais, patience! l'artiste a reconnu ces imperfections et, se corrigeant sans relâche, il atteindra bientôt à la forme pure qu'il a rêvée. Le chef-d'œuvre peut-être de la glyptique chaldéenne est un cylindre de la collection L. de Clercq, qui a l'avantage d'être daté, au moins relativement : il porte le nom Se Sargani, roi d'Agadé, en basse Chaldée, à peu près 35oo ans avant notre ère (fig. 17). Outre le cartouche qui contient le nom et les titres royaux, il représente deux scènes symétri-
ques : Isdubar, un genou en terre, sur le bord d'un fleuve, tient des deux mains Pampoule sacrée; il s'en échappe un double jet d'eau (le Tigre et TEuphrate) dans lequel vient s'abreuver un taureau aux cornes longues et striées. Jamais, à aucune époque, le graveur
Fig. 17.
chaldéen ne saura traduire avec plus d'aisance et de vérité la puissante musculature du taureau et du géant. M. Menant considère ce beau cylindre et ceux qui sont du même style comme les œuvres d'une école d'artistes qui florissait, trois ou quatre mille ans avant notre ère, dans la ville d'Agadé ou Accad, la Sepharvaïm de la Genèse. Suivant ce savant, les cylindres qu'on fabriquait, dans le même temps, à Uruk, l'Erech biblique, ou bien à Ur, la patrie d'Abraham, ont un autre caractère et se rapportent à des mythes religieux différents. A Uruk, on paraît affectionner surtout le culte de la déesse mère tenant un enfant sur ses genoux; à Ur, ce sont des scènes de prières, des libations, le sacrifice du chevreau et peut-être même des sacrifices humains. Sur un cylindre en porphyre de la collection de Clercq %