‹ La gravure en pierres finesChapitre 9 sur 75 · IV. — LES ARMÉNIENS, LES ÉLAMITES, LES MEDES ET LES PERSES · texte numérisé non relu

IV. — LES ARMÉNIENS, LES ÉLAMITES, LES MEDES ET LES PERSES

Gomme toutes les autres branches de l'art chaldéoassyrien, la glyptique, que nous venons devoir si florissante et si populaire, développa sa sphère d'influence bien au delà des vallées du Tigre et de PEuphrate. Dans tous les pays circonvoisins, en Perse, en Arménie, chez les populations héthéennes, araméennes, chananéennes, et jusqu'à Gypre, à Garthage, en Egypte, voire même de l'autre côté du Pont-Euxin, se propagent les types et les formes qu'elle a enfantés dans les ateliers ninivites et babyloniens.

Au musée de La Haye, un cylindre en cornaline, représentant un personnage aux prises avec deux

autruches, porte en

légende une inscription cunéiforme conçue dans la langue primitive de l'Arménie (fig.

24). Bien que ce monument soit doublement assyrien par son type et son style^ on y lit le nom d'Ursana, roi du Musasir, un des districts de l'Arménie au vu'' siècle avant notre ère. Ursana est connu par les inscriptions assyriennes de Sargon, dont il fut l'adversaire malheu-

Fig 24.

ARMÉNIENS, MÈDES ET PERSES, Sî

reux. Sans la légende, on classerait ce précieux cylindre parmi les belles œuvres des artistes mésopotamiens. Ainsi, les princes indigènes qui régnent sur les bords du lac de Van subissent l'ascendant artistique de leurs plus redoutables ennemis.

Plus à Test, chez les Mèdes, nous sommes également dans le cercle de rayonnement de la civilisation assyrienne. L'art de cette contrée, antérieurement à Cyrus le Grand (549-529 av. J.-C), ne nous est guère révélé jusqu'ici que par un cylindre du Musée britannique, qui porte une inscription cunéiforme rédigée dans le système d'écriture et la langue des Mèdes (fig. 25). Comme le cachet d'Ursana, ce monument est ninivite paf la forme, le sujet et l'exécution technique. On y voit un cavalier brandissant sa lance pour transpercer un lion qui se dresse devant lui. La haute tiare seule du personnage atteste, avec la légende, que cette représentation n'est pas ninivite. La description qu'Hérodote nous a transmise de la forteresse d'Ecbatane, rapprochée de ce cylindre, nous est un autre indice que l'art mède, dans toutes ses manifestations, était imbu d'éléments chaldéo-assyriens.

Et qu'y a-t-il à cela d'étonnant, puisque nous savons que des rois tels qu'Assurbanipal et Nabuchodonosor ont porté leurs armes jusque dans les plus lointaines provinces de la Perse, de la Médie, de l'Arménie, où ils ont implanté, avec leur domina-

Fig. 25.

tion, leur luxe et les produits variés de Tindustrie mésopotamienne ?

Par des motifs de même ordre, nous expliquerons rinfluence de l'art e'gyptien en Palestine, en Syrie et jusqu'en Asie Mineure, où, à diverses époques de Thistoire, les Pharaons ont promené leurs légions victorieuses et dévastatrices. Remarquez sur ce cylindre en hématite de la collection de Clercq ces trois personnages égyptiens accompagnés d'une inscription non

pas hiéroglyphique ou phénicienne, mais cunéiforme (fig. 26).

C'est le dieu Ammon-Râ, à tête de bélier, surmontée du globe solaire avec Puraeus; en face de lui, Horus, à la tête d'épervier, et entre les deux divinités, un roi, coiffé du diadème atef, s'appuyant sur son sceptre. En légende : « Sceau de Sumuh-Mikalu, fils de Yamutra-Nunnia. » Ces noms ne sont ni assyriens ni égyptiens, mais élamites. Ainsi, voilà un monument chaldéo-assyrien par sa forme, son style, les caractères de l'inscription, égyptien par les personnages divins qui y figurent, et cependant il a été gravé pour un homme du pays d'Élam. Impossible de toucher du doigt d'une manière plus immédiate la pénétration réciproque de ces deux grandes civilisations, qui, durant tant de siècles, se sont disputé le monde asiatique : celle des bords du Nil et celle des plaines mésopotamiennes.

Fig. 2(5.

ARMENIENS, MEDES ET PERSES. SS

En se substituant aux Chaldéo-Assyriens dans la domination de PAsie, les Perses héritent de leurs traditions artistiques et industrielles, Autant que les Chaldéens, ils se montrent amoureux de la parure et des bijoux : chaque citoyen de distinction a son cylindre ou son cachet. Le roi des Perses, tout comme Nabuchodonosor ou Assurbanipal, est couvert de bracelets, de bagues, de colliers; sa tiare est ornée de perles et de cabochons étincelants; sa tunique, finement brodée, est émaillée de pierreries. Dans sa demeure, il déploie un luxe d'ameublement qui, transmis aux Parthes et aux Sassanides, émerveillera les Romains et les Byzantins : coupes d'or et d'argent enrichies de cristaux, de pierres précieuses, de verres de couleur; meubles incrustés de gemmes, de plaques d'or, d'argent ou d'ivoire sculptées. Bref, tout ce qu'avait enfanté la passion du luxe chez les Ghaldéens,'en fait de joaillerie, de broderies, d'orfèvrerie, de tapisseries, nous le retrouvons chez les Perses,

Seulement, à l'encontre des Arméniens et des Mèdes, les Perses ne furent pas des imitateurs serviles; ils surent donner à leurs œuvres un tour original qui les distingue entre toutes, même lorsqu'elles sont anépigraphes. Les pierres gravées perses se caractérisent par une facture sèche et nerveuse, un choix particulier de sujets, certains détails de costumes et d'attributs, un système d'écriture enfin, qui ne laissent place à aucune chance de confusion. Le cylindre en calcédoine du roi Darius, au Musée britannique, porte, en écriture cunéiforme du système perse, le nom et les titres du roi (fig. 27). L'ensemble de la scène, un épisode

Fig. 27.

des grandes chasses royales, est d'imitation assyrienne, mais on reconnaît la technique et les usages perses à des particularités essentielles : le prince est coiffé de la cidaris crénelée; son costume n'a rien d'assyrien; le buste d'Ormuzd qui plane dans les airs n'est plus la

divinité chaldéo-assyrienne que nous avons rencontrée à Babylone et à Ninive; il y a enfin dans l'exécution sobre, presque mécanique, et jusque dans la régularité mathématique des lignes de l'inscription, des témoins irrécusables de l'origine perse de ce beau cylindre.

Dans l'innombrable série des modèles chaldéo-assyriens qu'ils ont sous les yeux, les Perses recherchent de préférence ceux qui peuvent s'adapter à leur religion, à leurs mœurs, célébrer la gloire du grand roi, sa force musculaire et sa puissance guerrière : l'arbre de vie; le pontife sacrifiant sur un autel surmonté du pyrée; le disque divin planant dans les airs et devenu le symbole d'Ormuzd, Plus de ces colosses qui étouffent des lions sous leur bras; plus de ces êtres monstrueux qui s'entre-dévorent; plus aucun des dieux de Ninive et de Babylone, Anu, Bel, Nabu, Raman, Marduk, Sin, Samas, Istar.

Comme chez les Chaldéo-Assyrîens, c'est dans la représentation des animaux, lions, cerfs, antilopes, sphinx, griffons, que le génie du graveur perse éclate

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